À Washington, un événement rassemblant des responsables religieux conservateurs et des soutiens de Donald Trump a suscité de vives réactions. Présenté comme un festival de prières, ce rassemblement relance le débat sensible sur la séparation entre religion et politique aux États-Unis. Plusieurs médias américains et internationaux y voient un signal politique fort, dans un contexte déjà très polarisé.
Organisé le 17 mai 2026 sur la pelouse du National Mall, à proximité immédiate de la Maison Blanche, l’événement baptisé « Rededicate 250 » s’inscrit dans le cadre du 250e anniversaire de la déclaration d’indépendance des États-Unis.
Présenté comme un « Jubilé national de Prière, de Louange et de Action de grâce », il est coordonné avec la participation d’agences fédérales, mais aussi d’acteurs privés comme ExxonMobil et Palantir, selon les informations reprises dans les médias américains.
Le projet est assumé comme un rassemblement ouvert à tous, mais sa tonalité est clairement marquée par les courants religieux conservateurs et les soutiens politiques de Donald Trump.
Un casting dominé par les évangéliques conservateurs
Sur les quatorze intervenants religieux annoncés, onze sont des protestants évangéliques, alors même que cette communauté représente environ un quart de la population américaine.
Parmi les figures citées figurent notamment Eric Metaxas, auteur et animateur radio conservateur, qui a déjà qualifié l’islam de religion « malfaisante » et « PAS une religion ». Le pasteur Jack Graham a également tenu des propos critiques envers le pape Léon XIV, estimant qu’il « ne lit clairement pas la Bible ».
L’évangéliste Franklin Graham, déjà connu pour ses positions tranchées, avait par le passé décrit l’islam comme une religion du « meurtre et du viol ». Ces prises de position illustrent la ligne idéologique dominante de plusieurs intervenants présents à l’événement.
Aux côtés de ces figures religieuses, les trois intervenants non chrétiens évangéliques sont tous issus de milieux conservateurs et proches de la commission religieuse liée à l’administration Trump. On y retrouve notamment un représentant juif orthodoxe et deux catholiques, dont le cardinal Timothy Dolan, ancien archevêque de New York, connu pour ses positions conservatrices sur l’immigration et les questions sociétales.
Donald Trump est également intervenu en vidéo, tout comme plusieurs membres de son administration, dont Pete Hegseth et Marco Rubio, ainsi que Paula White, responsable du « Bureau de la foi » de la Maison Blanche.
Une critique forte sur la dérive idéologique du religieux
Pour plusieurs observateurs, cet événement dépasse largement le cadre spirituel. Le pasteur baptiste Adam Russell Taylor, cité dans les analyses américaines, dénonce « une version idéologique très nationaliste chrétienne » de la religion, portée par des leaders évangéliques blancs proches de l’extrême droite.
Selon ces critiques, ce type de rassemblement met en avant une fraction précise du christianisme américain, utilisée comme levier politique et identitaire dans la base électorale de Donald Trump.
Une contestation juridique et constitutionnelle
Le débat dépasse le champ religieux et touche directement la Constitution américaine. Pour Douglas Laycock, spécialiste du droit religieux, le « marathon de prière est clairement anticonstitutionnel », car « le gouvernement promeut explicitement la religion, et pas seulement la religion en général, mais une vision assez spécifique d’une religion donnée ».
D’autres juristes, comme Andrew Koppelman, adoptent une position plus nuancée. Selon lui, l’événement peut exister juridiquement, mais il contrevient à l’esprit des principes constitutionnels américains en introduisant une forme de division religieuse dans l’action publique.
L’éditorialiste Chris Brennan va encore plus loin en qualifiant l’événement d’« antiaméricain », estimant qu’il promeut une version de la religion soutenue par l’État avec de l’argent public.
Une opinion publique partagée et des chiffres révélateurs
Les critiques s’appuient également sur les données d’opinion. Selon une enquête du Pew Research Center publiée le 14 mai 2026, seuls 17 % des Américains souhaitent que le christianisme soit déclaré religion officielle des États-Unis.
Dans le même sondage, 54 % des Américains se disent favorables à la séparation de l’Église et de l’État, tandis que 52 % estiment que les chrétiens conservateurs sont allés trop loin dans leur volonté d’imposer leurs valeurs religieuses dans les institutions publiques et les écoles.
Ces chiffres alimentent l’idée d’un décalage entre les initiatives politiques et religieuses de type « Rededicate 250 » et une partie significative de l’opinion publique américaine.
Sources :
Le Figaro : https://www.lefigaro.fr/international/a-washington-trump-et-les-religieux-conservateurs-organisent-un-festival-de-prieres-20260517
20 Minutes : https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/4223858-20260517-etats-unis-membres-clerge-administration-trump-reunis-priere-rue-nationale-washington
Huffington Post : https://www.huffingtonpost.fr/international/article/donald-trump-abime-encore-la-separation-de-l-eglise-et-de-l-etat-avec-ce-marathon-de-priere-conservateur_263806.html
