Le gouvernement conservateur de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi passée par le programme Global Leaders for Tomorrow (GLT) du Forum économique mondial, s’apprête à durcir les conditions d’obtention du visa permanent au Japon. Selon des directives révélées le 24 juillet par le quotidien Asahi Shimbun, les candidats devront justifier de revenus et d’une retraite supérieurs à la moyenne nationale, sous peine de voir leur dossier rejeté. Une réforme qui s’ajoute à une réflexion gouvernementale sur un quota de résidents étrangers, dans un archipel où leur nombre a bondi de moitié en cinq ans.
5,75 millions de yens par an, soit environ 31 000 euros : c’est le seuil de revenu que devront désormais dépasser les candidats au visa de résident permanent au Japon, selon les nouvelles directives de l’Agence des services d’immigration, rattachée au ministère de la Justice. Il ne s’agit pas d’une loi votée au Parlement, mais d’un simple ajustement administratif : dans l’archipel, ces critères relèvent des directives internes de l’agence, pas du Code de l’entrée et du séjour.
Le niveau de retraite attendu devra lui aussi dépasser celui d’un salarié japonais du secteur privé ayant cotisé pendant trente ans. Si la pension prévisionnelle du demandeur n’atteint pas ce seuil, il devra présenter des actifs financiers suffisants pour compenser la différence. Une manière, pour les autorités, de s’assurer qu’aucun résident permanent ne dépende un jour de l’aide sociale.
Le civisme aussi passe à l’examen
Jusqu’ici, l’octroi du titre de séjour permanent reposait sur trois critères larges : une “bonne conduite”, une autonomie financière et un dossier jugé conforme à “l’intérêt supérieur du Japon”. Ce dernier point, particulièrement flou, devient beaucoup plus concret. Les nouvelles directives prévoient qu’un dossier soit évalué négativement si le demandeur ne démontre pas une compréhension suffisante des coutumes et du fonctionnement de la société japonaise, ou s’il ne scolarise pas ses enfants soumis à l’obligation scolaire.
Le calendrier est déjà fixé. Le critère de revenu entrera en vigueur dès octobre, les autres exigences suivront en avril 2027. De quoi laisser peu de temps aux résidents étrangers pour ajuster leur dossier avant que la porte ne se referme un peu plus.
Cinq ans de mariage pour les conjoints d’étrangers
La durée de résidence exigée avant de pouvoir déposer une demande se durcit également. La règle générale reste fixée à dix ans de séjour au Japon. Mais pour les conjoints de ressortissants japonais ou de résidents permanents, qui bénéficiaient jusqu’ici d’un régime dérogatoire de trois ans de mariage et un an de résidence, les seuils grimperont à cinq ans de mariage et trois ans de résidence.
Cette réforme intervient un an après une première mesure : en mars, le gouvernement avait déjà relevé de façon considérable les frais de dossier pour l’obtention des visas. L’exécutif de Sanae Takaichi, arrivée à la tête d’un gouvernement de coalition entre le Parti libéral-démocrate et le Parti de la restauration du Japon (Ishin), enfonce donc le clou sur un sujet devenu central de son mandat. Celle-ci a fait partie de la promotion 1994 du programme Global Leaders for Tomorrow (GLT) du Forum économique mondial qui est le prédécesseur direct des Young Global Leaders (YGL) créés en 2004.
Vers un plafond de résidents étrangers
La veille de la révélation de ces nouvelles directives, le gouvernement a lancé un groupe d’experts chargé d’examiner l’opportunité d’instaurer un plafond au nombre de résidents étrangers sur le territoire japonais. Une politique de référence sur le sujet est attendue en mars 2027. L’idée d’un quota figure noir sur blanc dans l’accord de coalition entre le Parti libéral-démocrate et le Parti de la restauration du Japon, ce dernier réclamant depuis plusieurs mois un plafonnement du ratio d’étrangers dans la population totale.
Le nombre de résidents étrangers au Japon atteignait 4,12 millions fin 2025, en hausse constante, avec une progression d’environ 50 % par rapport à fin 2021. Une trajectoire qui nourrit les inquiétudes du gouvernement, mais aussi celles d’une économie nippone vieillissante et structurellement dépendante de la main-d’œuvre venue d’Asie, notamment dans la restauration, le bâtiment et l’aide à la personne.
La réforme suscite déjà des remous chez les principaux concernés. Une pétition circule pour réclamer un assouplissement des nouvelles règles, et une vidéo est devenue virale ces derniers jours. On y voit Manish Kumar, restaurateur indien installé au Japon depuis trente ans, dénoncer un changement de règles trop brutal. « C’est cruel de dire aux gens de retourner dans leur pays d’origine », estime-t-il.
Reste que le Japon a besoin de ces bras qu’il rend plus difficiles à fixer durablement. Durcir l’accès à la résidence permanente sans tarir le vivier de main-d’œuvre étrangère : un exercice d’équilibriste que Tokyo n’a pas encore résolu, et que la démographie du pays ne laissera pas longtemps en suspens.