Ultradroite : la gauche dénonce des violences contre les manifestants et interpelle le gouvernement

Après les violences attribuées à des militants de l’ultradroite en marge des manifestations du 24 octobre, plusieurs responsables politiques de gauche dénoncent des agressions et mettent en cause l’attitude des forces de l’ordre. De Nice à Montpellier, en passant par Rouen et Lyon, les incidents se sont multipliés. Mathilde Panot, Clémentine Autain et plusieurs députés insoumis réclament des explications au ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez.

Les violences survenues samedi 24 octobre 2026, en marge des manifestations contre la vie chère, provoquent une vague d’indignation à gauche. Alors qu’au moins 410 000 personnes ont défilé à travers la France, plusieurs groupes de militants de l’ultradroite ont été signalés dans différentes villes, parfois impliqués dans des affrontements avec des manifestants.

Dimanche, plusieurs élus de gauche ont dénoncé ces agissements, mais aussi l’attitude des forces de l’ordre, accusées par certains parlementaires d’avoir laissé agir des groupes identitaires malgré d’importants dispositifs policiers.

Sur France 2, Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale, a affirmé que des groupuscules d’extrême droite avaient attaqué des manifestants dans au moins quatorze villes françaises.

« Nous avons recensé au moins 14 villes dans lesquelles il y a eu des groupuscules d’extrême droite qui ont attaqué des manifestants », a déclaré la députée.

Un chiffre avancé par l’élue insoumise, qui dépasse les cas officiellement évoqués par le ministère de l’Intérieur.

De son côté, Laurent Nuñez a reconnu la présence de militants de l’ultradroite dans au moins deux villes, Nice et Montpellier, parlant d’une situation inédite.

Selon le ministre, ces militants cherchaient à affronter des groupes d’ultragauche ou entendaient assurer eux-mêmes la protection des commerces.

Clémentine Autain demande des comptes au ministre de l’Intérieur

Parmi les réactions politiques les plus marquées figure celle de Clémentine Autain, députée de Seine-Saint-Denis et membre du mouvement L’Après.

Interrogée dimanche sur franceinfo, l’élue a directement questionné la responsabilité des autorités dans la gestion des incidents.

« Comment est-il possible que ces milices aient pu tranquillement traverser une ville avec un dispositif policier hors norme ? », s’est-elle interrogée.

La parlementaire a également demandé des explications au ministre de l’Intérieur sur la manière dont ces groupes ont pu se déplacer et intervenir en marge des cortèges.

Ses interrogations interviennent alors que plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux et dans les médias montrent des individus associés à l’ultradroite allant au contact de manifestants.

À Montpellier, les images recueillies par France 3 Occitanie montrent notamment un groupe d’une vingtaine de personnes s’approchant à plusieurs reprises des participants au rassemblement.

Selon le média régional, ces individus cherchaient la confrontation sans que les forces de l’ordre interviennent.

À Montpellier, des députés LFI dénoncent une supposée complaisance policière

Les événements survenus dans l’Hérault ont particulièrement alimenté les critiques de plusieurs élus insoumis.

Le député de Seine-Saint-Denis Thomas Portes a dénoncé sur X une « connivence entre les CRS et les militants fascistes ».

Son collègue Raphaël Arnault a également mis en cause ce qu’il considère comme une forme de « complaisance » des forces de l’ordre envers les militants d’extrême droite.

Ces accusations politiques n’ont toutefois pas été établies par une enquête judiciaire dans les informations disponibles.

À Montpellier, les individus mis en cause s’étaient mobilisés à la suite d’un appel relayé dans le cadre d’une initiative présentée comme de l’entraide citoyenne.

À l’origine de cette mobilisation figure un habitant de la ville ayant créé le site Alpha Rise, qui recense des groupes Telegram dans 66 villes françaises.

L’objectif officiellement affiché consistait à protéger les commerces après les dégradations et pillages survenus lors de la précédente journée de manifestations, le 17 octobre.

Mais selon France 3 Occitanie, certains membres du groupe ont cherché à plusieurs reprises le contact avec les manifestants.

Le maire socialiste de Montpellier, Michaël Delafosse, a lui aussi condamné fermement ces agissements.

L’édile a dénoncé une « milice d’extrême droite » ayant « fait usage de la force contre des manifestants ».

Dimanche, il a annoncé auprès d’ICI Hérault son intention d’effectuer un signalement au procureur de la République, après avoir reçu plusieurs vidéos des violences.

À Nice, onze personnes soupçonnées d’appartenir à l’ultradroite placées en garde à vue

Les dénonciations des responsables politiques de gauche s’appuient également sur les événements survenus à Nice.

Samedi après-midi, environ une centaine de militants de l’ultradroite, masqués, ont convergé vers le centre-ville dans l’intention d’affronter physiquement des manifestants, selon la préfecture des Alpes-Maritimes.

Les forces de sécurité ont tenté d’empêcher la rencontre entre les groupes, notamment en utilisant un engin lanceur d’eau et des grenades lacrymogènes.

Des affrontements ont néanmoins éclaté aux abords du Vieux-Nice, particulièrement près de l’hôtel des Postes et de la rue Alberti.

Plusieurs témoins interrogés par Nice-Matin ont rapporté des agressions visant des manifestants, mais également de simples passants.

Trois personnes légèrement blessées ont été prises en charge par les sapeurs-pompiers.

Dimanche, le procureur de la République de Nice a annoncé le placement en garde à vue de onze individus susceptibles d’appartenir à la mouvance ultradroitière.

Interpellés dans deux véhicules, certains étaient en possession de masques, de gants, de bombes lacrymogènes et de matraques. Cinq étaient déjà connus des services de police.

Le maire de Nice, Éric Ciotti, allié du Rassemblement national, a également condamné les agressions commises contre les manifestants du cortège pacifique, tout en dénonçant les violences attribuées à l’extrême gauche.

Rouen et Lyon également concernés par des incidents

Les événements ne se sont pas limités à Nice et Montpellier. À Rouen, le média Blast a rapporté des agressions contre des manifestants, attribuées à des militants identitaires d’extrême droite. Des images diffusées par le média montrent les incidents, tandis que les individus mis en cause n’auraient pas été immédiatement interpellés.

Comme à Montpellier, la mobilisation aurait été organisée par l’intermédiaire d’un canal Telegram baptisé « Entraide citoyenne ».

La préfecture de Seine-Maritime a annoncé trente interpellations pour des faits liés notamment au port d’armes, à la participation à des groupements et à la dissimulation du visage.

Trois personnes ont été légèrement blessées, dont un policier.

À Lyon, où les rassemblements étaient interdits, l’Agence France-Presse a observé un groupe d’une douzaine de jeunes hommes encagoulés ou dissimulant leur visage.

Ces individus ont notamment scandé « La rue, la France nous appartient ».

Le média LyonMag a évoqué une vingtaine de militants de l’ultradroite, tandis que Le Progrès a recueilli des témoignages faisant état de chants nationalistes et de saluts nazis. La préfecture du Rhône a indiqué examiner les images.

La gauche exige des explications sur la gestion du maintien de l’ordre

Au lendemain de cette journée de mobilisation, les critiques formulées par plusieurs responsables de gauche se concentrent donc sur deux aspects : les violences attribuées à des groupes de l’ultradroite et les conditions dans lesquelles ces derniers ont pu agir.

Les déclarations de Mathilde Panot, Clémentine Autain, Thomas Portes et Raphaël Arnault mettent directement en question la réponse des autorités face à ces incidents.

Pour les élus qui dénoncent ces événements, la présence de groupes organisés, parfois équipés de protections et d’objets susceptibles d’être utilisés comme armes, pose la question de leur encadrement par les forces de sécurité.

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a reconnu l’existence de ces mobilisations et leur caractère inhabituel, sans reprendre à son compte les accusations de complaisance formulées par certains parlementaires.

Alors que les manifestations du 24 octobre ont également donné lieu à plus de 1 300 interpellations et fait 53 blessés parmi les forces de l’ordre à l’échelle nationale, les responsables politiques de gauche réclament désormais des réponses sur les violences imputées à l’ultradroite et sur les moyens déployés pour protéger les manifestants. Une chose est sur, la vie politique française est plus polarisée que jamais.

Sources :

Franceinfo, France 2, France 3 Occitanie, France 3 Normandie, ICI Hérault, Nice-Matin, Blast, LyonMag, Le Progrès, Agence France-Presse, préfecture des Alpes-Maritimes, préfecture de Seine-Maritime et parquet de Nice.