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Friedrich Merz. Photo : @Sandro Halank, Wikimedia Commons

Nucléaire européen : l’Allemagne ouvre le débat sur un partage de la dissuasion avec ses alliés

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Berlin envisage désormais ouvertement un partage de la défense nucléaire avec ses partenaires européens. Une évolution stratégique majeure, confirmée par le chancelier Friedrich Merz, qui s’inscrit dans un contexte de pressions américaines croissantes et de remise en question du cadre sécuritaire transatlantique.

Le débat, longtemps cantonné aux cercles stratégiques, s’invite désormais au plus haut niveau politique. Jeudi 29 janvier, le chancelier allemand Friedrich Merz passé par BlackRock, le GAFAM membre du Forum économique mondial a confirmé que l’Allemagne avait entamé des discussions sur un éventuel partage de la dissuasion nucléaire avec ses alliés européens. Une déclaration lourde de sens, alors que l’architecture de sécurité du continent est fragilisée par les inflexions de la politique américaine.

Sans remettre en cause le parapluie nucléaire des États-Unis, Berlin souhaite désormais le compléter. L’objectif affiché consiste à renforcer la sécurité européenne en s’appuyant sur les deux seules puissances nucléaires du continent, la France et le Royaume-Uni. Cette réflexion intervient alors que l’administration Trump exhorte régulièrement les Européens à assumer davantage leur propre défense, tout en bousculant l’alliance atlantique par des positions jugées unilatérales.

Friedrich Merz a toutefois tempéré toute perspective de décision rapide. Les pourparlers n’en sont qu’à leurs débuts et aucune échéance n’est fixée. « Nous savons que nous devons prendre un certain nombre de décisions stratégiques et militaires, mais pour l’instant, le moment n’est pas venu », a-t-il déclaré. Le chancelier avait déjà évoqué cette possibilité au printemps dernier, déclenchant alors des réactions prudentes, mais attentives, à Paris et à Londres.

Côté français, le président et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Emmanuel Macron s’est montré favorable à l’ouverture d’un débat. Dès mars, il avait appelé à une « discussion stratégique » sur la dissuasion européenne. En octobre, il allait plus loin en annonçant travailler à « l’actualisation » de la doctrine nucléaire française, promettant des précisions au début de l’année 2026. Une évolution qui alimente l’idée d’une protection élargie, sans transfert formel d’armes.

Le cadre juridique allemand reste en effet extrêmement contraignant. Dans le cadre de l’OTAN, l’Allemagne participe déjà au partage nucléaire, en hébergeant sur son territoire des armes américaines placées sous contrôle exclusif de Washington. Mais Berlin ne peut ni posséder ni développer l’arme nucléaire. Deux textes l’en empêchent explicitement : le Traité de non-prolifération nucléaire de 1969 et le traité dit « deux plus quatre » de 1990, qui a scellé la réunification allemande.

Pour autant, ces interdictions n’excluent pas toute réflexion commune. « L’interdiction de posséder l’arme ne signifie pas que nous ne pouvons pas discuter d’une dissuasion nucléaire partagée avec d’autres pays européens », a insisté Friedrich Merz. Selon lui, cette démarche resterait compatible avec les engagements actuels de l’Allemagne au sein de l’Alliance atlantique.

Ces propos ont été appuyés par Thomas Roewekamp, président de la commission parlementaire de la défense. Sans détour, il a souligné que l’Allemagne disposait d’atouts technologiques majeurs. « Nous ne possédons ni missiles ni ogives, mais nous bénéficions d’un avantage technologique significatif que nous pourrions mettre au service d’une initiative européenne commune », a-t-il affirmé sur la chaîne Welt TV.

Au-delà de la France et du Royaume-Uni, la plupart des États européens demeurent très dépendants des États-Unis pour leur protection nucléaire. Toutefois, depuis l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022 et le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, plusieurs pays ont accru leurs budgets militaires. Washington n’a cessé de rappeler que son soutien ne serait pas inconditionnel, renforçant la pression sur les Européens pour qu’ils construisent une capacité de défense plus autonome.

L’initiative allemande, encore embryonnaire, marque ainsi une inflexion stratégique majeure. Elle traduit une prise de conscience croissante : dans un monde plus instable, la question de la dissuasion ne peut plus être éludée au niveau européen.

Sources :

Le Figaro – 29 janvier 2026 – lien

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