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Kobané. Photo : VOA

Kobané : assiégés, les Kurdes de Syrie se disent trahis par l’Occident et les États-Unis

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Onze ans après avoir combattu l’État islamique aux côtés des États-Unis, les Kurdes de Kobané se retrouvent de nouveau encerclés, cette fois par l’armée syrienne. Dans cette ville du nord de la Syrie, menacée par l’offensive du pouvoir islamiste, le sentiment dominant est celui d’une trahison occidentale, raconte un reportage du quotidien britannique The Times.

Le nom de Kobané avait fait irruption dans l’actualité mondiale à l’automne 2014. Cette ville syrienne de quelque 50 000 habitants, située à quelques kilomètres de la frontière turque, était alors devenue le symbole de la résistance kurde face à l’organisation djihadiste État islamique. À l’époque, un petit groupe de combattants kurdes, commandés notamment par la combattante Narin Afrin, avait réussi à repousser les assauts des djihadistes grâce au soutien décisif d’une coalition internationale menée par les États-Unis.

Aujourd’hui, alors que les habitants s’apprêtaient à commémorer le onzième anniversaire de cette libération, la ville est à nouveau assiégée. Les assaillants ont changé, mais la ligne de front demeure presque identique. Après la chute de Bachar el-Assad en 2024, le nouveau président syrien Ahmed El-Charaa mène une offensive visant à reprendre le contrôle de l’enclave kurde autonome dans l’est du pays. Une opération désormais soutenue par Washington, au grand désarroi des Kurdes.

Dans les rues de Kobané, la colère se mêle à l’amertume. « Nous avons perdu beaucoup de jeunes hommes qui se sont battus aux côtés des Américains, et maintenant ils nous abandonnent », confie Nadia Omar, 56 ans, réfugiée dans la ville après avoir fui les combats alentour. Comme beaucoup d’autres habitants, elle dit ne pas comprendre pourquoi les sacrifices consentis contre Daech n’ont pas été suivis d’une protection durable.

La situation humanitaire est critique. Des dizaines de milliers de Kurdes déplacés ont afflué vers Kobané, dormant dans des écoles, des mosquées ou à l’intérieur de leurs véhicules. L’électricité et l’eau manquent, l’accès à Internet est coupé et, en plein hiver, les habitants font la queue pendant des heures devant les rares boulangeries encore ouvertes. « En 2014, nous étions déjà des réfugiés. Aujourd’hui, nous sommes des déplacés sans horizon », résume Osman Mohammed, abrité dans une école.

Si la Turquie est toute proche, la frontière reste fermée. Ankara, qui s’est toujours opposée à l’autonomie kurde en Syrie, a soutenu les campagnes militaires contre cette enclave au fil des années. Désormais, Ahmed El-Charaa bénéficie également de l’appui du président américain Donald Trump, qui soutient ses efforts de réunification du pays. L’armée syrienne a déjà repris de vastes territoires contrôlés par les Kurdes, ainsi que des prisons et des camps abritant d’anciens membres de l’EI et leurs familles.

Les Kurdes accusent les forces d’El-Charaa, composées en partie d’anciens djihadistes, de commettre des atrocités. Le gouvernement syrien, de son côté, dénonce des exactions imputées aux Forces démocratiques syriennes, accusations rejetées par ces dernières. Une trêve fragile subsiste, pendant que les États-Unis tentent d’imposer un accord intégrant les zones kurdes au sein de l’État syrien.

À Kobané, le ressentiment envers les puissances occidentales est profond. « C’est une honte pour le peuple américain et le Royaume-Uni », lâche Haysem Muslima, professeur d’université. Les Kurdes se souviennent d’autres abandons, en Irak notamment, mais pensaient que l’alliance forgée contre Daech avait changé la donne.

À Hassaké, le chef des FDS, Mazloum Abdi, continue d’exposer les trophées et plaques offertes par les pays occidentaux, symboles d’une alliance désormais fragilisée. Il pensait que la garde des prisons de djihadistes constituait un levier suffisant pour garantir un soutien durable. Une erreur de calcul majeure, alors que Washington a finalement choisi de miser sur le nouveau pouvoir syrien.

Désormais, les forces d’El-Charaa encerclent Kobané avec un objectif clair : mettre fin à l’expérience d’autonomie kurde dans l’est de la Syrie. Pour les habitants, cette offensive marque non seulement la fin d’un projet politique, mais aussi l’effondrement d’une promesse occidentale née dans les ruines de la guerre contre l’État islamique.

Sources :

The Times – reportage traduit – 29 janvier 2026 – https://www.thetimes.co.uk

Courrier international – Réveil Courrier – 29 janvier 2026 – https://www.courrierinternational.com

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