À deux mois des élections de mi-mandat de novembre 2026, l’administration Trump repart à l’offensive sur le vote par correspondance aux Etats-Unis. Un juge fédéral a de nouveau suspendu, le 28 août, l’application d’un décret contesté par une coalition de vingt-cinq Etats démocrates. La bataille judiciaire doit rebondir devant la Cour suprême dans les prochaines semaines.
Le 28 août 2026, la juge fédérale Indira Talwani, du tribunal de district du Massachusetts, à Boston, a de nouveau suspendu pour quatorze jours l’application d’un décret présidentiel restreignant le vote par correspondance. C’est la deuxième fois en quelques mois que la magistrate bloque le texte, qu’elle juge « vraisemblablement inconstitutionnel », selon le site spécialisé Votebeat. Les Etats, écrit-elle, n’ont « ni le temps ni les fonds » pour concevoir de nouvelles enveloppes de bulletins, en faire approuver les modèles et en lancer la production avant les élections de mi-mandat.
Une audience sur une injonction permanente s’est tenue le 3 septembre devant le même tribunal, rapporte PBS News. Plusieurs Etats devaient pourtant commencer à expédier leurs premiers bulletins de vote par correspondance dès la semaine suivante.
Un décret controversé depuis le mois de mars
Le texte au coeur du litige remonte à mars 2026. Le président Donald Trump y ordonne la constitution, par chaque Etat, d’une liste de citoyens éligibles au vote, et impose à l’Office postal des Etats-Unis (USPS) de bâtir un système empêchant la livraison de bulletins aux électeurs qui n’y figurent pas. Le 26 août, l’USPS a publié sa règle d’application définitive, selon Axios : les enveloppes de vote par correspondance devront porter un code-barres unique, vérifiable par les services postaux, et les Etats devront transmettre à l’administration fédérale la liste de leurs électeurs autorisés à voter par correspondance.
La Maison Blanche défend une mesure de sécurité électorale. Sa porte-parole, Lauren Bis, a qualifié une précédente décision de la Cour suprême, rendue deux jours plus tôt, de « victoire majeure pour la sécurité des élections américaines » et de disposition « de bon sens ».
Vingt-cinq Etats démocrates montent au front
La publication de la règle de l’USPS a immédiatement déclenché une nouvelle offensive judiciaire. Une coalition d’une vingtaine d’Etats, rejointe par le gouverneur démocrate de Pennsylvanie, Josh Shapiro, a saisi la justice fédérale dès le 26 août pour tenter de bloquer le texte, rapporte PBS News. Au total, environ vingt-cinq procureurs généraux démocrates, ainsi que des associations de défense du droit de vote, la ville de Madison, dans le Wisconsin, et le comté de Travis, au Texas, ont déposé des recours distincts.
La procureure générale de l’Etat de New York, Letitia James, a résumé l’argument des Etats plaignants : « L’USPS n’a pas autorité pour décider qui peut ou ne peut pas voter par correspondance. » Son homologue de l’Arizona, Kris Mayes, a promis de se battre « bec et ongles » contre la règle fédérale, selon Votebeat.
Deux jours avant la publication de la règle, la Cour suprême, à majorité conservatrice, avait levé une précédente injonction de la juge Talwani, sur des motifs de procédure, sans se prononcer sur le fond du décret. Dans son opinion dissidente, la juge progressiste Ketanji Brown Jackson avait averti que la décision « injecte inutilement du chaos et de l’incertitude » dans la campagne des élections de mi-mandat, selon Axios.
Vers un nouvel épisode devant la Cour suprême
Selon plusieurs médias américains, dont Axios et PBS News, l’issue de la procédure engagée par la juge Talwani devrait être portée en appel, quel que soit son sens, jusqu’à la Cour suprême. Le contentieux s’inscrit dans une offensive plus large de l’administration Trump contre un mode de scrutin qu’elle conteste depuis plusieurs années, sans avoir démontré de fraude généralisée liée au vote par correspondance. Ce mode de vote reste pourtant largement utilisé outre-Atlantique : près d’un tiers des électeurs américains y ont recours, selon les données citées par Votebeat.
À Washington, l’enveloppe timbrée est devenue un champ de bataille constitutionnel à ciel ouvert. D’un côté, une administration qui promet la sécurité du scrutin. De l’autre, des Etats qui promettent le chaos si le calendrier n’est pas respecté. Les électeurs américains, eux, n’ont plus que deux mois pour apprendre les nouvelles règles du vote par correspondance.
Source : Le Monde