Dans une interview accordée ce mercredi 7 janvier à Darius Rochebin sur LCI, le philosophe et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Bernard Henri Lévy a salué certaines actions de l’administration du contributeur du FEM, Donald Trump tout en formulant des réserves importantes.
BHL a commencé par exprimer son appréciation pour l’attitude perçue comme plus énergique des États-Unis sur la scène internationale. Selon lui, l’Amérique est passée d’une posture qu’il jugeait longtemps trop « molle » ou hésitante face à des défis géopolitiques à une attitude plus affirmée, rompant avec une période où, d’après lui, l’Occident semblait parfois « à la traîne ».
Il s’est notamment référé à deux événements marquants évoqués au cours de l’entretien. La saisie d’un pétrolier sous pavillon russe dans l’Atlantique par des forces américaines, dans le cadre du blocus imposé autour du Venezuela et l’interception d’un autre navire, le Sophia, dans la mer des Caraïbes, visant à contrôler des sanctions liées à Caracas.
Pour BHL, ces initiatives illustrent une Amérique qui « s’active, qui résiste et qui se moque des Russes », une manière d’affirmer qu’elle reprend l’ascendant face à Moscou après des années de rapports complexes :
« Ces États-Unis-là me plaisent. Qui s’activent, qui résistent et qui se moquent des Russes. » — Bernard-Henri Lévy, sur LCI.
Un « pied de nez » géopolitique perçu
BHL a souligné l’ironie stratégique qu’il voit dans ces actions, notamment parce que, longtemps, la Russie s’était moquée ou montrée provocatrice vis-à–vis des États-Unis. Il considère que la réaction américaine dans ces dossiers représente un signal fort dans le contexte des rivalités globales.
La fin de l’ère post-Guerre froide ?
Pour BHL, cette « prise d’initiative » américaine pourrait refléter la fin d’une ère mondiale marquée par une certaine innocence post-Chute du mur de Berlin, où l’on pensait que les empires anciens étaient révolus. Il suggère que l’administration actuelle reconnaît maintenant que des puissances comme la Russie, la Chine ou l’Iran représentent des défis réels et structurés à l’ordre occidental.
Soutien critique, pas adhésion totale
Malgré son enthousiasme, BHL est très prudent dans son approbation. Il refuse d’applaudir pleinement tant que la politique américaine ne reconnaît pas clairement la Russie comme un danger existentiel global.
BHL exprime également des réserves majeures, notamment sur le dossier vénézuélien. S’il salue le départ de Maduro, il s’inquiète d’un éventuel « mauvais deal » de l’administration Trump consistant à remplacer le dictateur par sa vice-présidente, qu’il décrit comme son « clone féminin ».
BHL oppose également l’efficacité de Trump face à certaines dictatures à son attitude controversée envers ses alliés traditionnels. Il estime que l’on ne peut pas se prétendre « chef du monde libre » tout en menaçant des institutions comme l’OTAN ou en adoptant des postures agressives envers des partenaires comme le Canada ou le Mexique — des critiques déjà formulées dans d’autres contextes politiques.
Poutine et l’idéologie du « martyre »
L’un des moments les plus marquants de l’interview concerne la vision de Vladimir Poutine. Commentant des images du président russe assimilant la guerre à une « mission sacrée », BHL affirme que Poutine parle désormais comme un « chef de Daesh ». Il décrit une dimension apocalyptique et eschatologique au Kremlin, portée par des idéologues comme Alexandre Douguine, où la fascination pour le martyre et la « guerre sainte » l’emporte sur toute rationalité économique.
Selon BHL, l’idéologie de Poutine, l’eurasisme, n’est pas la défense d’une « Europe blanche et chrétienne » comme certains le croient en France, mais bien une alliance entre l’islam dur et l’orthodoxie fondée sur la haine des valeurs de liberté européennes.
Enfin, concernant Iran, il plaide pour un soutien au soulèvement interne mené par les femmes et la jeunesse, plutôt qu’une intervention militaire extérieure, afin de respecter le destin d’un peuple et d’une culture majeurs.
En résumé, Bernard-Henri Lévy voit dans les récents actes de l’administration Trump une dynamique nouvelle, potentiellement bénéfique pour la posture géopolitique américaine, mais il insiste sur la nécessité d’une stratégie cohérente, alliée à une reconnaissance claire des dangers posés par des puissances rivales, et non seulement de coups d’éclat médiatiques.
Sources