Après avoir ordonné la fermeture de l’université Bilgi à Istanbul, le président turc Recep Tayyip Erdogan a finalement annulé son décret deux jours plus tard. Cette volte-face intervient dans un climat politique extrêmement tendu, marqué par une intervention policière spectaculaire contre le principal parti d’opposition turc, le CHP.
La séquence politique qui secoue actuellement la Turquie illustre une nouvelle fois les tensions grandissantes entre le pouvoir de Recep Tayyip Erdogan et l’opposition. Entre le 22 et le 25 mai 2026, Ankara a connu plusieurs événements majeurs : la destitution judiciaire de la direction du CHP, principal parti d’opposition, l’assaut policier contre son siège à Ankara et la fermeture, finalement annulée, de l’université Bilgi d’Istanbul.
Le 22 mai 2026, un décret présidentiel publié à minuit dans le Journal officiel ordonnait la fermeture immédiate de l’université Bilgi, établissement privé fondé en 1996 et réputé pour ses enseignements en sciences sociales ainsi que pour sa liberté académique. Le texte, signé directement par Recep Tayyip Erdogan, évoquait simplement une « révocation de l’autorisation d’exploitation » sans fournir d’explication détaillée.
L’université Bilgi au cœur des tensions politiques
L’université Bilgi occupe une place particulière dans le paysage intellectuel turc. Fondée par des universitaires marqués par la répression qui avait suivi le coup d’État militaire de 1980, elle est souvent perçue comme l’un des symboles d’une Turquie libérale, tournée vers l’Europe et attachée aux libertés académiques.
Selon plusieurs médias internationaux, dont Le Monde et France 24, la fermeture de l’établissement a immédiatement provoqué un choc dans les milieux universitaires et politiques turcs. Libération décrivait même l’université comme « l’emblème d’une Turquie libre et tournée vers l’Europe ».
Mais dans la nuit du 25 mai 2026, nouveau retournement : un second décret présidentiel annule la décision précédente. La réouverture de l’université est ainsi officialisée moins de quarante-huit heures après sa fermeture. Aucun motif officiel n’a été communiqué pour expliquer cette volte-face spectaculaire.
Assaut contre le CHP et intervention policière à Ankara
Cette séquence intervient dans un contexte de forte pression exercée contre le CHP, le Parti républicain du peuple, principale force d’opposition en Turquie.
Le 25 mai 2026, des centaines de policiers antiémeute ont investi le siège du parti à Ankara afin d’en expulser ses dirigeants. Les images relayées par les médias turcs et internationaux montrent des scènes de grande confusion : gaz lacrymogènes, mobilier détruit, vitres brisées et militants paniqués dans les couloirs du bâtiment.
Selon Le Figaro, le dirigeant du CHP, Özgür Özel, âgé de 54 ans, s’était barricadé dans son bureau au douzième étage du siège du parti. Sa destitution judiciaire avait été prononcée quelques jours plus tôt, à la suite d’une décision de justice réinstallant son prédécesseur Kemal Kiliçdaroglu à la tête de la formation.
Le quotidien gouvernemental Daily Sabah affirme que Kemal Kiliçdaroglu aurait lui-même demandé l’expulsion des nouveaux dirigeants du parti, une version vivement contestée par plusieurs responsables de l’opposition.
« Un coup contre la République et la démocratie »
L’opposition turque dénonce désormais ouvertement une tentative de prise de contrôle politique du CHP par le pouvoir. « C’est un coup contre la République de Turquie et sa démocratie », affirme Le Figaro en relayant les réactions de responsables politiques et militants présents sur place.
Les critiques internationales se multiplient également. France 24 évoque une nouvelle étape dans le « virage autoritaire » du président turc. Le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung estime de son côté qu’« Erdogan ne reculera devant rien pour se maintenir au pouvoir ».
Cette crise survient alors que la prochaine élection présidentielle turque est officiellement prévue pour 2028, même si plusieurs observateurs estiment qu’un scrutin anticipé pourrait être organisé avant cette échéance.
Dans les rues d’Ankara, d’Istanbul et d’Izmir, des manifestations ont déjà éclaté après les événements du 25 mai 2026. L’opposition accuse désormais le pouvoir d’utiliser les institutions judiciaires et policières pour affaiblir durablement toute alternative politique au président turc.
Sources :
Le Monde
Le Figaro
France 24
RTBF
