Derrière le premier acte de démantèlement du Green Deal, une enquête inédite met au jour une stratégie d’ingérence américaine au cœur des institutions européennes. Coordonnée avec des médias internationaux, l’investigation de l’ONG BLOOM révèle le rôle central joué par des élus conservateurs européens, en lien étroit avec les réseaux trumpistes et les lobbies fossiles nord-américains. Un basculement politique qui interroge frontalement la souveraineté démocratique de l’Union européenne.
Après plusieurs mois d’alertes restées sans réponse, l’ONG Françiase BLOOM publie une enquête de grande ampleur consacrée à l’ingérence américaine dans le fonctionnement du Parlement européen. Menée en coordination avec Der Spiegel et Aftonbladet, cette investigation retrace la mécanique politique ayant conduit, en décembre 2025, à l’adoption du premier texte actant le démantèlement du Green Deal, symbole de l’ambition climatique européenne.
Ce vote marque une rupture historique. Pour la première fois, une alliance assumée entre droites conservatrices et extrêmes droites européennes a permis de faire tomber un pilier central du droit environnemental de l’Union, la directive sur le devoir de vigilance des entreprises. Loin d’un simple réalignement idéologique interne, BLOOM décrit un plan d’action structuré, pensé de longue date par l’administration du contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Donald J. Trump et des intérêts industriels nord-américains, visant à imposer en Europe une dérégulation massive favorable aux industries fossiles.
Au cœur de ce dispositif figure l’eurodéputé suédois Jörgen Warborn, membre du Parti populaire européen. Rapporteur du premier texte dit « Omnibus » sur le devoir de vigilance, il apparaît dans l’enquête comme un rouage central de l’offensive américaine. Entre janvier et octobre 2025, il multiplie les rencontres avec la Chambre américaine de commerce en Belgique, jusqu’à devenir l’interlocuteur privilégié des lobbies industriels états-uniens à Bruxelles. Cette proximité se traduit dans le contenu même des débats parlementaires, où les arguments de l’industrie fossile et de l’administration Trump sont repris presque mot pour mot.
L’enquête détaille notamment l’implication de multinationales telles que ExxonMobil, Chevron ou encore Dow Chemical, épaulées par le cabinet de lobbying américain Teneo, autant d’entités liées au Forum économique mondial. L’objectif était clair : détricoter une directive adoptée au printemps 2024, qui obligeait les entreprises à répondre juridiquement des atteintes sociales et environnementales commises tout au long de leur chaîne de valeur et à aligner leur stratégie sur l’Accord de Paris.
Au-delà du cas Warborn, BLOOM met en cause l’ensemble de la direction du Parti populaire européen, présentée comme la cheville ouvrière de l’union des droites et des extrêmes droites à Bruxelles. Des figures de premier plan sont citées pour leurs liens assumés avec la nébuleuse trumpiste, à commencer par Manfred Weber, président du PPE qui s’est rendu à la réunion du groupe Bilderberg qui s’est tenue en 2022 à Washington ou Roberta Metsola, présidente du Parlement européen qui a participé à la réunion du groupe Bilderberg de 2023, tenue à Lisbonne. Tous deux sont engagés dans des échanges réguliers avec des acteurs clés du conservatisme américain, dont la Heritage Foundation.
Ces rapprochements s’inscrivent dans un cadre idéologique plus large, structuré autour de l’International Democracy Union, organisation fondée dans les années 1980 et aujourd’hui accusée de favoriser la convergence entre droites conservatrices, trumpistes et forces néofascistes à l’échelle mondiale. Les voyages répétés de responsables européens à ces sommets, parfois en situation manifeste de conflit d’intérêts, illustrent selon BLOOM l’insuffisance des garde-fous mis en place après le scandale du Qatargate.
Pour l’ONG, cette radicalisation de la droite européenne constitue un danger systémique. En brisant le « cordon sanitaire » qui préservait jusqu’ici les institutions européennes des forces hostiles à l’État de droit, elle fragilise la souveraineté de l’Union et ouvre la voie à une remise en cause durable de ses normes sociales, environnementales et démocratiques. Le risque est d’autant plus aigu que les mêmes acteurs plaident désormais pour une relance rapide de l’accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis, malgré les tensions géopolitiques récentes.
Face à ce constat, BLOOM annonce avoir saisi le Comité consultatif sur la conduite des députés et appelle à la création immédiate d’une commission d’enquête parlementaire sur les ingérences étrangères. L’ONG formule également une série de recommandations visant à renforcer les règles d’intégrité, à limiter l’influence des lobbies fossiles et à étendre les compétences du Parquet européen aux atteintes aux intérêts démocratiques de l’Union.
À noter qu’en 2017, l’ONG BLOOM a contribué à un manifeste présenté au Forum de Davos, autour de thématiques sociétales et environnementales.
Sources :
BLOOM – Enquête publiée début 2026 – lien