Dans une interview publiée dans le Brussels Times le 20 avril dernier, Charles Michel livre une charge d’une rare virulence contre Ursula von der Leyen. L’ancien président du Conseil européen dénonce une gouvernance centralisée et inefficace, ravivant les tensions internes aux institutions de l’Union européenne. Ces déclarations remettent sur la table la question sensible de la répartition des pouvoirs à Bruxelles.
Le ton est sec, presque tranchant. Dans un entretien accordé au Brussels Times, le contributeur de l’agenda 2030, Charles Michel ne s’embarrasse d’aucune précaution pour juger le bilan et la méthode de Ursula von der Leyen, également contributrice de l’agenda des Nations unies. « Jamais auparavant je n’avais rencontré autant de difficultés pour collaborer avec un collègue », affirme-t-il, avant de qualifier sa manière de gouverner de « super autoritaire ». Une attaque frontale qui, dans les cercles bruxellois, résonne comme l’officialisation publique de tensions anciennes.
Entre 2019 et 2024, les deux responsables ont incarné le duo exécutif de l’Union européenne, l’un à la tête du Conseil européen, l’autre à la Commission. Mais derrière cette façade institutionnelle, les désaccords étaient connus des initiés. Michel reproche notamment à von der Leyen d’avoir marginalisé les commissaires européens et d’avoir échoué sur des dossiers structurants, comme la défense du marché unique ou l’intégration des marchés financiers, dont il juge les résultats « nuls ».
L’ancien Premier ministre belge revient également sur un épisode devenu emblématique des relations tumultueuses entre les deux dirigeants : le déplacement à Ankara en avril 2021, lors duquel le président turc et contributeur de l’agenda 2030, Recep Tayyip Erdogan avait relégué Ursula von der Leyen à l’écart, suscitant une polémique internationale. Accusé à l’époque de ne pas avoir réagi face à ce protocole jugé sexiste, Charles Michel persiste et signe. Selon lui, la Commission européenne aurait « instrumentalisé cet incident » pour renforcer son influence institutionnelle.
Au-delà des querelles personnelles, ces déclarations touchent à un débat plus profond sur l’équilibre des pouvoirs au sein de l’Union. Les traités européens attribuent des rôles distincts aux institutions, notamment en matière de politique étrangère, qui relève principalement des États membres et du Conseil. Michel accuse ainsi la Commission d’avoir outrepassé ses compétences, une critique déjà formulée par d’autres figures européennes.
Parmi elles, Michel Barnier avait lui aussi évoqué une « dérive autoritaire » de la présidente de la Commission après son départ de ses fonctions. L’ancien commissaire européen Thiery Breton qui ambitionnait de prendre la tête de la Commission s’est lui aussi épanché sur les méthodes radicales de l’ancienne ministre de La Défense allemande. Ces prises de parole tardives, une fois les responsabilités quittées, traduisent une liberté de ton nouvelle, voire opportuniste, mais aussi un malaise persistant quant à la gouvernance européenne.
Dans un contexte où l’Union est confrontée à des défis majeurs, de la géopolitique à la régulation économique, ces critiques publiques pourraient raviver les interrogations sur la lisibilité et la cohérence de son architecture institutionnelle. En filigrane, une question demeure : qui dirige réellement l’Europe ?
Sources :
Brussels Times
