Le 15 mai 2026, le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a publié un long message sur X (anciennement Twitter) dans lequel il détaille les réformes financières engagées par l’organisation depuis son arrivée à la tête en 2017.
Dans ce tweet accompagné d’une vidéo de son intervention, Tedros rappelle que dès 2017, l’OMS avait identifié un risque majeur : sa forte dépendance à l’égard de contributions volontaires provenant d’un nombre limité de donateurs. Cette situation exposait selon lui l’organisation à des « chocs » budgétaires en cas de réduction ou de retrait de ces financements. Pour y remédier, une réforme ambitieuse a été lancée avec l’accord des États membres : augmenter progressivement les contributions fixées, considérées comme plus stables et prévisibles, afin qu’elles représentent 50 % du budget de base. Ces hausses devaient être étalées sur plusieurs années, en cinq versements.
Des résultats concrets ?
Selon l’OMSSelon Tedros, ces efforts portent aujourd’hui leurs fruits. Après un processus de priorisation et de réalignement sur 16 mois, l’OMS projette que 90 % du budget de base pour le biennium 2026-2027 sera financé. Deux versements ont déjà été approuvés depuis 2022 ; les trois suivants le seront au cours des cinq prochaines années. Cette diversification des sources de revenus permettrait de mieux amortir les coupes budgétaires futures et d’assurer une plus grande stabilité à long terme.
« Les problèmes systémiques ne peuvent pas être résolus en un an ou deux », souligne le directeur général, plaidant pour une vision à long terme. Il évoque également l’objectif d’atteindre 50 à 60 % de contributions fixes d’ici 2031, ce qui réduirait les vulnérabilités et renforcerait « l’indépendance » de l’organisation.
Un financement durable pour répondre aux crises
Tedros insiste sur l’importance d’une OMS « durablement financée » pour « promouvoir, fournir et protéger la santé », y compris en coordonnant les réponses internationales à des événements comme l’épidémie actuelle de hantavirus. Dans la vidéo jointe, il développe son propos : une meilleure assise financière permettrait à l’OMS d’agir « sans peur ni faveur », favorisant la coopération internationale et la solidarité, qu’il qualifie de « meilleure immunité » face aux menaces sanitaires mondiales.
Contexte et réactions
Ce message intervient dans un contexte où l’OMS fait face à des critiques récurrentes sur sa gouvernance, son financement (notamment l’influence perçue de donateurs privés comme la Fondation Bill & Melinda Gates) et sa gestion des crises passées, dont la pandémie de COVID-19. Le tweet a suscité des réactions partagées : certains saluent une nécessaire professionnalisation du financement de l’organisation, tandis que d’autres y voient une tentative de renforcer un pouvoir perçu comme trop centralisé et insuffisamment redevable face aux États membres. Des appels à « defund the WHO » (supprimer le financement de l’OMS) sont régulièrement relayés par ses détracteurs.
Que l’on adhère ou non à la vision de Tedros, cette réforme marque une évolution structurelle pour l’OMS : passer d’une logique de dons ponctuels à un modèle plus institutionnel reposant davantage sur des contributions obligatoires des États. Reste à voir si cette plus grande « indépendance » se traduira par une efficacité accrue sur le terrain ou par une bureaucratie encore plus éloignée des réalités nationales. L’avenir de la santé mondiale dépendra en grande partie de la capacité de l’OMS à restaurer la confiance tout en démontrant des résultats concrets face aux menaces sanitaires réelles.