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Noam et Valéria Chomsky en 2018. Photo : @John de Dios.

Affaire Epstein : Valéria Chomsky sort du silence pour défendre Noam Chomsky

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La relation passée entre Noam Chomsky et Jeffrey Epstein refait surface, ravivant une controverse déjà vive dans le monde intellectuel. Gravement affaibli par un AVC survenu en 2023, le célèbre linguiste américain pourtant reconnu pour son discours iconoclaste sur les mensonges du discours médiatique ne peut plus s’exprimer publiquement. Sa femme, Valéria Chomsky, a donc pris la parole dans un long texte destiné à clarifier la nature de leurs contacts avec le financier américain aujourd’hui unanimement reconnu comme un criminel sexuel.

La figure de Noam Chomsky, référence majeure de la linguistique connu pour ses critiques radicales de la politique étrangère des Etats-Unis et d’Israël, ainsi que des médias, se retrouve à nouveau associée au nom de Jeffrey Epstein. Les liens qui unissaient le financier à l’ancien professeur du Massachusetts Institute of Technology, membre du Forum économique mondial, avaient déjà été révélé. Chomsky avait déjà reconnu avoir reçu environ 270 000 dollars provenant d’un compte lié à Epstein lors d’un règlement en rapport avec son premier mariage. Au mois de novembre dernier, The Guardian mentionnait encore une lettre de recommandation émanant de Chomsky, un mail de 2015 dans lequel Epstein proposait à Chomsky d’utiliser ses résidences de New York et du Nouveau-Mexique. La nouvelle salve des Epstein Files démontre que Chomsky a conseiller son ami sur la manière de faire face à la tempête médiatique au coeur de la tourmente.

Une association que son entourage qualifie désormais d’erreur tragique de jugement. Âgé de 97 ans, l’intellectuel est aujourd’hui dans l’incapacité totale de s’exprimer, après un accident vasculaire cérébral sévère survenu en juin 2023. Placé sous assistance médicale permanente, il n’a plus accès à l’espace public ni aux débats qui entourent son nom.

C’est donc son épouse, Valéria Chomsky, qui a décidé de rompre le silence dans une déclaration publiée le 7 février 2026. Un texte à la fois défensif et introspectif, dans lequel elle affirme vouloir dissiper toute ambiguïté sur leurs interactions passées avec Epstein. Elle explique avoir été entièrement absorbée par les soins de son mari depuis près de trois ans, sans aucun soutien en communication, ce qui explique la réponse tardive à cette controverse persistante.

Selon son récit, la rencontre avec Epstein remonte à 2015, lors d’un événement professionnel lié aux travaux de Chomsky. Elle souligne qu’à l’époque, la condamnation d’Epstein en 2008 en Floride était, selon elle, largement méconnue du grand public, y compris du couple. Elle affirme que ce n’est qu’à partir de l’enquête retentissante du Miami Herald en novembre 2018 que l’ampleur réelle de ses crimes aurait émergé dans l’espace médiatique mondial.

Epstein se serait alors présenté comme un mécène scientifique et un expert financier, suscitant l’intérêt de Chomsky. Une relation épistolaire s’est installée, que Valéria Chomsky décrit rétrospectivement comme un « cheval de Troie ». Le financier aurait progressivement multiplié les marques d’attention, les invitations et les occasions d’échanges académiques, dans ce qui apparaît aujourd’hui comme une stratégie d’influence.

Les contacts évoqués incluent des déjeuners et dîners à New York, un passage dans un ranch appartenant à Epstein, ainsi qu’une visite de son appartement parisien, toujours dans un cadre présenté comme strictement professionnel. Valéria Chomsky insiste sur un point central : jamais le couple ne s’est rendu sur l’île privée d’Epstein et jamais ils n’ont été témoins de comportements criminels, ni même de la présence de mineurs.

Valéria Chomsky affirme qu’Epstein se présentait alors comme une victime de persécution médiatique, un discours qui aurait trouvé un écho chez Chomsky, habitué aux polémiques et critiques violentes à son encontre. Dans un échange de courriels daté de février 2019, Chomsky lui recommande de faire profil bas, déplorant « la manière horrible dont (Epstein) est traité dans la presse et l’opinion publique ». « Ce que les vautours veulent, c’est une réaction publique, qui offre ainsi une ouverture publique pour une vague d’attaques virulentes, dont bon nombre motivées par la recherche de publicité ou des canulars de toutes sortes », répondait Chomsky à propos des médias. Valeria Chomsky affirme désormait que le récit d’Epstein était manipulateur et visait à utiliser le prestige intellectuel de Chomsky pour redorer l’image d’Epstein par simple association.

Sur le plan financier, la déclaration apporte également des précisions. Le chèque de 20 000 dollars correspondrait à la rémunération d’un travail demandé par Epstein, dans le cadre de l’élaboration d’un projet de concours dans le domaine de la linguistique. Quant aux quelque 270 000 dollars évoqués dans la presse, Valéria Chomsky affirme qu’il s’agissait exclusivement de fonds appartenant à son mari, qu’Epstein aurait aidé à récupérer dans un contexte de désorganisation des ressources de retraite de Chomsky. Elle assure qu’aucun investissement commun n’a jamais existé et qu’Epstein n’a jamais eu accès à leurs comptes bancaires.

Valéria Chomsky reconnaît toutefois une faute majeure : ne pas avoir suffisamment enquêté sur le passé d’Epstein. Elle parle d’une « grave erreur de jugement » et présente des excuses explicites, en son nom et en celui de son mari. Elle admet également que la réaction publique initiale de Noam Chomsky en 2023 n’a pas mesuré pleinement la gravité des crimes ni la souffrance durable des victimes. Noam Chomsky avait déclaré que cela ne regardait personne, ajoutant qu’il connaissait Epstein et l’avait « rencontré » de façon occasionnelle. Il affirmait que leurs échanges portaient sur des sujets comme la politique et le monde académique, et qu’à l’époque de leurs rencontres, la seule chose connue de lui était qu’Epstein avait purgé une peine pour une condamnation antérieure.

La déclaration se conclut par une condamnation sans équivoque des actes de Jeffrey Epstein et par une expression de solidarité avec ses victimes. Un texte qui se veut à la fois explicatif et réparateur, mais qui ne manquera pas de nourrir encore le débat sur la responsabilité morale des intellectuels face aux stratégies d’influence des puissants.

Une chose est certaine : celui que The Times of Israel décrit comme un homme qui « s’est souvent fait l’avocat du diable », sans doute en référence à sa signature en 1979 d’une pétition en faveur de Robert Faurisson, avait de mauvaises fréquentations.

Sources :

Déclaration de Valéria Chomsky – 7 février 2026 – texte publié en ligne (communiqué personnel)

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