Présentée comme la « meilleure CAN de l’histoire », l’édition 2026 organisée au Maroc s’est achevée dans un climat de tension extrême lors de la finale remportée par le Sénégal. Accusations de manipulations arbitrales, incidents sur la pelouse et dans les tribunes, condamnations de la CAF et de la FIFA : le rêve marocain d’une seconde étoile s’est brisé dans une atmosphère de défiance et de colère. Une fin brutale pour une compétition jusqu’alors saluée pour son organisation.
Les polémiques avaient commencé avant même la compétition avec des plusieurs organisations de protection animale qui ont affirmé que, à l’approche de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 et aussi en vue de la Coupe du Monde 2030, des campagnes d’abattage de chiens errants auraient eu lieu dans les rues marocaines. Que dire également des émeutes qui avaient marqué le pays.
Pendant plusieurs semaines, le Maroc a toutefois voulu faire de la Coupe d’Afrique des nations une vitrine que la Confédération africaine de football elle-même n’avait pas hésité à qualifier d’exemplaire. Infrastructures modernisées, stades pleins, sécurité maîtrisée et ferveur populaire avaient nourri le récit d’une CAN 2026 appelée à faire date. Dimanche 18 janvier, à Rabat, cette narration s’est effondrée en l’espace de quelques minutes.
La finale opposant le Maroc au Sénégal, remportée 1-0 par les Lions de la Teranga à l’issue de la prolongation, a basculé dans la controverse à la fin du temps réglementaire. Un but sénégalais refusé, suivi presque immédiatement d’un penalty accordé au pays hôte, a provoqué la sortie d’une partie des joueurs sénégalais du terrain. Dans les tribunes, la tension est montée d’un cran lorsque des supporters ont tenté d’envahir la pelouse, obligeant les forces de l’ordre à intervenir longuement. Le penalty manqué par Brahim Diaz, à la 96e minute, a achevé de plonger le stade Prince Moulay Abdellah dans une stupeur glacée. La tentative de vol de la serviette du gardien Sénégalais, Edouard Mendy, qui a conduit le gardien numéro 2, Yehvann Diouf de se faire trainer au sol par des ramasseurs de balles marocains fait également partie des gros points noirs de la soirée.
Sur le plan symbolique, l’image du prince Moulay Rachid refusant de saisir le trophée tendu par le contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Patrice Motsepe, a cristallisé la déception marocaine.
Cinquante ans après leur unique sacre continental, les Lions de l’Atlas voyaient s’évanouir l’espoir d’une seconde étoile, au terme d’un scénario que le sélectionneur Walid Regragui a qualifié de« hitchcockien » et «cruel ».
Dès le lendemain, les réactions institutionnelles se sont multipliées. La Confédération africaine de football a condamné « le comportement inacceptable de certains joueurs et officiels », visant explicitement les contestations et les pressions exercées sur le corps arbitral. L’instance a annoncé l’ouverture d’une procédure disciplinaire, précisant examiner l’ensemble des images de la rencontre afin de déterminer d’éventuelles sanctions. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a lui aussi dénoncé des « scènes inacceptables », appelant la CAF à prendre des mesures fermes.
Au Maroc, la Fédération royale marocaine de football a franchi un pas supplémentaire en annonçant son intention de déposer plainte auprès de la Fédération internationale de football, dénonçant des manipulations arbitrales répétées au cours de la compétition. Une démarche inédite qui témoigne de la profondeur du malaise et du sentiment d’injustice ressenti par les autorités sportives et une partie de l’opinion publique.
Durant toute la compétition de nombreux internautes ont dénoncé le fait que le Maroc semblait favori. Dès le début de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, lors du Match d’ouverture qui a opposé le Maroc aux Comores, l’arbitre Congolais qui officiait lors de la finale, Jean-Jacques Ndala Ngambo avait déjà été associé à un penalty perçu comme favorable aux Lions de l’Atlas, ce qui a alimenté des critiques sur un possible parti pris arbitral avant même la finale.
L’Algérie qui entretien des relations tendus avec le Maroc sur la question du Sahara occidentale a été éliminée en quart de finale face au Nigeria dans un contexte d’arbitrage très contesté. Les dirigeants et le staff algériens ont dénoncé plusieurs décisions jugées défavorables, notamment un penalty non sifflé pour une main nigériane, une gestion sévère des cartons contre les joueurs algériens et une attitude jugée inappropriée de l’arbitre envers l’équipe.
Par ailleurs, une vidéo qui a circulé sur les réseaux sociaux sur laquelle on peut voire Gianni Infantino aux côtés du prince du Maroc démontre que le président de la FIFA était clairement en faveur du pays hôte alors qu’il aurait du afficher une certaine neutralité.
Cette fin chaotique contraste violemment avec l’image que le royaume cherchait à projeter. Saluée pour sa logistique et son accueil, la CAN 2026 devait renforcer la crédibilité du Maroc comme grande nation organisatrice, à quelques années de la Coupe du monde 2030. Les incidents de Rabat, largement diffusés à l’international, ont au contraire ravivé les débats sur l’arbitrage en Afrique, la gestion des matchs à haute tension et la capacité des instances à garantir l’équité sportive dans les moments décisifs.
Sources :
Le Monde – « Maroc : de la “meilleure CAN de l’histoire” au fiasco de la finale » – 19 janvier 2026 – lien
RFI – « CAN 2026 : la CAF condamne les incidents de la finale entre le Maroc et le Sénégal » – 19 janvier 2026 – https://www.rfi.fr
Agence France-Presse – Dépêches du 19 janvier 2026