Xenia Fedorova, ancienne patronne de RT France devenue chroniqueuse sur CNews, Europe 1 et dans Le Journal du Dimanche, voit désormais ses avoirs gelés pour six mois par le ministère de l’Économie et des Finances. La mesure, publiée au Journal officiel le 30 juillet 2026, vient compléter l’arrêté d’expulsion signé deux jours plus tôt par le ministère de l’Intérieur, qui accuse la journaliste russe de relayer la désinformation du Kremlin. Son avocat conteste une procédure qu’il juge illégale et annonce un recours devant la justice administrative.
Depuis mercredi 29 juillet 2026, Xenia Fedorova doit se présenter chaque jour dans un commissariat parisien. Assignée à résidence dès la notification de l’arrêté d’expulsion, l’ancienne rédactrice en chef de RT France ne peut plus quitter le territoire tant que la procédure suit son cours. Installée en France depuis une dizaine d’années, elle avait obtenu une carte de résident de dix ans en 2024. Elle en conteste aujourd’hui l’expulsion devant le tribunal administratif.
Un arrêté très argumenté depuis la place Beauvau
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a personnellement défendu un arrêté qu’il juge solidement étayé, selon les informations rapportées par LCP. Le texte reproche à Xenia Fedorova de reprendre systématiquement les éléments de langage du Kremlin, notamment sur la guerre en Ukraine et les positions occidentales, et de représenter, aux yeux de l’administration, une menace grave et actuelle pour l’ordre public ainsi que pour les intérêts fondamentaux de l’État. Elle est décrite comme un relais des campagnes de désinformation orchestrées par les autorités russes, un motif que la place Beauvau invoque de plus en plus souvent face aux ingérences étrangères identifiées dans le débat public français.
Aucune sanction européenne personnelle ne vise pourtant Xenia Fedorova, contrairement à RT France, dont les comptes avaient déjà été gelés après la suspension de la diffusion du média par Bruxelles en mars 2022.
Bercy verrouille les comptes pour six mois
Deuxième étage de la fusée administrative : un arrêté du ministère de l’Économie et des Finances, publié au Journal officiel le 30 juillet, gèle pour six mois les fonds et ressources économiques de la chroniqueuse. L’objectif affiché par Bercy, rapporté par franceinfo, est de prévenir la commission de nouveaux actes d’ingérence. Concrètement, Xenia Fedorova ne peut plus disposer librement de ses comptes bancaires ni de ses éventuels biens en France pendant toute la durée de la mesure. Celle-ci ne sanctionne aucune infraction pénale déjà jugée : elle neutralise, par anticipation, un risque identifié par l’administration, selon le même mécanisme déjà utilisé contre des réseaux soupçonnés de financer des actions hostiles depuis l’étranger.
Acharnement pour son avocat, atteinte à la liberté d’expression pour ses employeurs
Son avocat juge la mesure manifestement illégale et dénonce, selon Orange actu, un acharnement à l’encontre de sa cliente. Les groupes qui l’emploient, Canal+ pour CNews et Europe 1, Lagardère pour Le Journal du Dimanche, ont dénoncé une atteinte particulièrement grave à la liberté d’expression. Xenia Fedorova dénonce quant à elle « une forme entièrement nouvelle de pression politique », qui viserait selon elle à faire taire les opinions qui s’écartent du discours officiel.
L’ombre de RT France, fermée depuis 2023
Xenia Fedorova a dirigé RT France jusqu’à la fermeture de la chaîne en 2023, un an après l’interdiction de diffusion imposée par l’Union européenne à RT et Sputnik. Restée en France, elle a rebondi sur les plateaux de CNews et d’Europe 1 et publié en 2025 un livre, Bannie, où elle critiquait la politique française envers les médias russes. Les mêmes antennes qui l’ont accueillie sont aujourd’hui celles qui protestent contre son expulsion.
Le tribunal administratif devra trancher un dossier où se mêlent lutte contre l’ingérence étrangère et liberté de la presse. En attendant sa décision, Xenia Fedorova continue de pointer chaque matin au commissariat, entre deux passages sur CNews.