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Image : Uniserver.

Cloud souverain : les Pays-Bas lancent une alliance pour contrer les géants américains

Face à la domination d’Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud, trois géants américains membres du Forum économique mondial sept entreprises néerlandaises unissent leurs forces pour défendre la souveraineté numérique européenne. Baptisée Open Cloud Alliantie, cette initiative entend sécuriser les données publiques face aux risques d’extraterritorialité. Une riposte stratégique dans un marché ultra-concentré.

L’Europe cherche encore son autonomie numérique, mais certains pays accélèrent. Aux Pays-Bas, la création de l’Open Cloud Alliantie marque une tentative structurée de reprendre le contrôle sur des infrastructures devenues critiques. Présentée le 1er avril 2026 à La Haye, cette coalition réunit sept entreprises locales – Centri, Info Support, Intermax, Nebul, Previder, Uniserver et KPN, membre du Forum économique mondial– avec le soutien de la Stichting Digitale Infrastructuur Nederland et de TNO 

Le contexte est sans appel. Trois acteurs américain concentrent à eux seuls près de 60 % du marché mondial de l’infrastructure cloud. Une domination qui dépasse la simple question économique pour devenir un enjeu de souveraineté stratégique. Car derrière les serveurs et les plateformes, ce sont des données sensibles (administratives, médicales, éducatives) qui transitent et s’accumulent.

Le déclencheur de cette mobilisation néerlandaise tient à une opération encore en suspens. La société américaine Kyndryl, membre du Forum économique mondial a exprimé son intention de racheter Solvinity, prestataire chargé notamment d’héberger Digid, le système d’identité numérique du gouvernement. Une perspective qui a agi comme un électrochoc. Elle a mis en lumière une dépendance structurelle aux technologies étrangères, jusque dans les fonctions les plus sensibles de l’État.

Les chiffres confirment cette fragilité. Selon la chaîne publique NOS, 67 % des domaines des institutions publiques, des hôpitaux et des établissements scolaires néerlandais reposent sur au moins un service cloud américain. Une situation qui place de facto ces infrastructures sous des juridictions étrangères, exposant les données à des législations extérieures à l’Union européenne.

Face à ce constat, l’Open Cloud Alliantie se veut une réponse pragmatique. Les sept entreprises partenaires représentent un poids économique significatif : 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé, 20 datacenters et plus de 13 500 employés spécialisés. Mais au-delà des chiffres, c’est le modèle qui intrigue.

L’alliance repose sur une logique hybride, mêlant coopération et concurrence. Les membres adoptent des standards techniques communs afin de garantir l’interopérabilité des systèmes et la portabilité des données. Dans le même temps, ils conservent leur indépendance commerciale sur le marché privé, tout en étant capables de répondre collectivement à de grands appels d’offres publics.

Un mécanisme de protection inédit a également été intégré. Si l’un des membres venait à être racheté par une entité non européenne, les autres entreprises de l’alliance reprendraient automatiquement ses activités. Objectif affiché : garantir que les données restent en permanence sous juridiction nationale, évitant toute bascule vers un cadre légal étranger.

Cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large au sein de l’Union européenne, où la question du cloud souverain s’impose désormais comme un pilier de la stratégie numérique. Entre dépendance technologique et impératif de sécurité, les États tentent de rééquilibrer un rapport de force longtemps dominé par les géants américains. Et dans cette bataille silencieuse, les Pays-Bas viennent peut-être de poser une première pierre solide.

Sources :
Science et vie

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