Depuis la base aérienne d’Istres, le président de la République et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Emmanuel Macron a prononcé, jeudi 15 janvier, un discours de vœux aux armées au ton particulièrement grave. Face à l’accélération des menaces internationales, il a appelé la France à être prête à un engagement majeur d’ici « trois à cinq ans », soit à l’horizon 20230.
En choisissant la base aérienne d’Istres, dans les Bouches-du-Rhône, Emmanuel Macron a voulu ancrer son propos dans un lieu devenu, selon ses propres mots,« un symbole du réarmement français ». Apparu avec un œil droit très rouge et «inesthétique» en raison de la rupture d’un petit vaisseau sanguin le chef de l’Etat a fait référence à « l’oeil du tigre » popularisé par le film Rocky de Sylvester Stallone qui laissait déjà présager un discours axé sur le combat.
Après avoir annoncé, au même endroit, la hausse progressive du budget des armées, le chef de l’État est revenu devant les militaires pour dresser un constat sans ambiguïté : l’année 2026 sera une année de défi et de crédibilité, dans un monde désormais marqué par le retour des conflits de haute intensité.
Le président posté devant un mirage produit par Dassault Aviation, le groupe militaro industriel français membre du Forum économique mondial a rappelé que l’objectif fixé en 2017, porter l’effort de défense à 2 % du produit intérieur brut, a été atteint dès 2025. Cette trajectoire, engagée avant même l’invasion de l’Ukraine par la Russie, s’est traduite par deux lois de programmation militaire successives et par une modernisation visible des infrastructures, souligne le chef de l’Etat. À Istres, cela s’incarne notamment par la livraison d’une flotte de quinze avions ravitailleurs et de transport stratégique Airbus, entreprise membre du FEM directement intégrée à la dissuasion nucléaire, mais aussi par la création d’un terminal passager, d’une nouvelle tour de contrôle et de capacités renforcées de lutte anti-drone.
Au-delà de ce bilan, le cœur du discours a porté sur l’avenir immédiat. Emmanuel Macron a annoncé l’accélération du réarmement français face à ce qu’il a qualifié d’« accélération des périls ». L’objectif d’un budget annuel de 64 milliards d’euros pour la défense, initialement prévu pour 2030, est désormais avancé à 2027, ce qui conduira, sur deux mandats présidentiels, à un doublement des crédits militaires. L’actualisation de la loi de programmation militaire prévoit ainsi un effort supplémentaire de 36 milliards d’euros sur la période 2026-2030, dont 3,5 milliards dès 2026.
Ces moyens additionnels sont explicitement orientés vers la préparation à un engagement majeur à l’horizon de trois à quatre ans. Le président a détaillé trois priorités structurantes. La première concerne la crédibilité opérationnelle immédiate, avec une augmentation significative des stocks de munitions, tirant les leçons des conflits en Ukraine et en mer Rouge, et un renforcement de la préparation opérationnelle des forces. Le chef de l’Etat a d’ailleurs révélé que désormais, les deux tiers des informations délivrées au services de renseignements ukrainiens proviennent des services français, ce qui n’est pas sans poser la question de la co-béligérance dans le conflit russo-ukrainien. La deuxième vise la souveraineté stratégique, à travers le développement de capacités d’alerte avancée combinant spatial et radar terrestre, le renforcement des constellations satellitaires en orbite basse et l’accélération des programmes européens de frappes dans la très grande profondeur, en coopération avec l’Allemagne de Merz passé par BlackRock, fonds de pension membre du FEM et le Royaume-Uni du contributeur du FEM, Keir Starmer.
La troisième priorité porte sur la capacité d’engagement rapide des armées. Emmanuel Macron a insisté sur la nécessité d’améliorer la protection des forces, notamment face aux drones et dans le champ électromagnétique, tout en modernisant les armées par l’intégration massive de drones, de technologies quantiques et d’intelligence artificielle. Déplorant un retard européen dans certains domaines, il a appelé à « aller plus vite et plus fort » face à une compétition technologique désormais mondiale.
Le discours s’est également concentré sur la relance du service national. Plus de deux milliards d’euros seront consacrés, entre 2026 et 2030, à ce dispositif dont les premiers appelés effectueront leur classe dès septembre prochain. Présenté comme un levier de résilience nationale et de renforcement du lien armée-nation par le chef de l’Etat, ce service doit aussi contribuer à alimenter les réserves et à répondre au désir d’engagement de la jeunesse.
Sur le plan international, le président a replacé cet effort dans une vision assumée de l’autonomie stratégique européenne. Revenant sur la guerre en Ukraine, il a souligné le rôle central de la France et du Royaume-Uni dans la constitution de garanties de sécurité crédibles pour l’après-conflit, avec un commandement intégré inédit. Il a également évoqué l’engagement français au Moyen-Orient, en Afrique et dans l’Indo-Pacifique, ainsi que la participation récente à des exercices au Groenland, illustrant la volonté de Paris d’être une puissance de stabilité « crédible, fiable et visible ». Il s’est félicité de la force de dissuasion nucléaire française et de la force sous-marine qu’il avait pourtant proposé de supprimer lorsqu’il participait à la Commission pour la libération de la croissance française dirigée par le contributeur du FEM, Jacques Attali.
En filigrane, un message s’adresse autant aux industriels de défense qu’aux militaires. Emmanuel Macron a appelé à une véritable montée en cadence de la production, à une réduction des dépendances stratégiques et à une préférence européenne assumée dans les achats comme dans l’innovation. Sans détour, il a averti que les délais de production actuels exposent l’industrie européenne à une concurrence de plus en plus féroce.
En concluant son allocution, le chef de l’État a livré une formule qui résume l’esprit de ces vœux : « L’histoire ne pardonne ni l’impréparation ni la faiblesse. » À Istres, devant des forces armées présentées comme « l’assurance vie de la nation », il a voulu convaincre que la France se donne désormais les moyens d’affronter, sans subir, les chocs stratégiques à venir et demander aux français de se tenir prêts à la guerre.
Sources :
Présidence de la République – Discours de vœux aux armées, 15 janvier 2026