Lors des débats à l’Assemblée nationale sur l’interdiction des réseaux sociaux adoptée hier, le député Louis Boyard a défendu une motion de rejet préalable au nom de son groupe. Il a accusé le gouvernement de répondre par la répression à des enjeux qu’il ne comprend pas, appelant à une approche fondée sur l’écoute des jeunes et l’adaptation de l’école à l’ère d’Internet et de l’intelligence artificielle.
Le ton était offensif et le propos assumé. Ce lundi 16 janvier, à la tribune de l’Assemblée nationale, Louis Boyard a vivement critiqué le projet débattu autour de l’interdiction des réseaux sociaux, défendant la motion de rejet préalable déposée par son groupe. Pour le député, le texte examiné relève avant tout d’« une opération de communication qui ne sert à rien ».
Dès les premières minutes de son intervention, Louis Boyard a insisté sur un fossé générationnel qu’il juge central dans ce débat. S’adressant à une assemblée dont « la moyenne d’âge est de 50 ans », il a souligné que « l’école de 1976 n’a absolument rien à voir avec l’école de 2026 ». Selon lui, la jeunesse actuelle évolue dans un environnement radicalement différent, marqué par une présence permanente d’Internet et, désormais, par l’irruption de l’intelligence artificielle dans le système éducatif.
« Nous sommes une génération qui est née et qui a grandi avec Internet et qui vivra avec Internet toute sa vie », a-t-il martelé. Pour le député, les élèves d’aujourd’hui sont les premiers à être scolarisés dans un contexte où l’IA fait déjà partie de la réalité sociale, économique et éducative. Une transformation profonde à laquelle, selon lui, les politiques publiques ne répondent pas.
Louis Boyard a également élargi sa critique à la manière dont l’État traite les difficultés de la jeunesse. Il a dénoncé une logique d’interdiction et de répression face à des phénomènes mal compris, plutôt qu’un accompagnement structuré. « Vous passez plus de temps à chercher à interdire, à chercher à réprimer ces phénomènes parce que vous ne les comprenez pas », a-t-il lancé, estimant que cette approche masque un manque d’investissement humain et social.
Le député a ainsi pointé la suppression de postes dans l’éducation nationale, évoquant la réduction du nombre de psychologues scolaires, de surveillants et de professeurs. Pour lui, ces choix budgétaires rendent incohérente toute prétention à répondre sérieusement aux enjeux de santé mentale des jeunes. « Comment est-ce que vous pouvez prétendre qu’on va correctement accompagner les jeunes après ça ? », a-t-il interrogé.
Dans un registre plus politique, Louis Boyard a aussi accusé le pouvoir de ménager les grandes plateformes numériques et les intérêts économiques qui les entourent. Il a dénoncé des « cadeaux » faits à des entreprises pesant des milliards, évoquant une influence croissante de milliardaires, notamment américains, sur les décisions publiques. Une critique qui s’inscrit dans un discours plus large de défiance envers la concentration des richesses et le pouvoir des géants du numérique.
Pour autant, le député n’a pas rejeté l’idée d’un travail législatif sur les réseaux sociaux. Il a plaidé pour une méthode différente, fondée sur la participation directe des principaux concernés. Il a proposé l’organisation d’une vaste consultation impliquant collégiens et lycéens, dans toutes les classes, afin de discuter des dangers des réseaux sociaux et des enjeux de santé mentale. Selon lui, seule une telle démarche permettrait un « choc sociétal » et donnerait aux jeunes les moyens de se saisir eux-mêmes du problème.
Louis Boyard a conclu son intervention en appelant à une politique « avec » la jeunesse et non « contre » elle. Il a estimé que la confiance ne pourra être restaurée que si les institutions prennent au sérieux la parole des jeunes et leur donnent les moyens humains nécessaires pour faire face aux difficultés contemporaines. À ses yeux, l’interdiction des réseaux sociaux, telle que proposée, passe à côté de cet objectif fondamental.