Cortège de manifestants à Paris (photo d'illustration)

Waze des manifestations : la carte qui prévient avant la charge

Le Waze des manifestations s’est imposé dans les cortèges français depuis le début du mouvement social de l’automne. Des applications comme Cortège ou Olega signalent en temps réel les forces de l’ordre, les gaz lacrymogènes et les zones calmes. Leurs créateurs promettent anonymat et sécurité, Le Parisien consacre un portrait à l’un d’eux, et les usages se multiplient à chaque journée de mobilisation.

Le principe est celui de l’application de navigation routière, appliqué au bitume des manifestations. Sur Cortège, l’utilisateur signale en deux appuis un cordon de CRS, une équipe de la BAC, une nasse, des gaz lacrymogènes, un canon à eau ou une charge. Il peut aussi indiquer des secouristes bénévoles, des équipes juridiques, des zones calmes ou un blocus de lycée, rapporte Le Poing.

Chaque point s’efface de lui-même, entre dix minutes et trois heures selon sa catégorie. Les autres utilisateurs confirment ou retirent l’alerte. Le téléphone vibre lorsqu’une charge, des gaz ou une nasse sont signalés à moins de 300 mètres, ou lorsque des sommations sont annoncées dans un rayon d’un kilomètre.

Un créateur de contenu à la manœuvre

Cortège a été lancée mi-octobre par Neru, créateur de contenu politique de gauche installé à Montpellier, à la veille de la journée du 17 octobre. L’outil recensait alors plus de 500 rendez-vous dans le pays, avec parcours et points de dispersion. Une rubrique consultable sans réseau détaille les droits en garde à vue, lors d’un contrôle d’identité ou pour filmer la police. Un bouton d’alerte envoie à un proche un SMS indiquant l’heure et la position.

D’autres applications circulent. Olega, présentée comme un Waze pour piétons et créée en 2025, affiche les rues ouvertes ou fermées et les itinéraires jugés les plus sûrs pour quitter un cortège. Une carte interactive conçue pour le 17 octobre permettait aussi de signaler police et gaz lacrymogènes, selon La DH.

L’anonymat comme argument de vente

Le créateur de Cortège insiste sur la protection des données. Ni compte, ni cookie, ni traceur publicitaire. La position GPS reste sur le téléphone, les signalements sont arrondis à une dizaine de mètres et supprimés à expiration. Son slogan : « Anonyme par construction, pas par promesse ». Le code source est publié sous licence libre, ce qui permet en principe de vérifier ces garanties. Aucune analyse indépendante n’a été rendue publique à ce stade.

La prudence n’est pas superflue. Une application qui géolocalise des manifestants et des forces de l’ordre attire forcément l’attention, des autorités comme de ceux qui voudraient la détourner par de faux signalements. Le système de confirmation collective est censé limiter ce risque.

Le reflet d’un mouvement tendu

L’essor de ces outils dit beaucoup du climat. Le communiqué de lancement de Cortège, relayé par Le Poing, cite des chiffres du ministère de la Justice faisant état de 6 877 gardes à vue depuis le début de la mobilisation au 9 octobre, dont une large majorité de mineurs. La Ligue des droits de l’Homme dit avoir reçu près d’une centaine de signalements de violences policières présumées en une semaine.

Le mouvement, porté notamment par les lycéens, réclame des hausses de salaires, des mesures contre la précarité et des moyens pour les services publics et l’école. Le gouvernement a mobilisé 70 000 policiers et gendarmes pour la journée du 7 novembre.

Les cortèges ont toujours eu leurs éclaireurs. Ils ont désormais une carte partagée, et chaque manifestant y devient un peu guetteur.


Sources : Le Parisien, Le Poing, La DH.