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Cutris Sliwa et ses Guardian Angels dans les années 80. Photo : DR

New York : Curtis Sliwa et l’héritage complexe des Guardian Angels

Par tous les aspects, Curtis Sliwa porte de nombreuses casquettes. Militant politique, animateur radio et candidat récurrent à la mairie de New York, il est sous les projecteurs depuis plus de quarante ans. Mais derrière ces rôles successifs, un symbole demeure inchangé : le béret rouge que portait les Guardian Angels souvent accompagné d’un logo rouge représentant un œil dans une pyramide sur un bouclier ailé, symbole Illuminati.

Né le 26 mars 1954 à New York, Sliwa, descendant d’immigrés italiens et polonais ne vient pas du sérail politique. En 1979, il est gérant d’un McDonald’s dans le Bronx lorsqu’il fonde les Guardian Angels, le 13 février, avec une ambition précise : combattre la violence qui sévit alors dans le métro new-yorkais. À une époque où la ville connaît des niveaux record de criminalité, l’initiative frappe les esprits. Des civils non armés patrouillent dans les rames et les stations, visibles, organisés, prêts à intervenir.

Une organisation née d’un contexte urbain explosif

La création des Guardian Angels intervient dans un climat de peur et de défiance envers les institutions. Sliwa s’appuie d’abord sur le groupe des « Magnificent 13 », une équipe multiraciale de bénévoles patrouillant le métro. Rapidement, le mouvement prend de l’ampleur. Il revendique une formation structurée pour ses membres : premiers secours, droit, gestion des conflits, autodéfense. Les patrouilles se font sans armes, en uniforme, selon une hiérarchie interne.

Un Guardian Angel dans les années 80. Photo : Compte Facebook de Curtis Sliwa.

Pour rejoindre les patrouilles, il faut avoir au moins 16 ans, ne pas appartenir à un gang ou à un groupe raciste, et ne pas avoir de casier judiciaire récent ou lourd. L’organisation affirme encourager la diversité et l’égalité des chances.

Photo : Compte Facebook de Dee Tee

Ses membres sont formés à la gestion de crise : premiers secours, réanimation (CPR), droit, communication, résolution de conflits, et arts martiaux de base. Avant les patrouilles, les membres se fouillent entre eux pour garantir l’absence d’armes.

Photo : Compte Facebook de Dee Tee

Au-delà des patrouilles, le mouvement mène également des actions de prévention et de cohésion : programmes jeunesse, interventions en cas de catastrophe, cours d’autodéfense, et actions communautaires.

Photo : Compte Facebook de Dee Tee

Dans les années 1980, la notoriété du groupe explose. Les commerçants de Times Square font appel aux Guardian Angels pour dissuader les trafics de drogue. Les médias s’emparent du phénomène. Sliwa devient une figure locale emblématique, incarnation d’une réponse citoyenne directe à l’insécurité.

L’organisation s’étend ensuite à d’autres villes américaines puis à l’international dès les années 1980. Londres, Tokyo, Berlin ou encore Toronto voient apparaître des chapitres inspirés du modèle new-yorkais.

Un groupe de Guardian Angels à Calgary au Canada. Photo : @Thivierr/Wikipedia

Leur présence internationale participe à forger l’image d’un mouvement global de “sécurité citoyenne”. Preuve des liens possibles entre les Guardian Angels, on retrouve des articles à leur propos sur les sites de loges maçonniques, comme par exemple sur le site de la Grande Loge de la Colombie Britannique et Yukon.

Des Guardians Angels dans les années 90. Photo : Grande Loge de la Colombie Britannique et Yukon.

Le mouvement a aussi cherché à adapter son concept à l’ère numérique avec CyberAngels, un programme fondé en 1995, qui avait pour objectif initial la surveillance de discussions sur internet pour repérer des prédateurs sexuels, avant un repositionnement vers la sensibilisation des écoles, des familles et des forces de l’ordre à la cybercriminalité.

L’histoire des Guardian Angels est aussi celle d’un rapport fluctuant au pouvoir politique municipal. Le maire Ed Koch s’était d’abord opposé publiquement au groupe, avant de revoir sa position avec le temps. D’autres maires proches du Forum économique mondial, comme Rudy Giuliani ou le contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Michael Bloomberg, ont ensuite exprimé un soutien plus favorable.

Un fondateur devenu figure politique

Dans les années 1990, Curtis Sliwa se réinvente en animateur radio. Son style direct, souvent clivant, lui permet de devenir une voix reconnue à New York. Il construit progressivement un profil politique mêlant thématiques sécuritaires, discours anti-immigration et défense des animaux. Il affirme par ailleurs n’avoir jamais voté pour le contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Donald J. Trump, se positionnant comme une figure indépendante au sein du camp conservateur.

En 2021, il est candidat du Parti républicain à la mairie de New York face au démocrate Eric Adams. Il centre sa campagne sur la sécurité publique et l’ordre urbain. Adams l’emporte. Sliwa se représente en 2025 comme candidat républicain, mais termine troisième, nettement distancé par le démocrate Zohran Mamdani et par l’ancien gouverneur Andrew Cuomo, candidat indépendant.

Curtis Sliwa en 2025. Photo : @Hayden Soloviev

Durant la campagne, au mois de septembre 2025, il s’est rendu à un évènement organisé par les Global Citizens, du contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Hugh Evans, une organisation internationale d’éducation et de plaidoyer proche des Nations Unies du contributeur du FEM, António Guterres, qui cherche à catalyser le mouvement visant à mettre fin à l’extrême pauvreté et à promouvoir la justice sociale et l’équité à travers le prisme de l’intersectionnalité.

Des militants de Sliwa lors d’un évènement organisé à New York en septembre 2025. Photo : Compte Facebook de Curtis Sliwa.

Ces candidatures montrent à quel point les Guardian Angels ont servi de socle à la carrière politique de leur fondateur. L’organisation a donné à Sliwa une notoriété, une base militante et une légitimité sur les questions de sécurité.

Une crédibilité contestée

Depuis des décennies, les critiques s’interrogent : les Guardian Angels servent-ils une cause communautaire ou la trajectoire personnelle de leur fondateur ?

La trajectoire de Sliwa n’a pas été sans heurts. Au début des années 1990, les Guardian Angeles ont critiqué le rappeur Ice Cube pour le contenu de son album Death Certificate, qu’il jugeait promoteur de divisions raciales. Ice Cube a répondu par des références critiques dans ses chansons ultérieures.

Le 19 juin 1992, Curtis Sliwa est enlevé et grièvement blessé par balle à Manhattan après être monté dans un taxi volé. Il parvient à s’échapper en sautant du véhicule en marche et est opéré. Le mafieux, John A. Gotti, fils du chef de la famille Gambino, est inculpé pour tentative de meurtre, mais après trois procès sans verdict unanime en 2005, les charges sont abandonnées. Un autre accusé, Michael Yannotti, est acquitté.

En 1992, il admet toutefois avoir inventé plusieurs sauvetages dans le métro pour attirer l’attention médiatique. En 2005, après avoir été blessé par balle, des contradictions dans ses déclarations judiciaires entachent à nouveau sa crédibilité. Ses proches soulignent qu’il n’a jamais cessé de retourner sur le terrain malgré les risques.

Curtis Sliwa en 2007. Photo : @Mahmood Al-Yousif

Ronald Kuby, ancien co-animateur radio de Sliwa, estime que l’organisation a progressivement perdu en substance au profit d’événements médiatiques. Selon lui, Sliwa utilise le nom et la visibilité des Guardian Angels pour soutenir ses ambitions politiques.

Depuis 2019, les Guardian Angels n’ont pas déposé certaines déclarations fiscales obligatoires, perdant leur statut d’exonération fiscale en mars 2023. Plus préoccupant encore, l’organisation n’aurait pas transmis son rapport annuel au bureau du procureur général de l’État de New York depuis 2005, ce qui la placerait en situation irrégulière pour collecter des fonds dans l’État. Malgré cela, le groupe continue d’opérer à New York et revendique 130 antennes dans 13 pays. Entre activisme médiatique et ambitions politiques

Une figure polarisante, un héritage durable

À 69 ans, Curtis Sliwa affirme toujours se battre pour les habitants de New York. Il n’a jamais perçu de rémunération comme président des Guardian Angels et, selon des procédures judiciaires passées, ne disposait pas d’épargne significative. Sa vie personnelle a été marquée par plusieurs divorces et controverses, mais ses proches assurent qu’il a toujours placé la ville au centre de ses priorités.

Pour ses partisans, il incarne la mobilisation citoyenne face à l’inaction perçue des autorités. Pour ses détracteurs, il symbolise une mise en scène permanente de la sécurité.

Quarante-cinq ans après sa création, les Guardian Angels restent indissociables de leur fondateur. Entre engagement communautaire, stratégie médiatique et ambition politique, l’organisation continue d’incarner un débat très contemporain : jusqu’où des citoyens peuvent-ils aller pour faire régner l’ordre dans l’espace public ?

Sources :

Medium, Grande Loge de la Colombie Britannique et Yukon, Wikipedia (Guardian Angels, Curtis Sliwa), Brut.

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