You are currently viewing Mort de Quentin : Dominique de Villepin craint qu’une « diabolisation » de LFI ne favorise une prise de pouvoir identitaire
Photo : Compte Facebook de Dominique de Villepin.

Mort de Quentin : Dominique de Villepin craint qu’une « diabolisation » de LFI ne favorise une prise de pouvoir identitaire

Dans un long texte publié sur X, Dominique de Villepin alerte sur le climat de polarisation politique après la mort de Quentin Deranque. L’ancien premier ministre appelle à condamner toutes les violences sans céder à la « fausse symétrie » entre radicalités. Il estime que la « diabolisation » de LFI pourrait, en creux, légitimer une prise de pouvoir identitaire du Rassemblement national.

Intitulé « La République contre la violence », le texte diffusé par Dominique de Villepin se veut à la fois mise en garde et profession de foi républicaine. Conscient, écrit-il, des « risques » pris en s’exprimant dans une période « de si grande polarisation, d’émotion et de passion politique », l’ancien premier ministre revendique un devoir de clarté face à ce qu’il perçoit comme un moment de bascule.

L’affaire Quentin Deranque, du nom de l’étudiant nationaliste décédé à Lyon après un lynchage en marge d’une conférence de l’eurodéputée insoumise Rima Hassan, constitue selon lui un « moment d’inconfort et de vigilance ». Il pose d’abord un principe intangible : « Nous devons dénoncer toutes les violences, quelles qu’elles soient, et les dénoncer sans exception. » La violence politique, insiste-t-il, n’a pas sa place en démocratie, car elle atteint « l’idée même de République ».

Mais au-delà de la condamnation morale, Dominique de Villepin situe l’événement dans une séquence politique plus large. Il évoque un « moment Charlie Kirk » aux États-Unis, estimant que la mort de Quentin Deranque pourrait être instrumentalisée pour « délégitimer une partie du spectre politique » et nourrir la « victimisation de l’extrême droite triomphante ». À ses yeux, le pays s’approcherait d’un « point de non-retour », où l’illusion d’une vie démocratique normale masquerait un glissement plus profond.

Critique de LFI et refus de la symétrie

L’ancien chef du gouvernement ne ménage pas La France insoumise. Il distingue explicitement responsabilité pénale et responsabilité politique, laissant à la justice le soin d’établir les faits individuels. Mais il estime que la stratégie, la rhétorique et certaines ambiguïtés du mouvement « nourrissent le feu au lieu de l’éteindre ». Dans une France « divisée, fragilisée, travaillée par les peurs et les colères », jouer la dramatisation permanente ferait courir le risque que « des acteurs se sentent autorisés à passer du verbe au geste ».

Pour autant, Dominique de Villepin refuse de renvoyer dos à dos toutes les radicalités. Il identifie deux « fausses idées » qui, selon lui, biaisent le débat. La première est celle d’une symétrie entre violences d’extrême gauche et violences d’extrême droite. Plongeant dans l’histoire – de la IIIe République à l’Allemagne de Weimar –, il soutient que l’asymétrie des violences a souvent été déterminante dans l’accession au pouvoir de régimes autoritaires.

S’appuyant notamment sur les travaux de l’historien Nicolas Lebourg, il rappelle que, depuis 1986, 59 morts sont attribués à l’ultra-droite contre six à l’ultra-gauche. Sur les cinq dernières années, écrit-il, l’extrême gauche aurait fait une victime, contre onze pour des militants d’extrême droite, souvent ciblées pour des motifs religieux ou raciaux. Il y voit le signe d’un maillage territorial croissant de groupuscules violents d’ultra-droite.

Une mise en garde contre la « normalisation »

La seconde illusion dénoncée est celle de la normalisation de l’extrême droite, présentée comme une option politique « comme une autre ». Dominique de Villepin souligne qu’en Europe, des régimes d’extrême droite ont accédé au pouvoir par les urnes sans nécessairement le rendre, citant les exemples de l’Allemagne, de l’Italie, de la Hongrie ou de la Roumanie. À l’inverse, il affirme qu’aucun régime de gauche radicale élu en Europe n’a refusé de quitter le pouvoir par voie électorale.

Dans le contexte français, il observe que La France insoumise stagne autour de 10 à 15 % dans les sondages, tandis que l’extrême droite se situerait entre 35 et 40 %, régulièrement donnée gagnante pour la présidentielle de 2027. Dès lors, estime-t-il, la « diabolisation » de LFI, même si elle s’appuie sur des « erreurs voire des fautes stratégiques manifestes », aurait pour effet de « légitimer une prise de pouvoir identitaire » et d’ouvrir un « corridor de respectabilité » au Rassemblement national.

Il critique également ceux qui, au centre gauche ou à droite, verraient dans la séquence l’occasion de régler des comptes ou de repositionner leurs forces en vue des échéances à venir. Selon lui, ce « tir croisé » détournerait l’attention du « danger principal » et contribuerait à banaliser l’extrême droite en la dispensant d’un examen plus exigeant.

Un appel à la responsabilité nationale

Dominique de Villepin conclut en appelant à « ne rien céder à la violence, ne rien céder aux calculs, ne rien céder aux facilités de la symétrie ». La République, écrit-il, ne se sauvera ni par les anathèmes ni par l’ivresse des camps, mais par « la clarté des mots, la fermeté du droit, la responsabilité des partis ».

Au-delà des polémiques, son texte s’inscrit comme une tentative de replacer le débat sur le terrain institutionnel et historique. Dans une séquence marquée par l’émotion et la radicalisation des discours, l’ancien premier ministre revendique une posture de vigie républicaine. Reste à savoir si cet appel à la nuance et à la vigilance trouvera un écho dans un paysage politique qu’il juge, lui-même, dangereusement incliné.

Laisser un commentaire