La droite radicale de Nigel Farage réalise jeudi 7 mai 2026 une percée historique dans les bastions travaillistes d’Angleterre, du Pays de Galles et d’Écosse. Le Labour de Keir Starmer s’effondre, ouvrant une crise politique majeure au sein du parti et soulevant des questions sur l’avenir du premier ministre.
Les résultats des élections locales du 7 mai 2026 au Royaume-Uni constituent un séisme politique. Reform UK, le parti de droite radicale fondé en 2019 par Nigel Farage, prônant l’abandon des objectifs de neutralité carbone et une ligne dure sur l’immigration, a arraché des communes que le Labour détenait depuis la Première Guerre mondiale. Hartlepool, dans le nord-est de l’Angleterre, l’une des villes les plus déshéritées du pays, est passée aux mains de Reform UK. Tameside, bastion traditionnel du nord-ouest, a vu l’essentiel de ses sièges de conseillers municipaux conquis par le mouvement de Farage. Havering, dans l’est de Londres, est devenu le premier arrondissement de la capitale à passer sous les couleurs de Reform UK.
“Nous vivons un moment historique. Nous avons prouvé que nous pouvions gagner dans des zones dominées par le Labour depuis la Première Guerre mondiale”, s’est réjoui Nigel Farage, vendredi matin, à Havering. Reform UK fait le plein de voix dans les zones les plus pauvres du pays – le nord industriel, les villes côtières – qui avaient massivement voté pour le Brexit en 2016 et se sentent depuis des décennies abandonnées par Westminster. En Écosse et au Pays de Galles, le parti récupère également les suffrages qui allaient aux conservateurs et empiète sur l’électorat travailliste.
Keir Starmer face à une crise existentielle au sein du Labour
Pour le Parti travailliste, l’heure est au bilan désastreux. Keir Starmer, qui avait mené son parti à la victoire lors des élections générales de juillet 2024 après quatorze ans d’opposition, bat désormais des records d’impopularité. Au Pays de Galles, l’humiliation a été particulièrement cuisante : Eluned Morgan, la première ministre galloise sortante, a été sèchement battue dans sa propre circonscription de Ceredigion Penfro, le Labour n’y arrivant qu’en quatrième position. “La crise que traverse le Labour est existentielle”, a tranché sur la BBC le député John McDonnell, proche de l’ex-chef des travaillistes Jeremy Corbyn.
Au sein même du parti, les langues se délient. “Keir Starmer n’est pas la bonne personne pour le poste”, a affirmé Daren Hale, le chef de file du Labour à Hull. Des sources gouvernementales anonymes ont confié à la BBC qu’un “consensus” commençait à se former selon lequel le premier ministre ne pourrait pas conduire le parti jusqu’aux prochaines élections générales de 2029. Ses partisans ont fermé les rangs, invoquant l'”instabilité internationale” pour rejeter toute idée de changement de leader. “Il n’est pas question de changer de pilote en plein vol”, a soutenu le vice-premier ministre David Lammy.
Vers la fin d’un siècle de bipartisme britannique
Au-delà du face-à-face Labour/Reform UK, ces élections confirment une mutation profonde du paysage politique britannique. Au Pays de Galles, le rejet du Labour profite massivement aux nationalistes de Plaid Cymru, parti social-démocrate né en 1925. Pour la première fois de son histoire, le mouvement pourrait être en position de conduire une coalition gouvernementale à Cardiff. En Écosse, les nationalistes du Scottish National Party (SNP) confortent leur domination, aux commandes du gouvernement régional depuis dix-neuf ans. John Swinney, le chef du SNP, a déjà annoncé qu’il réclamerait à nouveau un référendum sur l’indépendance.
Le résultat le plus structurant de ce scrutin est peut-être la mort définitive du bipartisme qui a régi la vie politique britannique pendant un siècle. Les électeurs anglais ont désormais le choix entre au moins cinq partis – Reform UK, les conservateurs, le Labour, les Verts et les libéraux-démocrates -, et six ou sept en Écosse et au Pays de Galles. “Le bipartisme est mort et enterré”, a résumé Zack Polanski, chef des Verts, qui confirment leur percée à Londres en remportant leur premier siège de maire à Hackney.
Nigel Farage, candidat sérieux à Downing Street
Fort de cette assise locale inédite, Nigel Farage se pose désormais en candidat crédible pour Downing Street lors des prochaines élections générales. La révélation, fin avril, par The Guardian qu’il avait bénéficié, sans la déclarer, d’une donation de 5 millions de livres sterling d’un milliardaire des cryptomonnaies, Christopher Harborne, n’a visiblement pas entamé sa popularité dans les zones qui votent pour lui. Le scrutin du 7 mai dessine ainsi une Grande-Bretagne fragmentée, multipartite, où les clivages géographiques et sociaux se superposent aux fractures politiques traditionnelles.
Ces élections locales du 7 mai 2026 pourraient bien marquer un point de rupture dans l’histoire politique britannique. Elles consacrent la montée en puissance d’une droite radicale capable de s’implanter dans les territoires les plus pauvres du pays, tout en signant l’acte de décès d’un bipartisme centenaire. La question n’est plus de savoir si le Royaume-Uni entre dans une nouvelle ère politique, mais à quelle vitesse et avec quelles conséquences pour la cohésion d’un pays déjà fragilisé par le Brexit.
Source : Le Monde
