L’Organisation mondiale de la Santé a organisé le 29 avril le premier volet d’une série de webinaires consacrée à l’opérationnalisation de l’approche One Health dans le cadre du Règlement sanitaire international. Experts de l’OMS et représentants des États membres y ont examiné comment les amendements au RSI adoptés en juin 2024 et le nouvel Accord relatif aux pandémies intègrent concrètement la coordination entre les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale. L’objectif affiché : transformer des engagements politiques mondiaux en outils applicables au niveau national.
Le Règlement sanitaire international n’est pas une nouveauté. Adopté dès 1969, il a connu plusieurs révisions successives au fil des crises sanitaires mondiales, jusqu’à sa refonte substantielle en 2005 sous l’impulsion notamment de l’épidémie de SRAS et l’ajout d’amendements en 2024, après la pandémie de COVID. Ce texte constitue aujourd’hui le principal instrument juridiquement contraignant qui définit les droits et obligations des États en matière de détection, d’évaluation et de notification des événements de santé publique susceptibles de franchir les frontières.
Un webinaire affilié au One Health Summit qui s’est déroulé à Lyon
Le webinaire organisé le 29 avril fait suite à suite au One Health Summit organisé le 7 avril dernier à Lyon. Il a été organisé par la plateforme de communication scientifique créée par l’OMS, l’agence onusienne membre du Forum économique mondial, dont la mission tient en une phrase : rendre l’information scientifique accessible, compréhensible et utile à toutes les communautés pendant les urgences, afin que leurs décisions, politiques et actions soient fondées sur des preuves.
Concrètement, EPI-WIN est un réseau d’amplification conçu pour fournir des informations adaptées et rapides à des secteurs spécifiques, avec un double objectif : diffuser les données fiables de l’OMS et lutter contre la désinformation sanitaire – ce que l’OMS appelle l'”infodémie”.
Selon Rajesh Sreedharan, chef d’équipe pour les évaluations des capacités à l’OMS, la pandémie de COVID-19 a révélé à la fois la valeur de ce cadre et ses lacunes d’implémentation. Les délais dans le partage d’informations, les inégalités d’accès aux contre-mesures et les difficultés de coordination entre ministères ont été identifiés comme autant de failles critiques. Selon lui, les amendements conclus en juin 2024 ne réécrivent pas le RSI, mais cherchent à le faire fonctionner avec les réalités contemporaines : introduction d’un niveau d’alerte intermédiaire avant la déclaration d’urgence, renforcement du mécanisme de financement, clarification des responsabilités entre les États et l’OMS, meilleur alignement avec l’approche One Health.
L’Accord relatif aux pandémies : One Health inscrit dans le droit international
Adopté en 2025 par l’Assemblée mondiale de la santé après trois ans de négociations entre les États membres, l’Accord relatif aux pandémies constitue selon Sophie von Dobschütz, chef d’équipe du programme mondial COVID-19 et autres coronavirus à l’OMS, un texte complémentaire au RSI – et non concurrent. Sa caractéristique principale réside dans l’intégration explicite de l’approche One Health dans un instrument juridique international, une première dans ce domaine.
Les discussions menées au sein de l’organe de négociation intergouvernemental ont impliqué non seulement les ministères de la santé, mais aussi ceux des affaires étrangères, de l’agriculture et de l’environnement. Cette pluralité sectorielle reflète précisément la logique de l’approche : les menaces émergentes ne naissent pas dans les couloirs des systèmes de santé humaine, elles apparaissent à l’interface entre les populations, les animaux et les écosystèmes. L’accord prévoit notamment des dispositions sur la surveillance à la source, la détection des signaux zoonotiques et le renforcement des capacités des personnels de terrain – vétérinaires, agents de santé publique communautaire, gestionnaires d’urgence environnementale.
Des outils opérationnels pour dépasser le stade des engagements
L’un des apports concrets de ce webinaire a été la présentation de la suite d’outils développée par l’OMS pour accompagner les pays dans la mise en oeuvre de l’approche One Health à l’échelle nationale. Stéphane de la Rocque, chef d’unité pour les évaluations des capacités de l’OMS et membre de l’Académie vétérinaire de France, et Guillaume Belot, chargé de mission technique, ont détaillé une approche progressive articulée autour de plusieurs instruments : les évaluations externes jointes (JEE), qui permettent aux États d’identifier les faiblesses de leurs systèmes nationaux avec l’appui d’experts internationaux ; les exercices de simulation, dont le dernier en date – baptisé Polaris – a testé en avril 2025 la préparation mondiale face à un agent bactérien fictionnel ; et la bibliothèque des pays catalystes, une plateforme de partage de protocoles, de guides opérationnels et de retours d’expérience entre États membres.
Cette dernière ressource a notamment permis à l’Éthiopie, confrontée à une épizootie d’anthrax, d’obtenir rapidement l’appui documentaire de trois autres pays catalystes, sans repartir de zéro dans l’élaboration de ses procédures de réponse.
À noter que l’OMS vient de lancer au cours de ce moi d’avril 2026, un nouvel exercice de ce type baptisé Polaris 2 dont il n’a pas été question lors de ce webinaire.
Gouvernance et politique : le verrou que les experts techniques ne peuvent ouvrir seuls
Rajesh Sreedharan a formulé lors du débat un constat que plusieurs intervenants ont partagé : la dimension technique de la coordination One Health est aujourd’hui relativement bien documentée. Ce qui bloque l’implémentation effective, c’est la gouvernance. Le mécanisme de coordination multisectoriel – qui doit réunir santé humaine, santé animale, environnement et sécurité alimentaire autour d’une autorité nationale habilitée – ne peut fonctionner que s’il est inscrit dans des lois et des politiques nationales, et s’il est doté d’un budget propre.
Le défi, selon lui, consiste à traduire le discours technique en arguments politiques recevables par les ministères des finances et les exécutifs : comment la préparation aux pandémies contribue-t-elle à la résilience économique, à la sécurité alimentaire, à l’adaptation climatique ? Cette articulation entre agenda technique et agenda politique représente, à ses yeux, le principal frein à une mise en oeuvre réellement systémique de l’approche One Health au niveau national – et plus encore au niveau infranational, où les événements sanitaires prennent effectivement naissance.
Un an après les amendements au RSI et quelques semaines après l’adoption de l’Accord relatif aux pandémies, la communauté internationale dispose désormais d’un cadre juridique renouvelé pour faire face aux crises sanitaires à l’interface humain-animal-environnement. Selon l’OMS, la question n’est plus de savoir si One Health est pertinent, mais de savoir à quelle vitesse les États traduiront ces engagements en systèmes nationaux opérationnels, financés et coordonnés. Le second volet de cette série de webinaires, prévu le lendemain, devait apporter des premières réponses à travers des expériences de terrain.
À noter que ces réformes sanitaires s’accompagnent d’inquiétudes conçernant la souveraineté des Etats. Dans le cadre du lancement de l’approche One Health, l’OMS a notamment prévu la possibilité de donner des directives à ses Etats-membres, ce qui était déja une révolution en soit. L’agence onusienne membre du Forum économique mondial a depuis accéléré ses réformes avec la révision du RSI et ses avancées sur l’accord pandémique.
