En déplacement à Lyon pour le Forum mondial des centres collaborateurs de l’OMS, le DG de l’OMS et contributeur de l’agenda 2030, Tedros Adhanom Ghebreyesus a livré un discours stratégique à l’heure où la santé mondiale traverse une zone de fortes turbulences. Entre plaidoyer pour la science, appel à renforcer les partenariats et réforme du financement, le directeur général de l’OMS a insisté sur l’urgence d’une mobilisation collective.
À Lyon, devant un parterre de responsables politiques, diplomatiques et scientifiques, Tedros Adhanom Ghebreyesus a posé le cadre d’une intervention résolument tournée vers l’avenir de la santé mondiale. Dès les premières minutes, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a tenu à remercier la France, son président et contributeur de l’agenda 2030,Emmanuel Macron ainsi que les autorités locales pour l’accueil de ce premier Forum mondial des centres collaborateurs, qu’il présente comme un moment structurant pour l’organisation.
Revenant sur la symbolique du 7 avril, Journée mondiale de la santé, Tedros a rappelé que la Constitution de l’OMS, entrée en vigueur en 1948, fixe parmi ses missions fondamentales la promotion de la recherche en santé. Il a souligné qu’un choix stratégique majeur avait été fait dès 1949 : celui de ne pas créer d’instituts de recherche propres à l’OMS, mais de s’appuyer sur les capacités existantes à travers le monde.
« Cette politique a donné naissance à un réseau mondial de plus de 800 centres collaborateurs dans 80 pays », a-t-il rappelé, évoquant également « plus de 4 000 activités » menées en appui aux programmes de l’organisation. Selon lui, ce réseau constitue « une ressource incroyable pour la santé globale », permettant à l’OMS d’accéder à l’expertise des universités, hôpitaux et instituts de recherche.
Tedros a détaillé les contributions concrètes de ces centres, citant leur rôle dans la lutte contre la tuberculose, les fièvres hémorragiques virales ou encore la surveillance de la résistance aux antimicrobiens. Il a également insisté sur leur participation à la classification des maladies et au développement de technologies adaptées, notamment pour les maladies tropicales. « Sans vous, l’OMS ne serait simplement pas capable de faire le travail que nous faisons », a-t-il affirmé, s’adressant directement aux représentants présents.
Un constat d’autant plus crucial, selon lui, que la santé mondiale traverse actuellement une période de fortes turbulences. Tedros a évoqué des « chocs soudains et sévères » ayant affecté les systèmes de santé et les capacités d’intervention à l’échelle mondiale. Si l’OMS s’efforce d’en atténuer les effets, il a reconnu que les pays les plus vulnérables en subissent les conséquences les plus lourdes.
Dans ce contexte, le directeur général a réaffirmé l’importance de la science, thème central de la dernière Journée mondiale de la santé, placée sous le slogan « Together for Health, Stand with Science ». « La science a toujours été la force motrice des progrès en santé », a-t-il insisté, tout en identifiant un défi majeur : transformer les avancées scientifiques en politiques publiques effectives, puis en actions concrètes.
C’est dans cette optique qu’il a mis en avant l’Académie de l’OMS, inaugurée à Lyon en 2024. Selon Tedros, cette structure vise à former une main-d’œuvre sanitaire compétente à l’échelle mondiale. Il a indiqué que, dès sa première année complète, l’Académie avait atteint 80 000 apprenants dans 196 pays et territoires, proposant plus de 400 formations en 23 langues. Toutefois, il a jugé nécessaire d’aller plus loin, appelant les centres collaborateurs à s’impliquer davantage dans cette dynamique. « Je vous demande de considérer un partenariat avec l’Académie pour élargir notre impact commun », a-t-il lancé.
Au-delà des enjeux scientifiques et opérationnels, Tedros a également abordé la question du financement de l’OMS, reconnaissant que l’organisation a traversé une période difficile. Il a expliqué que dès 2017-2018, le risque d’une dépendance excessive à certains donateurs avait été identifié. En réponse, une réforme a été engagée pour élargir la base de financement à l’ensemble des 194 États membres.
L’objectif affiché est de porter les contributions obligatoires à 50 voire 60 % du budget d’ici 2031. « Cela apportera de la stabilité à l’OMS », a-t-il affirmé, ajoutant que cette réforme avait déjà permis de limiter l’impact du retrait de certains financements, notamment américains, ainsi que la baisse de l’aide publique au développement. Il a également salué le rôle de pays comme la France et l’Allemagne dans ce processus.
Malgré les difficultés, Tedros a voulu adopter un ton résolument tourné vers l’espoir. « Il n’y a pas de doute que la santé mondiale traverse une crise majeure, mais nous en sortirons », a-t-il déclaré, soulignant que la santé demeure un domaine où la coopération internationale reste possible, au-delà des divisions géopolitiques.
Il a insisté sur ce qu’il qualifie de « superpouvoir » de l’OMS : sa capacité à rassembler gouvernements, experts, institutions, société civile et secteur privé autour d’objectifs communs. Une force qu’il appelle à mobiliser pleinement pour garantir l’accès universel à la santé, conformément à la vision fondatrice de l’organisation.
Enfin, Tedros a annoncé la pérennisation de ce forum mondial, qui se tiendra désormais tous les deux ans, avec une prochaine édition prévue à Genève dès l’année prochaine. Une manière, selon lui, de structurer durablement la coopération entre les centres collaborateurs et de renforcer leur contribution à la santé globale.
Sources :
Discours officiel – Forum mondial des centres collaborateurs de l’OMS, Lyon – 8 avril 2026