L’ULB a entériné, jeudi 28 août, le choix de ses étudiants en droit de nommer leur promotion en l’honneur de Rima Hassan, eurodéputée franco-palestinienne. Un geste d’engagement pour les uns, un scandale politique pour les autres, dans un climat européen marqué par les tensions autour du conflit israélo-palestinien.
L’Université libre de Bruxelles (ULB) a confirmé ce jeudi 28 août 2025 le baptême de la nouvelle promotion du master 2 de droit au nom de Rima Hassan. Ce choix, voté démocratiquement par les étudiants en juillet, fait écho à l’actualité brûlante à Gaza, où les violences se poursuivent depuis près de deux ans. Pour l’institution bruxelloise, il s’agit de respecter « la volonté d’engagement » d’une génération confrontée à une crise humanitaire majeure.
Eurodéputée La France insoumise, juriste franco-palestinienne de 33 ans, Rima Hassan est actuellement visée par une enquête judiciaire en France pour « apologie du terrorisme ». En cause : ses propos tenus peu après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, considérés par certains comme une justification implicite des violences. Sa nomination comme marraine de promotion a suscité une avalanche de réactions politiques, en Belgique comme en France.
Du côté des étudiants, la réponse est sans appel : il ne s’agit pas d’une provocation, mais d’un acte militant. Dans une vidéo relayée sur les réseaux sociaux, la diplômée Violaine La Fontaine affirme que ce choix incarne « le refus de l’indifférence face au drame palestinien » et assume son caractère clivant. D’autres étudiants ont dénoncé les pressions, insultes et menaces dont ils auraient été victimes depuis l’annonce du vote.
En juillet, Rima Hassan avait devancé d’une courte tête Gisèle Pélicot, autre candidate envisagée. Malgré les protestations de personnalités françaises comme Bernard Kouchner, Luc Ferry ou Arno Klarsfeld, qui ont dénoncé un « tragique aveuglement », les autorités de l’ULB ont décidé de « prendre acte » du choix des étudiants, qualifié de « démocratique » par le doyen Pierre Klein.
Sur le plan politique, les réactions sont tranchées. Georges-Louis Bouchez, chef de la droite francophone belge, a fustigé un « diktat de l’extrême gauche ». À l’opposé, Paul Magnette, président du Parti socialiste, a qualifié la controverse de « polémique stérile », pointant l’incapacité du gouvernement à adopter une ligne claire sur le conflit israélo-palestinien.
Rima Hassan, de son côté, s’est dite « honorée » et a salué le courage de ceux qui « ont tenu bon face à l’acharnement médiatique et politique ». Expulsée d’Israël en juin après une tentative d’entrée dans Gaza via le voilier Madleen, elle continue de porter la voix des défenseurs de la cause palestinienne au sein du Parlement européen, au prix d’une exposition politique intense et d’une image profondément clivante en Europe.
Le geste des étudiants de l’ULB est ainsi devenu, malgré lui, un marqueur idéologique dans un débat européen encore fracturé. Il traduit aussi le malaise croissant d’une jeunesse confrontée à l’incapacité des États à faire face aux crises humanitaires majeures sans se perdre dans la paralysie diplomatique.
Sources :
Le Monde – Une promotion Rima Hassan confirmée à l’Université libre de Bruxelles – 28 août 2025