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Volodymyr Zelensky. Image : capture d'écran.

Ukraine : Kiev réhabilite Andriï Melnyk, figure nationaliste controversée liée au passé nazi

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En pleine guerre contre la Russie, l’Ukraine poursuit la construction de son récit national autour des figures historiques de la lutte pour l’indépendance. L’inhumation officielle d’Andriï Melnyk, chef nationaliste ukrainien controversé pour les liens de son organisation avec l’Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale, illustre cette stratégie mémorielle sensible. Présent à la cérémonie, Volodymyr Zelensky a salué un « héros ukrainien », au risque de raviver un débat historique explosif.

L’Ukraine a officiellement inhumé lundi à Kiev les restes d’Andriï Melnyk, dirigeant historique du nationalisme ukrainien du XXe siècle, dans le cadre d’un vaste projet de Panthéon destiné à honorer les grandes figures de l’histoire nationale. La cérémonie, organisée au mémorial militaire national dans la région de Kiev, s’est déroulée en présence du président ukrainien Volodymyr Zelensky, alors que le pays reste plongé dans une guerre totale contre la Russie.

Les cercueils contenant les dépouilles de Melnyk et de son épouse Sofia avaient été rapatriés quelques jours plus tôt depuis le Luxembourg, où le dirigeant nationaliste était enterré depuis sa mort en 1964. Sous les honneurs militaires, les cercueils ont traversé les allées du cimetière au rythme d’un orchestre militaire, à proximité des tombes fraîchement creusées de soldats ukrainiens morts au front.

Durant la cérémonie, Volodymyr Zelensky a qualifié Andriï Melnyk de « grande figure ukrainienne », affirmant que plusieurs générations de militants s’étaient mobilisées pour permettre le retour en Ukraine de ceux qu’il considère comme des « héros nationaux ». Le président ukrainien a insisté sur leur engagement en faveur de l’indépendance ukrainienne, dans un contexte où Kiev cherche plus que jamais à consolider son identité nationale face à Moscou.

Mais cette réhabilitation officielle reste profondément controversée. Andriï Melnyk fut l’un des chefs de l’Organisation des nationalistes ukrainiens, plus connue sous le nom d’OUN, un mouvement fondé dans l’entre-deux-guerres pour lutter contre la domination soviétique et polonaise sur les territoires ukrainiens. Si l’OUN a longtemps été présentée par ses partisans comme un mouvement de libération nationale, son histoire demeure indissociable de sa collaboration avec l’Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale.

Des membres de l’organisation ont participé aux massacres de populations juives et polonaises, notamment en Volhynie, région aujourd’hui située dans le nord-ouest de l’Ukraine. Plusieurs unités liées aux nationalistes ukrainiens ont également combattu sous commandement allemand au sein de formations affiliées aux SS. Les historiens rappellent que certains membres de l’OUN ont pris part à la Shoah et aux campagnes de déportation menées dans les territoires occupés.

Le cas d’Andriï Melnyk demeure toutefois plus complexe que celui d’autres figures ultranationalistes ukrainiennes comme Stepan Bandera. En 1944, Melnyk fut brièvement interné dans le camp de concentration de Sachsenhausen, après des tensions avec le régime hitlérien au sujet des ambitions indépendantistes ukrainiennes. Malgré cela, son mouvement avait auparavant entretenu des liens politiques et stratégiques avec l’Allemagne nazie.

Selon l’historien ukrainien Iaroslav Grytsak, longtemps marginalisée dans la mémoire collective ukrainienne, la figure de Melnyk retrouve aujourd’hui une nouvelle place en raison du conflit avec la Russie. L’invasion russe déclenchée en février 2022 aurait profondément transformé la perception de certains mouvements nationalistes ukrainiens. Dans un pays confronté à une guerre existentielle, les autorités cherchent désormais des symboles capables d’incarner la résistance historique à Moscou.

La sociologue française Anna Colin Lebedev, spécialiste des sociétés post-soviétiques, estime que cette évolution mémorielle s’est amorcée après l’annexion de la Crimée en 2014 et la guerre du Donbass. Selon elle, une partie de la société ukrainienne tend désormais à considérer les mouvements nationalistes comme des acteurs essentiels du combat pour l’indépendance, quitte à reléguer au second plan les zones d’ombre de leur histoire.

Cette dynamique s’explique également par des considérations politiques et militaires internes. Certaines unités combattantes ukrainiennes issues des milieux nationalistes jouent un rôle important sur le front depuis le début de l’invasion russe.

L’inhumation d’Andriï Melnyk pourrait n’être qu’une étape dans cette politique mémorielle. Volodymyr Zelensky a annoncé vouloir rapatrier d’autres figures historiques du nationalisme ukrainien, parmi lesquelles Ievguen Konovalets, assassiné en 1938 aux Pays-Bas, ainsi que Stepan Bandera, chef emblématique de l’OUN-B, enterré en Allemagne depuis 1959.

« Ce n’est qu’un premier pas », a déclaré le président ukrainien, laissant entendre que le chantier de réhabilitation des figures historiques de l’indépendance ukrainienne ne fait que commencer.

Sources :

Blick, Courrier international

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