Après avoir échoué à moins de 600 voix aux législatives de 2024 face au candidat LFI Gabriel Amard, Jean-Paul Bret, retente un pari politique. Cette fois, l’ancien maire socialiste vise l’Hôtel de Ville de Villeurbanne et s’attaque frontalement dans les Coulisses du Grand Lyon à son successeur, Cédric Van Styvendael, également membre du PS qu’il avait lui-même désigné en 2020.
Invité sur le plateau de Lyon Mag ce mercredi 25 février, Jean-Paul Bret ne cache plus son amertume. « J’ai été effectivement très déçu par ce mandat. Si j’ai fait une erreur en 2020, c’est effectivement de lui permettre de me remplacer », confie-t-il.
La rupture ne tiendrait pas uniquement à des divergences partisanes, même si l’ancien maire qui avait inauguré le temple de la Grande Loge de France dans sa commune évoque un rapprochement jugé excessif avec La France insoumise. Il reproche à son successeur un engagement appuyé aux côtés de Gabriel Amard lors des législatives, avec conférences de presse et déplacements de Jean-Luc Mélenchon. Mais au-delà des alliances, c’est le bilan municipal qui cristallise les critiques.
Une « frénésie financière » suivie d’un coup de frein
Jean-Paul Bret défend la situation financière qu’il affirme avoir laissée en 2020 : faible endettement, capacité d’épargne solide, reconnaissance nationale. Il conteste l’idée d’un retard accumulé sous ses mandats.
« Quand je l’entends dire qu’en cinq ans il a rattrapé vingt ans de retard, je trouve que c’est non seulement inélégant, mais totalement contraire à ce qu’il disait lorsqu’il est devenu maire », s’agace-t-il.
Il décrit le début du mandat de son successeur comme une « frénésie financière », marquée par une augmentation très conséquente de la masse salariale et des dépenses de fonctionnement. Puis, selon lui, un brutal changement de cap : hausse de 10 pour cent de la taxe foncière et baisse moyenne de 12 pour cent des subventions aux associations.
« Au bout de trois ans, il s’est rendu compte qu’à ce rythme-là, la ville allait dans le mur », affirme-t-il.
Trop de chantiers, pas assez de coordination
Jean-Paul Bret rejette l’image du « maire zéro travaux ». Il rappelle les équipements et opérations d’aménagement réalisés sous ses mandats et souligne la continuité des grands projets urbains.
Il reconnaît l’intensité des chantiers actuels, mais dénonce leur accumulation. Tramway T6, voies lyonnaises, réaménagements successifs : pour lui, le manque de coordination a créé une forme de saturation urbaine.
Sécurité : changer de doctrine
Dans son programme, fort d’une centaine de propositions, la sécurité occupe une place centrale. Jean-Paul Bret estime que la situation s’est dégradée depuis 2020, avec une progression des points de deal et un sentiment d’insécurité plus marqué.
Il prône le retour d’une police municipale de proximité avec des îlotiers identifiés et souhaite faire évoluer la doctrine d’intervention.
Il propose aussi de mobiliser le civisme des habitants à travers des groupes de vigilance encadrés. « Il s’agit d’utiliser le civisme des citoyens pour repérer certaines situations et collaborer avec les services municipaux pour y apporter des solutions », explique-t-il, citant l’exemple du quartier du Tonkin où une initiative associative a permis des avancées. Il précise qu’il ne s’agit pas de créer des milices, mais de renforcer la coopération entre habitants et institutions.
Une campagne ouverte
Interrogé sur d’éventuelles alliances au second tour, Jean-Paul Bret reste prudent. Il exclut un rapprochement avec une liste soutenue par Jean-Michel Aulas. Quant à une entente avec la majorité écologiste métropolitaine conduite par Bruno Bernard, il renvoie aux résultats du premier tour.
Son objectif est clair : arriver en tête et reprendre les rênes d’une ville qu’il a dirigée pendant près de vingt ans.
À Villeurbanne, la campagne s’annonce comme un duel entre continuité et réinterprétation de l’héritage. Jean-Paul Bret entend convaincre que son retour serait celui de la stabilité budgétaire et d’une autorité municipale renforcée. Reste à savoir si les électeurs lui offriront une nouvelle chance.
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