Une enquête de la police fédérale brésilienne met au jour ce que le gouvernement qualifie déjà de possible plus grande fraude bancaire de l’histoire du pays. Au cœur du scandale, la liquidation de Banco Master et les soupçons visant son dirigeant, Daniel Vorcaro. L’affaire dépasse désormais le seul secteur financier et fragilise la crédibilité des plus hautes institutions brésiliennes.
Le choc est immense et ses répercussions encore difficiles à mesurer. Le Brésil est secoué par une affaire financière d’une ampleur exceptionnelle, révélée à la suite de la liquidation de Banco Master, décidée en novembre dernier par la Banque centrale du Brésil. Selon les premières estimations de la police fédérale, la fraude pourrait atteindre 12 milliards de reais, soit près de 2 milliards d’euros, et concerner plus de 1,6 million de créanciers, parmi lesquels figurent des fonds de pension publics.
Le ministre des Finances, Fernando Haddad, n’a pas hésité à évoquer la « plus grande fraude bancaire » jamais connue dans le pays. L’enquête a conduit à l’interpellation du président de la banque, Daniel Vorcaro, alors qu’il s’apprêtait à quitter le territoire pour Dubaï. L’homme d’affaires, âgé de 42 ans, conteste toute irrégularité et rejette les accusations de détournement de fonds portées contre lui.
Ancien animateur d’une émission de musique gospel, Daniel Vorcaro a progressivement bâti un réseau d’influence au sein des sphères économiques et politiques. En 2018, il rachète une petite banque en faillite, rebaptisée Banco Master, et orchestre une croissance rapide de l’établissement, fondée sur la commercialisation de produits financiers aux rendements nettement supérieurs à ceux du marché. Une stratégie qualifiée de risquée par les enquêteurs, la banque ne disposant pas des liquidités nécessaires pour honorer ses engagements.
Les investigations révèlent également des opérations fondées sur des actifs inexistants, destinées à simuler la solidité financière de l’établissement. Depuis l’arrestation de Daniel Vorcaro, plusieurs proches et associés ont été interpellés. Les enquêteurs reconnaissent toutefois n’être qu’au début d’une affaire complexe, dont les ramifications pourraient s’étendre à d’autres banques et institutions financières.
Au-delà de la fraude elle-même, le scandale met en cause les mécanismes de contrôle de l’État. La Banque centrale est accusée de négligence pour ne pas avoir agi plus tôt, alors que certaines opérations auraient échappé à la vigilance des régulateurs en raison de pressions politiques. Cette hypothèse, rapportée par des médias brésiliens, jette une lumière crue sur les failles du système de supervision.
La crise atteint désormais le sommet de l’appareil judiciaire. Le rôle du Tribunal suprême fédéral est vivement débattu, notamment après la décision du juge José Dias Toffoli de reprendre le dossier à la justice ordinaire. Ses choix procéduraux, jugés controversés, ainsi que ses relations personnelles avec des avocats impliqués dans l’affaire, alimentent un climat de suspicion et de défiance.
Dans ce contexte tendu, le président et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Luiz Inácio Lula da Silva aurait exprimé en privé son irritation face à la gestion du dossier, s’inquiétant de l’« usure institutionnelle » subie par la plus haute juridiction du pays. D’autres révélations, impliquant indirectement le juge Alexandre de Moraes, renforcent l’impression d’un enchevêtrement préoccupant entre intérêts privés, pouvoir judiciaire et régulation financière.
Présentée comme un véritable séisme, l’affaire Banco Master pourrait durablement ébranler la confiance dans les institutions brésiliennes, déjà fragilisées par une succession de scandales. Elle pose, une fois encore, la question de la capacité de l’État à prévenir et sanctionner les dérives au cœur de son système financier.
Sources :
Courrier international – 26 janvier 2026 – lien