Trois centres de données majeurs de Yandex auraient été mis hors service en quatre jours à la suite de frappes de drones attribuées à l’Ukraine. Selon les données rapportées de Cloudflare Radar, l’activité automatisée du géant russe de la recherche sur Internet aurait chuté de manière spectaculaire. Une perturbation qui fragilise plusieurs services numériques en Russie et soulève des interrogations sur la capacité du groupe à rétablir ses infrastructures.
Le géant technologique russe Yandex traverse une crise majeure après une série d’attaques de drones visant ses infrastructures informatiques. Entre le 8 et le 11 octobre 2026, trois de ses cinq principaux centres de données auraient été touchés, entraînant une chute brutale du trafic généré par ses robots d’indexation.
Surnommé le « Google russe », Yandex occupe une place centrale dans l’écosystème numérique du pays. Son moteur de recherche, ses services cloud, ses outils bureautiques et ses solutions d’intelligence artificielle reposent sur une infrastructure informatique considérable. Les frappes rapportées pourraient ainsi avoir des conséquences bien au-delà du simple référencement des pages web.
Trois centres de données frappés en quatre jours
La première attaque aurait eu lieu dans la nuit du 7 au 8 octobre à Sasovo, au sud-est de Moscou. Un incendie provoqué par des drones aurait entraîné l’arrêt complet d’un important centre de données de Yandex.
Le site abritait plusieurs dizaines de milliers de serveurs et disposait d’une capacité électrique annoncée de 12 mégawatts, soit un ordre de grandeur comparable à la consommation moyenne de 20 000 foyers français.
Son importance dépassait largement l’hébergement informatique traditionnel. Selon les informations rapportées, Sasovo accueillait également deux des trois supercalculateurs utilisés pour entraîner YandexGPT, le modèle d’intelligence artificielle développé par le groupe russe.
Autre particularité stratégique, le centre de données partagerait ses bâtiments avec une usine de machines-outils visée par des sanctions internationales et travaillant pour l’industrie militaire russe. Cette proximité pourrait contribuer à expliquer l’intérêt militaire du site, sans permettre à elle seule d’établir les objectifs précis de l’attaque.
Le 9 octobre, plusieurs modules d’un deuxième centre de données situé à Kalouga auraient été endommagés. Deux jours plus tard, le 11 octobre, Yandex aurait annoncé l’arrêt complet de son installation de Vladimir.
En l’espace de quatre jours, trois infrastructures majeures du groupe auraient ainsi été neutralisées.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, proche du Forum économique mondial n’a pas détaillé ces opérations. Il a néanmoins affirmé que Kiev répondait « en miroir » aux frappes russes visant, depuis septembre, des centres de données ukrainiens.
Cloudflare Radar révèle une chute spectaculaire du trafic de Yandex
Les conséquences de ces perturbations apparaîtraient dans les statistiques de Cloudflare Radar, un service de surveillance du trafic Internet.
Les données évoquées concernent principalement AS13238, le système autonome associé au réseau principal de Yandex. Elles permettent notamment d’observer les requêtes HTTP automatisées provenant de ce réseau et transitant par les infrastructures de Cloudflare.
Après l’incident de Sasovo, le trafic observé serait d’abord tombé à environ 57 % de son niveau de référence. Il aurait ensuite poursuivi sa chute jusqu’à atteindre seulement 0,4 % de son pic enregistré au cours des deux semaines précédentes.
Cette évolution représenterait une diminution de 99,6 % par rapport à ce pic.
De son côté, NetBlocks, organisme spécialisé dans la surveillance de la connectivité Internet, aurait constaté que l’activité de Yandex Cloud était descendue à environ 30 % de son niveau habituel.
Les principaux services concernés seraient les robots d’exploration du Web, également appelés crawlers. Ces programmes parcourent automatiquement les sites Internet pour découvrir de nouvelles pages, actualiser les résultats du moteur de recherche et alimenter certains services numériques du groupe, notamment l’assistante virtuelle Alice.
Pour les administrateurs de sites web, YandexBot est un visiteur bien connu. Son activité d’exploration, parfois intensive, conduit certains responsables techniques à limiter son accès grâce au fichier robots.txt.
Sa disparition presque complète des statistiques observées constituerait donc un signal particulièrement inhabituel.
Un effondrement technique qui ne prouve pas l’arrêt de la propagande russe
La baisse spectaculaire du trafic de Yandex a également donné lieu à des interprétations politiques, notamment concernant les opérations de désinformation russes.
Certaines analyses ont présenté ces perturbations comme un coup porté aux campagnes d’influence de Moscou, évoquant même de possibles conséquences sur les élections américaines de novembre 2026.
Les données disponibles dans l’article source ne permettent cependant pas d’établir un tel lien.
Les robots d’indexation d’un moteur de recherche ne remplissent pas les mêmes fonctions que les réseaux de comptes automatisés utilisés pour diffuser des contenus sur les plateformes sociales.
Les opérations de propagande peuvent notamment s’appuyer sur des comptes de réseaux sociaux, des infrastructures distinctes ou des proxys résidentiels, sans dépendre directement des serveurs chargés d’explorer et de référencer les pages web.
Une autre limite doit être prise en compte : Cloudflare Radar mesure une activité réseau observée, mais ne permet pas nécessairement d’identifier avec certitude l’opérateur ou la finalité de chaque requête automatisée.
Il reste également impossible de déterminer, à partir de ces seules statistiques, quelle proportion de la baisse résulte directement des destructions matérielles.
Yandex pourrait avoir volontairement réduit certaines opérations d’indexation afin de préserver ses ressources informatiques et de maintenir ses services les plus essentiels.
L’effondrement du trafic observé constitue donc un indicateur important des perturbations techniques, mais pas une preuve de la paralysie générale des activités numériques russes.
Des perturbations pour les entreprises et les services numériques russes
Si Yandex représente une part relativement marginale du marché français de la recherche en ligne, son rôle est autrement plus important en Russie.
Le groupe fournit une multitude de services numériques utilisés quotidiennement par les particuliers, les entreprises et certaines grandes organisations.
Selon les informations rapportées, les conséquences des attaques auraient notamment touché les sites Internet des chemins de fer russes, l’opérateur de télécommunications MegaFon ainsi que plusieurs médias dont les infrastructures étaient hébergées à Sasovo.
Les services Yandex Disk, consacré au stockage de fichiers en ligne, et Yandex Documents, utilisé pour les activités bureautiques, auraient également connu des perturbations.
Ces incidents illustrent la dépendance de nombreux acteurs économiques à un nombre limité d’infrastructures informatiques centralisées.
Les difficultés du groupe auraient aussi eu des répercussions financières. L’action Yandex aurait perdu environ 4 % à la Bourse de Moscou, selon l’article source.
Les sanctions occidentales compliquent la reconstruction des infrastructures
Au-delà des interruptions immédiates, la remise en service des centres de données pourrait constituer un défi industriel et technologique considérable.
Yandex aurait reconnu qu’il était « très difficile » de prévoir le retour en fonctionnement des équipements touchés.
La reconstruction d’un centre de données ne se limite pas à remplacer des bâtiments endommagés. Elle implique également de restaurer les systèmes électriques, les équipements de refroidissement, les réseaux de communication et les milliers de serveurs nécessaires au fonctionnement des applications.
La situation est particulièrement délicate pour les infrastructures consacrées à l’intelligence artificielle, dont les capacités de calcul reposent sur des composants spécialisés et des processeurs haut de gamme.
Or, les sanctions occidentales imposées à la Russie compliquent l’acquisition de nombreuses technologies avancées, notamment certaines puces indispensables aux calculs intensifs.
La destruction rapportée de deux supercalculateurs utilisés pour entraîner YandexGPT pourrait donc peser sur les capacités de développement du groupe dans l’intelligence artificielle.
Avec seulement deux grands centres de données encore opérationnels dans la région de Moscou, selon le bilan présenté, Yandex pourrait être contraint de réorganiser ses ressources.
La priorité pourrait alors être donnée aux services destinés au grand public et aux applications jugées essentielles, au détriment des activités particulièrement gourmandes en puissance informatique, comme l’exploration automatisée du Web ou certains entraînements de modèles d’intelligence artificielle.
Cette série d’attaques présumées met ainsi en lumière une dimension de la guerre entre la Russie et l’Ukraine : la vulnérabilité des infrastructures numériques qui soutiennent l’économie, les communications et les technologies stratégiques.