Réunis ce matin lors d’une conférence organisée au Zero to One, EDF, CirculaCar et uMotion ont défendu une vision offensive de l’électrification de la mobilité. Derrière la transition énergétique, les intervenants voient surtout un enjeu de souveraineté industrielle, de compétitivité économique et de réindustrialisation des territoires.
La mobilité électrique est-elle en train de devenir le nouveau pilier de la souveraineté industrielle française ? Lors d’une conférence organisée ce matin au Zero to One, plusieurs acteurs majeurs de l’électrification et de l’innovation ont tenté de répondre à cette question stratégique. Aux côtés de Gabriel, représentant du fonds d’investissement et accélérateur VIA ID, Frédéric Sarrazin, directeur commerce Aura chez EDF, Léon de Perthuis, cofondateur de uMotion, et Edouard Nicolaÿ, cofondateur de CirculaCar, ont partagé leur vision d’un futur où l’électricité devient autant un levier industriel qu’un outil géopolitique.
Dès les premiers échanges, un constat s’est imposé : l’électrification n’est plus uniquement une question environnementale. Pour les intervenants, elle constitue désormais une réponse directe aux enjeux de souveraineté énergétique, d’indépendance économique et de compétitivité industrielle.
Frédéric Sarrazin a rappelé que la France dispose d’un avantage majeur grâce à sa production d’électricité décarbonée. Selon lui, l’objectif consiste désormais à consommer localement cette énergie afin de limiter la dépendance aux hydrocarbures importés. Une logique qui permettrait également de relocaliser une partie de la chaîne de valeur industrielle sur le territoire national.
Cette approche est largement partagée par les startups présentes lors de la table ronde. Chez uMotion, Léon de Perthuis défend l’idée d’une électrification intelligente, capable de préserver l’innovation européenne face à la domination asiatique sur les batteries et les matériaux stratégiques. Car derrière l’énergie, une autre dépendance inquiète désormais les industriels : celle des technologies de stockage et des composants électroniques.
« Il y a un risque de seconde dépendance géopolitique », a-t-il expliqué, évoquant la concentration de la chaîne de valeur des batteries en Asie. Pour le cofondateur de uMotion, le défi de la prochaine génération électrique consiste précisément à construire des modèles industriels capables de préserver une maîtrise technologique locale.
Même constat chez CirculaCar. Edouard Nicolaÿ voit dans l’électrification une opportunité économique majeure, mais aussi un impératif stratégique dans un contexte international marqué par les tensions énergétiques et les conflits géopolitiques. Selon lui, la compétitivité de l’électrique devient aujourd’hui un argument aussi puissant que la décarbonation.
Le dirigeant de CirculaCar insiste également sur un enjeu souvent sous-estimé : la réparabilité des batteries. Là où une grande partie de l’industrie automobile propose encore des batteries difficilement réparables, l’entreprise française développe des packs entièrement modulaires et réparables. Une approche pensée pour prolonger la durée de vie des véhicules et réduire les coûts d’exploitation.
Le rétrofit, spécialité de CirculaCar, illustre cette volonté de construire une économie circulaire autour de la mobilité électrique. L’entreprise transforme des véhicules thermiques en véhicules électriques tout en intervenant sur l’ensemble de la chaîne de valeur, du bureau d’études jusqu’au service après-vente. Ses batteries utilisent notamment une technologie lithium fer phosphate, moins dépendante du cobalt ou du nickel, deux matériaux devenus hautement stratégiques.
Chez uMotion, la réflexion porte davantage sur l’adaptation des véhicules aux usages réels. L’entreprise développe des chaînes de traction électriques modulaires destinées aux véhicules utilitaires. L’objectif : éviter les véhicules “jetables” et concevoir des modèles capables d’évoluer dans le temps grâce à des batteries réparables, remplaçables et évolutives.
Cette question de la durabilité économique revient d’ailleurs régulièrement dans les discussions autour de l’électrique. Car si les progrès technologiques sont désormais largement reconnus, plusieurs intervenants ont rappelé que le principal défi n’est plus technologique mais économique.
Selon Léon de Perthuis, le marché atteint aujourd’hui un niveau de maturité suffisant sur les infrastructures de recharge comme sur les performances des véhicules. Certains modèles dépassent désormais les 800 kilomètres d’autonomie et se rechargent en quelques minutes. Pourtant, l’adoption massive reste freinée par les modèles de financement et la valeur résiduelle des batteries.
« Le vrai défi, c’est de construire des modèles économiques rentables pour l’utilisateur », a-t-il résumé.
Frédéric Sarrazin nuance toutefois cette analyse. Pour EDF, le coût total de possession des véhicules électriques devient désormais compétitif face au thermique, notamment grâce aux offres de recharge intelligente et aux contrats d’électricité long terme proposés aux entreprises. Le groupe énergétique affirme ainsi proposer des contrats garantissant des prix fixes sur cinq ans afin de protéger les industriels contre les fluctuations énergétiques.
L’énergéticien mise également sur des modèles intégrés mêlant production locale d’électricité, stockage et recharge intelligente des flottes professionnelles. Une stratégie qui permettrait d’améliorer la rentabilité globale des véhicules électriques tout en renforçant l’autonomie énergétique des entreprises.
Au-delà des aspects financiers, plusieurs intervenants ont insisté sur l’importance de l’acculturation des entreprises à la mobilité électrique. EDF travaille notamment avec les fédérations de transporteurs afin d’accompagner les professionnels dans cette transition.
Selon Frédéric Sarrazin, les réticences disparaissent souvent après les premiers essais. Les conducteurs qui passent à l’électrique apprécient particulièrement le confort de conduite, l’absence de vibrations et la réduction du bruit. Un argument particulièrement fort dans les secteurs industriels et logistiques.
Cette transformation culturelle constitue désormais un élément central de l’adoption. Pour Edouard Nicolaÿ, les entreprises fonctionnent encore largement par effet de démonstration. Lorsqu’un acteur majeur électrifie sa flotte, les autres suivent progressivement. CirculaCar travaille déjà avec plusieurs grands groupes comme Michelin ou Total, qui servent aujourd’hui de références dans le secteur.
Les échanges ont également mis en lumière le rôle croissant des grands groupes dans l’accompagnement des startups industrielles. EDF revendique ainsi une longue tradition d’innovation, rappelant notamment que les plaques à induction sont issues de sa propre Recherche et Développement.
À travers des dispositifs comme EDF Pulse, le groupe souhaite désormais accompagner les jeunes entreprises bien au-delà du simple concours d’innovation. Mise en relation commerciale, accès au marché, accompagnement territorial : l’objectif affiché consiste à construire des collaborations de long terme. uMotion et CirculaCar ont bénéficié de cet accompagnement.
Pour Léon de Perthuis et Edouard Nicolaÿ, cette proximité avec les grands groupes représente un levier stratégique essentiel. De Perthuis a notamment insisté sur l’importance des écosystèmes locaux et des collaborations de terrain. Nicolaÿ évoque quant à lui un gain immédiat en crédibilité et en visibilité auprès des investisseurs et des prospects.
Pour ces industriels et innovateurs, l’avenir sera électrique. Non plus uniquement pour des raisons écologiques, mais parce que l’électrification apparaît désormais comme un moteur de puissance industrielle, d’indépendance énergétique et de transformation économique.