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Paul Midy. Photo : Compte Linkedin de Paul Midy et issue d'un article du Parisien.

Vidéosurveillance algorithmique : le Sénat relance la proposition de Paul Midy pour détecter les vols dans les commerces

Le Sénat examine ce 18 mai 2026 un amendement inspiré de la proposition du député Paul Midy visant à autoriser la vidéosurveillance algorithmique dans les commerces. Soutenue par une partie de la grande distribution, cette mesure permettrait à des intelligences artificielles d’analyser les comportements suspects dans les magasins afin de lutter contre le vol à l’étalage. Le texte ravive toutefois les inquiétudes autour de l’extension des technologies de surveillance en France.

Le député Renaissance Paul Midy, ancien consultant chez McKinsey & Company, le sponsor officiel de Davos entend moderniser les règles encadrant le temps de parole des candidats en période électorale, voit l’une de ses propositions revenir dans le débat parlementaire via un amendement intégré au projet de loi Ripost, examiné au Sénat le 18 mai 2026.

Le dispositif prévoit l’autorisation expérimentale de systèmes de vidéosurveillance algorithmique capables d’analyser automatiquement les images captées dans les commerces, les centres commerciaux ou les grandes surfaces afin de détecter des comportements considérés comme suspects.

Concrètement, ces outils pourraient signaler des gestes associés à des vols potentiels, comme un produit dissimulé dans un sac ou une attitude jugée anormale dans les rayons. Le texte insiste toutefois sur plusieurs limites : il exclut officiellement la reconnaissance faciale, interdit l’utilisation de données biométriques et impose une supervision humaine permanente.

Selon Paul Midy, entre 2 000 et 3 000 commerces utiliseraient déjà ce type de technologie de manière non encadrée. Le député affirme également que ces systèmes permettraient une réduction des vols comprise entre 20 % et 50 %, pour un coût estimé autour de 20 euros mensuels par commerce.

Cette initiative intervient alors que les représentants de la grande distribution décrivent le vol à l’étalage comme un « fléau économique » en forte progression ces dernières années.

Une technologie déjà largement utilisée dans plusieurs pays

La France n’est pas le premier pays à envisager ce type de surveillance automatisée. Le Royaume-Uni figure parmi les États les plus avancés dans ce domaine, avec environ 6 millions de caméras installées sur son territoire. Les autorités britanniques utilisent déjà des systèmes de reconnaissance faciale en direct dans certains espaces publics, tandis que des logiciels d’analyse comportementale sont employés dans les transports et certaines zones commerciales.

Ces pratiques restent toutefois très contestées. Plusieurs organisations dénoncent les risques de faux positifs, les biais algorithmiques et les atteintes aux libertés publiques.

La Chine représente l’exemple le plus extrême de cette logique sécuritaire. Le pays dispose de centaines de millions de caméras connectées à des systèmes d’intelligence artificielle capables d’identifier des comportements jugés « anormaux ». Ces dispositifs sont associés au système de contrôle social et au crédit social chinois, souvent cités comme contre-modèles dans les débats occidentaux.

Aux États-Unis, l’approche est plus fragmentée. De nombreuses entreprises privées et collectivités locales utilisent déjà des outils d’IA pour la surveillance commerciale, mais certains États comme la Californie ou l’Illinois imposent des restrictions importantes sur l’usage des données biométriques et de la reconnaissance faciale.

En Europe, plusieurs pays expérimentent également ces technologies. L’Italie, l’Espagne, l’Allemagne ou encore la Belgique ont déjà testé des logiciels comme Briefcam, dont le propriétaire est Canon, dans des gares, des centres-villes ou des commerces, parfois avec des recours judiciaires contestant leur légalité.

Un cadre européen de plus en plus strict

La proposition française devra s’inscrire dans le cadre du règlement européen sur l’intelligence artificielle, l’AI Act, dont l’entrée en vigueur progressive a commencé en 2025.

Ce texte européen interdit notamment certaines pratiques considérées comme particulièrement intrusives, comme la reconnaissance biométrique en temps réel dans les espaces publics à des fins policières, sauf exceptions très encadrées.

Les dispositifs de détection comportementale dans les commerces privés relèvent en revanche de catégories considérées comme « à haut risque » ou à risque limité, à condition de respecter plusieurs obligations : transparence, contrôle humain, évaluation des risques et conformité avec le RGPD.

Les données biométriques étant considérées comme des données sensibles, la CNIL ainsi que plusieurs associations de défense des libertés numériques, dont La Quadrature du Net, réclament des garanties supplémentaires afin d’éviter une généralisation progressive de la surveillance automatisée.

Un débat politique et sociétal qui dépasse le simple commerce

Le retour de cette proposition au Sénat intervient dans un contexte où les technologies de surveillance connaissent une expansion rapide en Europe, notamment après les expérimentations menées lors des grands événements sécuritaires et sportifs.

Pour ses défenseurs, ces outils constituent une réponse pragmatique à la hausse des vols et à l’insécurité économique pesant sur certains commerces.

Ses opposants redoutent au contraire une banalisation progressive de l’analyse automatisée des comportements dans l’espace public et privé, avec des risques de dérives vers des formes de surveillance généralisée.

La France apparaît ainsi dans une position intermédiaire : autoriser des outils d’analyse algorithmique limités au secteur commercial tout en tentant de maintenir un encadrement juridique compatible avec les règles européennes sur les libertés individuelles.

Sources :
La Lettre
https://www.lalettre.fr/fr/fr/politique_parlement/2026/05/18/la-videosurveillance-algorithmique-dans-les-commerces-se-faufile-dans-la-loi-ripost-au-senat,110765509-art
Next INpacthttps://next.ink/224948/la-videosurveillance-algorithmique-dans-les-magasins-adoptee-a-lassemblee-nationale/
Le Mondehttps://www.lemonde.fr/
Vie Publiquehttps://www.vie-publique.fr/
Post X : https://x.com/jon_delorraine/status/2056322419447517609

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