Le Bureau national anticorruption ukrainien (NABU) a lancé le 19 août une opération visant des responsables du cabinet présidentiel et des parlementaires. Une enquête anticorruption qui porte sur le blanchiment de 150 millions de hryvnias, soit environ 3 millions d’euros, destinés à payer la caution d’un accusé dans un dossier touchant l’opérateur nucléaire public. Volodymyr Zelensky a limogé son adjointe Iryna Mudra dans la journée.
Le NABU a diffusé des extraits de conversations interceptées. On y parle de biens enregistrés au nom d’enfants et on y cite le bureau du président. Les enquêteurs n’ont identifié publiquement aucun des interlocuteurs. L’agence et le Parquet spécialisé anticorruption (SAPO) décrivent une « organisation criminelle » dirigée par un député en exercice et un ancien parlementaire, avec la participation de hauts responsables de l’administration présidentielle.
Selon l’Associated Press, le groupe aurait blanchi 150 millions de hryvnias pour verser la caution d’un accusé dans une affaire impliquant la compagnie nucléaire publique ukrainienne. Parmi les personnes visées figurent une directrice adjointe de la présidence, un ancien parlementaire, le président du conseil d’administration d’une banque publique et le président du conseil de surveillance de cette même banque.
Iryna Mudra limogée le jour même
Iryna Mudra était chargée des affaires juridiques et de la réforme judiciaire au sein du cabinet présidentiel. Ancienne vice-ministre de la Justice, elle a été démise de ses fonctions le jour même de l’annonce du NABU, rapporte Euronews. La rapidité de la décision dit assez ce que la présidence redoute : que l’enquête colle à l’institution plutôt qu’aux personnes.
Le député Vadym Stolar est également cité. Élu sous l’étiquette de la Plateforme d’opposition, “Pour la vie”, formation prorusse interdite après l’invasion de février 2022, il siège toujours à la Rada.
Une série qui ne s’arrête pas
Ce dossier s’ajoute à une succession d’affaires visant le sommet de l’État ukrainien depuis 2025. En novembre dernier, les enquêteurs anticorruption avaient perquisitionné le domicile d’Andriï Iermak, alors chef de cabinet de Volodymyr Zelensky. Le NABU et le SAPO ont été créés après 2014 sous la pression des bailleurs occidentaux, et leur indépendance reste un critère explicite du soutien financier de l’Union européenne et du Fonds monétaire international.
L’enquête intervient aussi après le limogeage contesté du ministre de la Défense et young global leader du Forum économique mondial, Mykhaïlo Fedorov, qui avait appelé à la tenue d’élections nationales malgré la loi martiale. Le calendrier politique ukrainien se tend à mesure que la guerre dure.
Ce que surveillent les bailleurs
L’indépendance du NABU et du SAPO n’est pas une question interne. Elle figure parmi les conditions posées par l’Union européenne et le Fonds monétaire international au versement de leurs concours financiers à l’Ukraine. En juillet 2025, l’adoption d’une loi plaçant les deux institutions sous l’autorité du procureur général avait provoqué les premières manifestations de rue depuis le début de l’invasion, à Kiev et dans plusieurs villes. Le texte avait été abrogé en quelques jours.
Les institutions anticorruption ukrainiennes ont été créées pour rassurer les bailleurs de fonds. Elles remplissent leur mandat au pire moment pour le pouvoir, et c’est probablement le meilleur signe qu’elles fonctionnent, même si la tache semble titanesque. Reste à savoir jusqu’où l’enquête anticorruption en Ukraine sera autorisée à remonter.