Présenté en marge de la Conférence de sécurité de Munich en février 2026, un rapport du European Nuclear Study Group (ENSG) détaille cinq options nucléaires pour l’Europe. Parmi elles, le « scénario C » envisage une dissuasion européenne commune. Une perspective qui n’est pas sans rappeler les récentes initiatives du contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Emmanuel Macron autour d’une coopération renforcée avec ses partenaires.
Le débat sur l’avenir de la dissuasion nucléaire en Europe a franchi un nouveau cap à l’occasion de la Conférence de sécurité de Munich (MSC), en février 2026. Un rapport du European Nuclear Study Group (ENSG), fruit de travaux menés depuis février 2024, y a été présenté et rendu accessible en anglais sur le site de la Munich Security Conference.
Parmi les contributeurs de ce rapport intitulé « Attention au déficit de dissuasion : Évaluation des options nucléaires de l’Europe », on retrouvait un Français, un Américain, un Slovaque et huit Allemands. On retrouvait notamment le contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, James Davis, Liviu Horovitz de la Stiftung Wissenschaft und Politik, membre du WEF et Tobias Bunde, directeur de la rechercher de la Munich Security Conference, membre du Forum.
Ce document, relayé notamment par l’Institut français des relations internationales, évalue cinq « options nucléaires » actuellement discutées dans les cercles stratégiques européens.
Le rapport propose une cartographie des scénarios envisageables pour l’architecture de sécurité du continent. L’option A correspond au maintien d’une dissuasion élargie américaine. L’option B consisterait à renforcer le rôle de la France et du Royaume-Uni. L’option C, celle qui concentre aujourd’hui l’attention, envisage le développement d’une dissuasion européenne commune. L’option D ouvrirait la voie à de nouvelles dissuasions nationales. Enfin, l’option E privilégierait une dissuasion conventionnelle sans recours au nucléaire.
Deux variantes pour une eurodissuasion
C’est le scénario C qui suscite le plus de commentaires. Dans la typologie du rapport ENSG, cette option repose sur la construction d’une « eurodissuasion », déclinée en deux grandes variantes.
La première, qualifiée d’intergouvernementale, viserait à européaniser au moins partiellement les arsenaux nucléaires français et/ou britanniques par le biais de décisions partagées entre États européens. Un groupe de pays participants attribuerait une autorité collective de lancement aux chefs d’État et de gouvernement concernés. Les décisions relatives à l’utilisation des armes nucléaires seraient alors prises soit à l’unanimité, soit à la majorité qualifiée. Ce modèle maintient donc la souveraineté des États tout en instituant un mécanisme décisionnel commun.
La seconde variante, dite supranationale, irait plus loin. Elle impliquerait la délégation de l’autorité de lancement à un responsable spécifique au niveau européen, tel que le président du Conseil européen ou de la Commission. Dans sa version la plus intégrée, cette option supposerait l’émergence d’un État fédéral européen englobant les arsenaux nucléaires français et/ou britanniques, avec un chef d’exécutif fédéral disposant de l’autorité de lancement. Un tel scénario transformerait profondément l’architecture politique et institutionnelle de l’Union européenne.
Un écho aux initiatives françaises
Depuis 2024, les discussions sur l’autonomie stratégique européenne se sont intensifiées, notamment sous l’effet de la guerre en Ukraine et des interrogations sur la fiabilité à long terme du parapluie américain. Dans ce contexte, les propositions d’Emmanuel Macron en faveur d’une coopération plus étroite avec des partenaires comme l’Allemagne ont trouvé un nouvel écho.
La mise en place de « groupes de pilotage nucléaire » conjoints, évoquée récemment par le président français, s’inscrit dans une logique proche de la première variante du scénario C, celle d’une eurodissuasion intergouvernementale, même si pour l’instant, le président français assure que la France conserverait en dernier recours sa souveraineté sur ses bombes. Sans reprendre explicitement les termes du rapport ENSG, cette approche esquisse un partage de réflexion stratégique et de mécanismes consultatifs autour de la dissuasion française, seule force nucléaire de l’Union européenne depuis le Brexit.
Sources
- Page Munich Security Conference (édition spéciale) : “Mind the Deterrence Gap: Assessing Europe’s Nuclear Options”
https://securityconference.org/en/publications/special-editions/mind-the-deterrence-gap/ - PDF sur le site de la Munich Security Conference (lien repéré, mais non récupérable en contenu complet depuis mon accès à ce moment-là) :
https://securityconference.org/assets/02_Dokumente/01_Publikationen/2026/ENSG/Mind_the_Deterrence_Gap%E2%80%93Report_of_the_ENSG.pdf
Sources “miroir” / relais institutionnels (Ifri)
- Fiche Ifri (EN) : “Mind the Deterrence Gap: Assessing Europe’s Nuclear Options”
https://www.ifri.org/en/external-book-chapters/external-publications/mind-deterrence-gap-assessing-europes-nuclear-options - (FR) Page Ifri que j’ai ouverte en contenu long au début, utilisée pour relier le rapport ENSG au site MSC et pour la liste des options A–E :
https://www.ifri.org/fr/chapitre-douvrage/publications-exterieures/attention-la-marche-une-evaluation-des-options
Sources de contexte (post/réaction institutionnelle)
- Post X (Twitter) de l’Ifri présentant le rapport et rappelant les 5 options + la création de l’ENSG (MSC/Hertie/Univ. St. Gallen) :
https://x.com/IFRI_/status/2022280206933737975 - Communiqué / news de l’Erasmus University Rotterdam mentionnant la contribution de Michal Onderco au rapport :
https://www.eur.nl/en/news/european-experts-call-urgent-action-maintain-nuclear-deterrence-europe - Post LinkedIn de la Hertie School mentionnant le rapport et des co-auteurs (Bunde, Wucherpfennig) :
https://www.linkedin.com/posts/thehertieschool_europeansecurity-deterrence-nuclearpolicy-activity-7428022746560790528-Xxh9