Régie de diffusion télévisée, illustrant l'affaire Xenia Fedorova et le soutien de Canal+ et Lagardère à la liberté d'expression

Xenia Fedorova : Canal+ et Lagardère défendent la liberté d’expression

Les groupes Canal+ et Lagardère ont publié une déclaration commune, le 29 juillet, en soutien à Xenia Fedorova, chroniqueuse sur CNews, Europe 1 et le JDNews, visée par un arrêté d’expulsion du ministère de l’Intérieur. Sans nécessairement partager ses opinions, les deux groupes estiment que l’écarter du débat public constituerait une atteinte grave à la liberté d’expression et au pluralisme.

Le ministère de l’Intérieur a délivré un arrêté d’expulsion immédiate visant Xenia Fedorova, chroniqueuse régulière sur CNews, Europe 1 et le JDNews. La décision, dont les motifs précis n’ont pas été rendus publics, intervient alors que la chroniqueuse est connue pour des prises de position clivantes dans les médias où elle intervient. Aucune précision officielle n’a été apportée par le ministère sur le calendrier d’exécution de la mesure au moment de la publication de cet article. Plusieurs responsables associatifs de défense de la liberté de la presse ont d’ores et déjà réclamé des explications publiques de la part du ministère de l’Intérieur sur les fondements juridiques de cette mesure.

Canal+ et Lagardère montent au créneau

Dans leur déclaration commune, les deux groupes de médias précisent ne pas nécessairement souscrire à l’ensemble des opinions défendues par Xenia Fedorova, mais rappellent que la France insiste, tant dans sa démocratie que dans son droit, sur le statut constitutionnel de la liberté d’expression et de la presse. Ils citent explicitement l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, selon lequel la libre communication des pensées et des opinions est l’un des droits les plus précieux de l’homme. La démarche, inhabituelle pour deux groupes par ailleurs concurrents sur le marché audiovisuel français, a été saluée par plusieurs organisations de défense de la liberté de la presse.

« Défendre la liberté d’expression précisément quand elle dérange »

Les deux groupes concluent leur texte par une formule sans ambiguïté : la liberté d’expression « doit être défendue précisément lorsque les opinions dérangent ou suscitent la contradiction, dès lors qu’elles participent au débat démocratique ». Une position qui, dans le contexte français actuel de tensions autour de la liberté d’expression dans les médias, ne manquera pas d’alimenter les débats, notamment sur la frontière entre opinion clivante et discours répréhensible au regard de la loi.

Un recours juridique déjà engagé

Maître Emmanuel Piwnica, avocat de Xenia Fedorova, a annoncé qu’elle contesterait immédiatement l’arrêté d’expulsion. Il la décrit comme une journaliste dont l’exercice professionnel a toujours été irréprochable, et entend porter l’affaire devant les juridictions compétentes dans les meilleurs délais. La procédure contentieuse pourrait, selon plusieurs juristes spécialisés en droit des étrangers, prendre plusieurs semaines avant qu’une décision de justice ne vienne trancher le sort de la mesure d’expulsion. Dans l’intervalle, la chroniqueuse continue d’intervenir régulièrement à l’antenne de CNews et d’Europe 1, sans que sa présence sur les plateaux n’ait été suspendue à ce stade.

Un précédent surveillé de près par la profession

Au-delà du cas individuel de Xenia Fedorova, plusieurs syndicats de journalistes suivent attentivement l’issue de cette affaire, qui pourrait créer un précédent sur la capacité de l’administration à expulser un commentateur étranger en raison de ses prises de position médiatiques. Une question sensible, à la croisée du droit des étrangers et du droit de la presse, que les tribunaux administratifs devront trancher dans les prochaines semaines.


Source : Le Journal du Dimanche – https://www.lejdd.fr/medias/xenia-fedorova-canal-et-lagardere-font-valoir-la-liberte-dexpression-180153