Union européenne : Bruxelles autorise sous conditions le rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount

La Commission européenne a donné son feu vert au rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount Skydance, mais uniquement sous réserve du respect de plusieurs engagements destinés à préserver la concurrence sur le marché européen. Cette décision, annoncée le 23 juillet 2026, constitue une étape majeure pour l’une des plus importantes opérations de concentration de l’industrie mondiale du divertissement, même si le dossier reste encore confronté à d’importants obstacles aux États-Unis.

La Commission européenne a officiellement autorisé, le 23 juillet 2026, le projet d’acquisition de Warner Bros. Discovery par Paramount Skydance Corporation dans le cadre du règlement européen sur les concentrations. Cette approbation n’est toutefois pas inconditionnelle : Bruxelles a imposé plusieurs mesures correctives afin d’éviter une concentration excessive sur le marché de la distribution cinématographique en Europe.

Cette décision représente une avancée déterminante pour une opération évaluée à près de 110 milliards de dollars, dette comprise selon plusieurs estimations, qui redessinerait profondément le paysage mondial des médias et du divertissement. Paramount récupérerait ainsi un portefeuille particulièrement prestigieux comprenant notamment HBO, CNN, Discovery Channel, DC Studios, Warner Bros. Pictures, Eurosport ou encore la plateforme de streaming Max, venant compléter ses propres actifs tels que Paramount Pictures, CBS, Showtime, Nickelodeon, MTV et Paramount+.

Une opération annoncée au début de l’année 2026

Le rapprochement entre les deux géants américains s’inscrit dans un contexte de profonde transformation du secteur audiovisuel. Depuis plusieurs années, les grands studios historiques sont confrontés à la montée en puissance des plateformes de streaming, à la fragmentation des audiences et à une concurrence toujours plus forte de groupes comme Netflix, Disney ou Amazon MGM Studios.

Après plusieurs mois de négociations, Paramount Skydance est finalement parvenu à conclure un accord avec Warner Bros. Discovery au début de l’année 2026. Le projet a ensuite été officiellement notifié à la Commission européenne le 2 juin 2026, ouvrant la procédure d’examen prévue par le règlement européen sur les concentrations.

Comme pour toute opération d’une telle ampleur, Bruxelles a étudié les effets potentiels du rapprochement sur différents marchés : la production cinématographique, la distribution des films en salles, les contenus audiovisuels, les chaînes de télévision, les services de streaming ainsi que les licences de diffusion.

Les inquiétudes de Bruxelles portaient principalement sur la distribution des films

Au terme de son enquête, la Commission européenne a estimé que la plupart des activités concernées continueraient d’être soumises à une concurrence suffisante. Selon l’exécutif européen, plusieurs acteurs majeurs demeurent capables d’exercer une pression concurrentielle significative, parmi lesquels Disney, Universal, Sony Pictures, Amazon MGM Studios, Lionsgate, A24 ainsi que différents studios européens.

En revanche, Bruxelles a identifié un risque spécifique concernant la distribution des films dans plusieurs pays de l’Espace économique européen. Le principal point de vigilance concernait United International Pictures (UIP), une coentreprise historique réunissant Paramount et Universal pour la distribution de films dans plusieurs marchés européens. Avec l’arrivée du catalogue Warner Bros. au sein du futur ensemble, la Commission estimait que cette structure aurait pu renforcer excessivement la position du nouvel acteur, au détriment des exploitants de salles de cinéma et, indirectement, des consommateurs.

Des engagements imposés pendant dix ans

Pour obtenir le feu vert européen, Paramount a accepté plusieurs engagements particulièrement contraignants. Le groupe devra céder sa participation dans United International Pictures dans un délai maximal de treize mois après la finalisation de l’acquisition.

Par ailleurs, pendant dix ans, Paramount s’engage à ne conclure aucun nouvel accord de codistribution de films avec Universal dans l’Espace économique européen. L’entreprise ne pourra pas non plus transférer la distribution des films Warner vers des réseaux déjà utilisés conjointement avec Universal ou Disney dans plusieurs pays européens concernés par l’enquête. Pour la Commission européenne, ces engagements permettent de supprimer les risques identifiés et garantissent que les futurs films issus du groupe fusionné ne seront pas distribués conjointement avec ceux d’autres grands studios concurrents.

Une étape importante, mais pas encore la fin du dossier

Si la décision européenne constitue une victoire majeure pour Paramount, elle ne signifie pas pour autant que l’opération est définitivement acquise.

Le projet reste confronté à d’importantes difficultés aux États-Unis, où une coalition d’États américains conteste la fusion devant les tribunaux au nom du droit de la concurrence. Malgré un accord du département américain de la Justice sur certains aspects du dossier, un juge fédéral en Californie a récemment ordonné une suspension temporaire de l’opération dans l’attente d’une nouvelle audience judiciaire. D’autres recours ont également été déposés, notamment par la Writers Guild of America, qui craint une concentration accrue du secteur audiovisuel et des conséquences sur l’emploi des scénaristes. Au Royaume-Uni, les autorités pourraient également examiner les effets de cette fusion sur certains marchés nationaux des médias.

En attendant, l’autorisation accordée par Bruxelles représente un jalon essentiel. Elle confirme que, sous réserve du respect des engagements imposés, l’Union européenne considère que cette concentration reste compatible avec le maintien d’une concurrence effective sur son marché audiovisuel.

Pour Paramount, il s’agit d’une étape stratégique vers la création d’un groupe capable de rivaliser avec les géants mondiaux du streaming et du divertissement. Pour les autorités européennes, cette décision illustre une nouvelle fois la volonté de favoriser les grandes opérations industrielles tout en imposant des garde-fous lorsque celles-ci risquent d’affaiblir la concurrence au détriment des professionnels du secteur et des consommateurs.

Sources :

  • Commission européenne – Décision du 23 juillet 2026 : Représentation de la Commission européenne en France
  • Reuters – « Paramount secures EU nod for $110 billion Warner Bros deal »
  • Associated Press – « European Union gives its greenlight to Paramount and Warner’s mega merger with some conditions »
  • Reuters – Notification de la concentration (2 juin 2026)