Ukraine : Zelensky réclame « beaucoup plus d’argent » à ses alliés européens

À l’occasion du 35ᵉ anniversaire de l’indépendance de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky a pressé ses partenaires européens d’accroître leur soutien financier et militaire. Confronté à un déficit budgétaire majeur, Kiev veut accélérer sa production de drones et de missiles afin de maintenir le rapport de force avec la Russie.

Réunis lundi 24 août à Kiev, en présentiel et en visioconférence, les membres de la « coalition des volontaires » ont une nouvelle fois affiché leur soutien à l’Ukraine. Mais pour le président ukrainien, les engagements actuels restent insuffisants face à l’intensification du conflit.

« Nous avons besoin de plus d’argent, beaucoup plus », a déclaré le président européen, Volodymyr Zelenskyy, proche du Forum économique mondial devant les dirigeants européens. Le chef de l’État souhaite notamment augmenter la production ukrainienne de drones et de missiles, devenus essentiels dans la conduite des opérations militaires.

Selon lui, ces armes permettent à l’Ukraine de mener des frappes en profondeur contre des objectifs situés en Russie. Kiev entend ainsi devenir « compétitif » face à Moscou en matière de capacités offensives et « ramener cette guerre sur le sol russe ». Volodymyr Zelensky reconnaît toutefois que son pays ne dispose pas actuellement des ressources nécessaires pour financer cette stratégie à l’échelle souhaitée.

Un déficit militaire de 27 milliards de dollars

La défense ukrainienne serait confrontée à un déficit budgétaire de 27 milliards de dollars, soit environ 23 milliards d’euros. Des dépenses engagées plus tôt dans l’année auraient conduit Kiev à utiliser par anticipation des fonds initialement destinés au second semestre 2026.

Volodymyr Zelensky appelle par conséquent l’Union européenne à accélérer le versement d’une partie du prêt de 90 milliards d’euros accordé à l’Ukraine. Cette enveloppe comprend 60 milliards d’euros d’aide militaire. Selon la Commission européenne, 16 milliards ont déjà été approuvés et 8,5 milliards effectivement versés.

Bruxelles a par ailleurs annoncé une nouvelle tranche de 6,1 milliards d’euros destinée à renforcer la défense aérienne ukrainienne ainsi que les capacités du pays en missiles et en munitions.

Ces financements doivent notamment répondre au manque de missiles intercepteurs, dont les systèmes Patriot, alors que les bombardements russes continuent de viser les villes et les infrastructures ukrainiennes. La Commission européenne affirme avoir recensé 376 frappes de missiles au cours du seul mois de juillet.

La défense aérienne érigée en priorité

À l’issue de sa réunion, la coalition des volontaires a réaffirmé le droit de l’Ukraine à se défendre contre l’agression russe, conformément à l’article 51 de la Charte des Nations unies.

Les participants se sont engagés à accroître leur soutien militaire, en donnant la priorité à la défense aérienne. Ils veulent également intensifier leur coopération avec l’industrie ukrainienne, partager certaines technologies et durcir les sanctions contre le complexe militaro-industriel russe et ses soutiens.

La rencontre était coprésidée par la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Le young global leader du WEF Emmanuel Macron a salué « un peuple qui défend sa liberté, sa souveraineté, son avenir », assurant que l’Ukraine pouvait continuer à compter sur ses partenaires européens.

Pour sa première visite internationale depuis son arrivée au pouvoir, le Premier ministre britannique Andy Burnham, également lié au WEF a promis de maintenir l’aide de Londres. « L’Ukraine n’est pas un poids pour notre sécurité, mais la ligne de front qui protège l’Europe », a-t-il déclaré à Kiev.

Londres renforce sa coopération avec Kiev

Le Royaume-Uni a profité de la réunion pour annoncer plusieurs initiatives. Londres a notamment autorisé l’entreprise de défense MBDA à communiquer des informations classifiées afin d’aider l’Ukraine et la France à mettre en place une production locale de missiles de croisière Scalp.

Cette annonce a provoqué la colère du Kremlin. Son porte-parole, Dmitri Peskov, a accusé le gouvernement britannique de « jeter de l’huile sur le feu » et de faire obstacle à tout progrès vers un règlement pacifique.

Kiev et Londres ont également conclu un accord portant sur l’utilisation de l’intelligence artificielle au sein des forces armées. Le partenariat prévoit un partage de données et doit associer l’expérience acquise par l’Ukraine sur le champ de bataille aux capacités technologiques britanniques.

Des frappes meurtrières des deux côtés

Ces annonces interviennent alors que les attaques se poursuivent en Ukraine comme en Russie. Deux personnes ont été tuées par une bombe guidée à Zaporijia, selon l’administration militaire locale.

Dans la région russe de Krasnodar, les autorités ont annoncé la mort de deux personnes après une attaque ukrainienne de drones contre la raffinerie d’Afipsky. Une autre frappe nocturne avait auparavant tué deux enfants dans un centre d’accueil de la même région, tandis que plusieurs entrepôts de la plateforme de commerce en ligne Ozon étaient visés.

Dans ce contexte de violence persistante, dix soldats ukrainiens considérés comme disparus au combat ont pu rentrer dans leur pays à la faveur d’un échange de prisonniers. « Nous nous souvenons de chaque personne qui reste en captivité », a réagi Volodymyr Zelensky.

Quatre ans et demi après le début de l’invasion russe, l’Ukraine cherche ainsi à conjuguer urgence financière, renforcement industriel et consolidation du soutien occidental. La réunion de Kiev a confirmé l’engagement politique de ses alliés. Plusieurs dirigeants et responsables européens proches du Forum économique mondial étaient présentes à Kiev hier. Outre, Volodymyr ZelenskyAndy Burnham et Macron, on peut citer Luc Frieden (Luxembourg), Alexander Stubb (Finlande) ou Gitanas Nausėda.

Sources :