Invité sur CNEWS ce vendredi 27 février, Ghislain Benhessa, auteur du livre « Nos vrais maîtres. Histoire secrète des hommes qui vendent la France à l’UE » a développé une thèse qu’il défend dans ses ouvrages et interventions médiatiques : la crise démocratique européenne ne serait pas d’abord le fait de la Commission européenne, mais d’un pouvoir juridictionnel devenu central et structurant. Selon lui, « la vraie machine » qui tient aujourd’hui le pouvoir en Europe serait la Cour de justice de l’Union européenne, installée à Luxembourg.
Dans le débat public, explique-t-il, la Commission est souvent désignée comme responsable d’une technocratie jugée distante des peuples. Il cite notamment l’accord signé par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, avec Donald Trump, présenté par certains comme emblématique d’une gouvernance hors-sol.
Mais pour Benhessa, cette focalisation serait une erreur d’analyse. Le véritable centre de gravité institutionnel serait la Cour de justice de l’Union européenne, qu’il décrit comme le moteur normatif de l’Union. Le droit étant l’instrument contraignant principal de l’UE, celui qui l’interprète et l’étend exercerait, selon lui, un pouvoir décisif.
Le droit comme arme d’intégration
Dans son livre, il rappelle qu’au milieu des années 1960, Walter Hallstein affirmait déjà que le droit constituait l’arme centrale de la construction européenne. Benhessa reprend cette idée pour soutenir que l’intégration européenne s’est opérée moins par des choix politiques explicites que par une accumulation de jurisprudences consacrant la primauté et l’effet direct du droit européen.
Selon lui, les responsables politiques nationaux et même les juges constitutionnels auraient progressivement été supplantés par « les hommes en noir » de la juridiction européenne.
Une élite juridictionnelle verrouillant le système ?
L’argument développé sur CNews rejoint celui de son ouvrage : les juges européens formeraient un corps doté d’un pouvoir structurant, rendant tout retour en arrière institutionnel extrêmement difficile. La dynamique ne serait pas seulement technique, mais historique et sociologique.
Sur le plateau de Pascal Praud, il a rappelé que dès le début de la création européenne, Jean Monnet avait expliqué à Michel Debré qu’il fallait « très bien payer » les futurs responsables européens, notamment parce qu’ils quitteraient Paris pour Bruxelles et accepteraient un déracinement professionnel et social. « Le problème, c’est qu’a force de les créer grassement, on a créé une élite complètement déconnecté du monde », a lancé l’avocat et enseignant à l’université de Strasbourg précisant qu’un juge européen gagne 6 ou 7 fois plus d’un juge français. « Quand vous le devenez vous n’avez aucun intérêt à ce que le système tourne mal pour vous », a-t-il ajouté.
L’autre anecdote mis en avant par Benhessa sur CNews concerne les années 1980. Il évoque un échange entre Jean-Pierre Chevènement et un haut magistrat français, alors à la tête du Conseil d’État. Chevènement aurait interrogé ce juge sur la manière dont le droit français avait pu accepter la montée en puissance du droit européen et sa primauté croissante. Ce à quoi le magistrat aurait rétorqué : « Vous savez, on ne résiste pas longtemps à l’air du temps. »
Dans son livre Ghislain Benhessa évoque ainsi des figures comme Maurice Lagrange, ancien membre du Conseil d’État ayant participé aux premières constructions juridiques européennes, ou encore Matthias Guyomar, aujourd’hui à la tête de la Cour européenne des droits de l’homme. À travers ces parcours, il cherche à montrer la continuité d’un pouvoir juridictionnel qui s’est consolidé au fil des décennies.
Le constat de Ghislain Benhessa n’invalide toutefois pas la thèse selon laquelle, cette situation serait le fruit de la volonté politique d’une élite. Jean Monnet et Walter Hallstein ont en effet participé au réunions du groupe Bilderberg, groupe informel réunissant chaque année une centaine de personnalités mondiales issues de la diplomatie, des affaires, de la politique et des médias, afin de permettre des discussions sur les grands enjeux mondiaux. Monnet s’y est rendu en1950, Hallstein en 1958. D’autant plus qu’Ursula von der Leyen et Donald J. Trump, sont des contributeurs de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, fondé par Klaus Scwhab, ancien membre du comité de pilotage du Bilderberg.
« Nos vrais maîtres. Histoire secrète des hommes qui vendent la France à l’UE ». Ghislain Benhessa. Paru le 28 janvier 2026. Broché