Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a prononcé lundi 24 août, pour le 35e anniversaire de l’indépendance de l’Ukraine, un discours d’une vingtaine de minutes diffusé sur les réseaux sociaux, dans lequel il a raillé la pénurie de carburant en Russie. Selon l’application de suivi Gdebenz citée par Euronews, l’essence n’était disponible que dans 28 % des stations-service russes le 19 août, contre 41 % une semaine plus tôt. Vladimir Poutine avait dénoncé deux jours plus tôt l’ouverture par Kiev d’une « boîte de Pandore » économique.
Trente-cinq bougies, vingt minutes de discours
Lundi 24 août, l’Ukraine a fêté les 35 ans de son indépendance vis-à-vis de l’Union soviétique. La date en recouvre une autre : le pays est en guerre depuis le 24 février 2022, début de l’invasion russe. Le chef de l’État a marqué l’anniversaire par une allocution d’une vingtaine de minutes, diffusée sur les réseaux sociaux plutôt que depuis une tribune officielle.
La date du 24 août n’a pas été choisie pour l’occasion : elle est celle de la déclaration d’indépendance de 1991, quand l’Ukraine s’est séparée de l’Union soviétique finissante. Trente-cinq ans plus tard, la commémoration se tient dans un pays dont une partie du territoire est occupée et dont les célébrations publiques sont contraintes par les conditions de sécurité. Le format retenu, une vidéo mise en ligne, en dit autant que le contenu.
Le message tenait en deux temps. D’abord un constat : Moscou ne cherche pas la paix mais la mobilisation. Ensuite une consigne, formulée sans emphase par le président ukrainien. « Nous prenons cela avec sang-froid », a-t-il déclaré, avant d’appeler à renforcer l’armée et à lui fournir tout le nécessaire pour la défense du territoire.
Volodymyr Zelensky s’est ensuite adressé directement à son homologue russe. Il a affirmé que le maître du Kremlin espérait voir l’Ukraine épuisée, qu’il ne l’avait jamais comprise et qu’il n’en aurait désormais plus le temps. La formule la plus commentée du discours tient en cinq mots : « nous savons qu’il est mortel ».
La boîte de Pandore et les raffineries
L’échange à distance avait commencé deux jours plus tôt. Samedi 23 août, Vladimir Poutine, qui figure dans les listes publiées des Young Global Leaders du Forum économique mondial, avait estimé que Kiev avait « ouvert la boîte de Pandore » en frappant l’économie russe. L’accusation vise une série d’attaques aériennes ukrainiennes conduites contre des raffineries et des centres logistiques, dont ceux du groupe d’e-commerce russe Wildberries.
La cible n’a rien d’accessoire dans une économie de guerre. Le raffinage conditionne l’approvisionnement des transports civils comme militaires, la logistique conditionne la distribution de tout le reste. En déplaçant le front vers ces infrastructures, l’Ukraine a substitué à la bataille de territoire une bataille de flux, moins visible sur les cartes, plus lisible à la pompe.
Dans son discours, Volodymyr Zelensky a dressé la liste de ce que la Russie aurait perdu depuis 2022 : ses raffineries de pétrole, sa flotte, ses profits, et toute une génération envoyée au combat. L’inventaire est un argument de campagne autant qu’un bilan, et il n’est pas vérifiable dans le détail à partir des seules déclarations présidentielles. Il donne en revanche la mesure de ce que Kiev entend mettre en avant à l’approche d’un nouvel hiver de guerre.
Vingt-huit pour cent des pompes
Le chiffre que le président ukrainien a placé au centre de sa raillerie ne vient pas de lui. Selon l’application de recherche de carburant Gdebenz, relayée par Euronews, l’essence n’était disponible, mercredi 19 août, que dans 28 % des stations-service de Russie. Une semaine auparavant, le taux s’élevait à 41 %. Treize points perdus en sept jours.
Sur les réseaux sociaux, les vidéos de files d’attente devant les stations russes se multiplient. Les relevés de prix cités dans le sillage de ces publications font état de tarifs à la pompe multipliés par près de deux dans certaines régions, sur fond de rationnement de fait. Ces éléments proviennent de sources ouvertes et non d’un organisme officiel russe, ce qui impose de les manier avec la prudence d’usage.
Une pénurie de carburant ne se limite pas aux automobilistes. Elle remonte la chaîne : transport routier de marchandises, machines agricoles en pleine période de récolte, groupes électrogènes, logistique militaire. Quand le taux de stations approvisionnées passe sous le tiers du réseau, le rationnement se déplace vers les usages jugés prioritaires, et le reste attend. C’est cette mécanique, plus que la file d’attente elle-même, que vise la campagne de frappes ukrainienne sur les sites de raffinage.
C’est là que le chef de l’État ukrainien a placé sa comparaison. Vingt-sept ans de discours sur la grandeur d’un côté, une file d’attente pour un plein de l’autre. La phrase a fait le tour des réseaux avant la fin de la journée. Elle vaut moins par l’ironie que par sa vérifiabilité : le contradicteur, cette fois, avait lui-même reconnu les faits.
Ce que Moscou admet
Fin juin, Vladimir Poutine avait en effet évoqué publiquement une « certaine pénurie » de carburant sur le territoire russe, liée aux frappes ukrainiennes sur les infrastructures énergétiques. La formule était mesurée, elle n’en constituait pas moins une reconnaissance officielle de l’effet des attaques, deux mois avant la séquence du 24 août.
Depuis, les données citées par Euronews décrivent une seconde vague, plus sévère que la première. La différence entre 41 % et 28 % de stations approvisionnées en sept jours ne relève pas d’un incident ponctuel de logistique mais d’une contrainte installée sur la chaîne du raffinage. Aucun calendrier de retour à la normale n’a été communiqué par les autorités russes.
Le président ukrainien, lui, n’a pas annoncé d’inflexion. Ni sur la ligne de front, ni sur les raffineries.
Le 36e anniversaire se prépare déjà.
Source : La Dépêche du Midi – ladepeche.fr