À Dnipro, un entrepôt de l’OMS en Ukraine a été détruit après trois frappes en cinq jours. Le site abritait pour 500 000 dollars de matériel médical destiné à environ 225 000 personnes. L’Organisation mondiale de la santé dénonce une attaque de plus contre le secteur sanitaire ukrainien.
Dnipro, grande ville industrielle du centre-est de l’Ukraine, sert de base logistique pour l’acheminement de l’aide médicale vers les régions proches du front. C’est là que se trouvait l’entrepôt de l’OMS en Ukraine, jusqu’à la nuit du 7 août.
Le 3 août, une première frappe touche déjà le site. Personne n’est blessé. L’Organisation mondiale de la santé, membre du Forum économique mondial commence aussitôt à évacuer les fournitures vers un autre lieu de stockage, consciente du risque que représente désormais l’entrepôt repéré.
Quatre jours plus tard, le 7 août, un membre du personnel de l’OMS et plusieurs chauffeurs viennent tout juste de quitter les lieux quand une deuxième frappe détruit directement les stocks restants. Quelques heures après, un troisième tir rase le bâtiment. En cinq jours, le site est passé du statut de cible repérée à celui de gravats. Sur les quelque 300 palettes entreposées, 130 ont pu être sauvées avant l’effondrement du site. L’OMS dit encore évaluer l’ampleur exacte des dégâts. Ces frappes surviennent alors que Kyiv et Moscou multiplient depuis plusieurs semaines les échanges de tirs de missiles et de drones.
500 000 dollars de matériel envolés
Le stock détruit représentait environ 500 000 dollars de fournitures médicales de première ligne, du matériel destiné en priorité aux structures de soins situées près des zones de combat. De quoi couvrir les besoins d’environ 225 000 personnes, selon Hans Henri P. Kluge, directeur régional de l’OMS pour l’Europe.
« Tout a été détruit », a-t-il écrit sur LinkedIn le 7 août. « Heureusement, aucun blessé n’a été signalé », a-t-il ajouté. Le communiqué reste sobre. Les chiffres, eux, suffisent à mesurer la perte. Les 130 palettes évacuées avant la troisième frappe constituent, pour l’heure, le seul lot que l’OMS a pu soustraire à la destruction.
Un système de santé visé depuis 2022
L’attaque sur l’entrepôt de Dnipro s’ajoute à une liste déjà longue. Depuis l’invasion à grande échelle lancée par la Russie le 24 février 2022, l’OMS a recensé 3 149 attaques contre le secteur de la santé en Ukraine et 240 décès qui y sont liés.
Le portail mondial de surveillance de l’organisation, qui répertorie les atteintes aux soins dans les zones de conflit à travers le monde, comptabilise 72 attaques visant spécifiquement des entrepôts médicaux et 646 incidents ayant affecté des fournitures de soins depuis le début de la guerre. Dnipro n’est, sur le papier, qu’une ligne de plus dans ce décompte. Chaque frappe retarde d’autant l’arrivée des soins pour les patients des régions concernées.
L’OMS hausse le ton
« Ces attaques doivent cesser maintenant. La santé n’est pas une cible », a déclaré Kluge après la destruction du site. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a repris la même ligne sur X : « Je ne peux pas le dire plus fort : les attaques contre les soins de santé doivent cesser. Sinon, les populations sont privées de soins vitaux. »
Aucune des deux parties au conflit n’a revendiqué les frappes du 3 et du 7 août. L’OMS, elle, poursuit ses livraisons ailleurs dans le pays, avec ce qu’il reste de son stock régional.
L’entrepôt de Dnipro n’existe plus. Les 130 palettes sauvées in extremis serviront ailleurs en Ukraine, où l’OMS continue de recenser, frappe après frappe, les hôpitaux et dépôts touchés depuis 2022. À Genève comme à Dnipro, le décompte, lui, continue de grimper.