Le père de Pengo Bossio Wangi, jeune combattant de MMA de 26 ans tué dans l’attentat raciste de Trappes, aurait appartenu aux Black Dragons, un collectif connu pour sa lutte contre les skinheads néonazis dans les années 1980 et 1990. Révélée par le militant Almamy Kanouté lors d’un hommage à la victime, cette possible filiation militante trouve un écho particulier dans une ancienne interview attribuée à Bolema Bossio Wangi. L’homme y raconte son engagement contre les violences racistes, ses affrontements avec les skinheads et son inquiétude face à l’oubli de cette histoire par les nouvelles générations.
L’histoire semble tragiquement se répéter, à près de quarante ans d’intervalle. Dans les années 1980, un jeune Congolais installé en région parisienne raconte avoir rejoint les Black Dragons pour faire face aux agressions racistes. Le 23 octobre 2026, un homme présenté comme son fils, Pengo Bossio Wangi, perd la vie à Trappes, dans les Yvelines, lors d’une attaque à caractère raciste.
Ce rapprochement entre deux générations a émergé samedi 24 octobre, au lendemain du drame, lors d’un rassemblement organisé en hommage au jeune combattant de MMA, âgé de 26 ans.
Devant les personnes réunies, Almamy Kanouté, cofondateur de l’Assemblée des quartiers, a affirmé que le père de la victime, Bolema Bossio Wangi, avait appartenu aux Black Dragons, un collectif antiraciste devenu emblématique de la résistance aux violences des skinheads d’extrême droite.
Cette déclaration, relayée notamment par l’AFP, France 24 et plusieurs médias régionaux. Mais un autre élément vient donner une dimension particulière à cette histoire : une ancienne interview qui a été difusée sur les réseaux sociaux, présentée comme celle de Bolema Bossio Wangi, dans laquelle l’homme évoque lui-même son engagement au sein du mouvement.
Si l’origine, la date et l’authenticité de cet entretien restent à confirmer indépendamment, les propos qui lui sont attribués apportent un éclairage sur une période méconnue des luttes antiracistes en France. Par ailleurs, Bolema Bossio Wangi a partagé cette vidéo sur son compte Facebook, ainsi que d’autres vidéos attestant qu’il a bien été membre des Black Dragons.
Pengo Bossio Wangi, tué par un raciste, était le fils du Black Dragon, Boléma 💔🐉
— Le Parcours (@LeParcours_off) October 26, 2026
Chez les Black Dragon, les arts martiaux étaient obligatoires. Pengo suivait cette voie.
Après avoir lutté contre le racisme, son père perd son fils à cause de cette même haine.
Paix à son ame pic.twitter.com/rY1rCbfAgs
Black Dragons : une génération qui refusait de subir les violences racistes
Pour comprendre la portée de ce témoignage, il faut revenir à la France des années 1980. Une époque marquée par la montée de l’extrême droite, les tensions raciales et les agressions commises par des bandes de skinheads néonazis.
Dans les rues de Paris et de sa banlieue, plusieurs groupes de jeunes issus notamment des communautés africaines et antillaises décident alors de s’organiser pour répondre à ces violences.
Les Black Dragons s’imposent progressivement comme l’un des collectifs les plus connus de cette mouvance.
Contrairement aux organisations antiracistes institutionnelles, qui privilégient les mobilisations publiques et l’action politique, ces groupes acquièrent une réputation fondée sur leur capacité à affronter physiquement les bandes racistes.
Leur histoire s’inscrit dans un contexte où certains jeunes considèrent que leur sécurité quotidienne n’est pas suffisamment garantie et que l’organisation collective constitue une réponse aux agressions.
C’est précisément cette atmosphère que décrit l’homme présenté comme Bolema Bossio Wangi dans l’entretien diffusé sur les réseaux sociaux.
« Je m’appelle Boléma Bossio Wangi. Je suis Congolais, originaire de Brazzaville », déclare-t-il au début de son témoignage. Il explique avoir découvert le mouvement alors qu’il n’était encore qu’un adolescent.
« C’est à l’âge de 15 ans, dans les années 1980, que j’ai assisté à l’émergence du mouvement des Black Dragons. À cette époque, ce mouvement combattait activement le racisme, notamment les skinheads. »
Pour lui, l’apparition de ces groupes répondait à une prise de conscience collective face aux discriminations et aux violences.
« Il y avait une véritable prise de conscience au sein de la jeunesse noire. Nous devions nous défendre face à cette politique raciale et raciste. »
« J’ai trouvé une autre famille » : son engagement chez les Black Dragons
Dans cette interview, l’homme interrogé revient sur les circonstances de son rapprochement avec les Black Dragons.
Il raconte avoir d’abord entendu parler du collectif avant de s’intéresser progressivement à ses actions et de décider de le rejoindre.
« Au fur et à mesure, j’ai découvert les Black Dragons. On m’en parlait, je me suis intéressé à leur combat et j’ai fini par les rejoindre. C’est là que j’ai trouvé une autre famille. »
Cette dernière phrase éclaire une dimension importante de son témoignage. Au-delà des affrontements avec les groupes racistes, les Black Dragons représentaient, selon son récit, un espace de solidarité et d’appartenance pour des jeunes confrontés aux mêmes difficultés.
Le mouvement ne se résumait donc pas, dans la perception qu’il en livre, à un groupe organisé pour répondre physiquement aux agressions. Il constituait également un réseau de fraternité, dans lequel ses membres trouvaient protection, reconnaissance et soutien. Une expérience qui aurait profondément marqué son adolescence et sa manière d’envisager les rapports entre les générations.
Cette dimension familiale prend aujourd’hui une résonance douloureuse, alors que Pengo Bossio Wangi a été tué dans une attaque dont le caractère raciste est au cœur de l’enquête judiciaire.
À Saint-Michel, des affrontements violents contre les skinheads
L’entretien attribué à Bolema Bossio Wangi ne se limite pas à des considérations générales sur le racisme. L’homme y raconte également des épisodes de confrontation directe avec des groupes de skinheads.
Il explique qu’il habitait alors à Longjumeau, dans l’Essonne, et qu’il passait régulièrement par le quartier Saint-Michel, à Paris. Selon lui, ce secteur était à l’époque fréquenté par des bandes racistes.
« À l’époque, j’habitais à Longjumeau. Pour rentrer chez moi, j’étais obligé de passer par Saint-Michel, un endroit où les skinheads étaient particulièrement présents. »
Il évoque ensuite un épisode particulièrement violent, survenu après une situation qu’il présente comme une confrontation.
« Un jour, je suis arrivé et j’ai été confronté à une situation difficile. J’ai appelé les frangins. Deux semaines plus tard, après avoir effectué des repérages, nous les avons retrouvés et nous les avons massacrés. »
Cette déclaration illustre la brutalité des affrontements que l’homme affirme avoir connus. Elle doit néanmoins être considérée pour ce qu’elle est : un récit personnel portant sur des événements anciens, dont les circonstances exactes et la réalité matérielle n’ont pas été vérifiées indépendamment.
Ces propos rappellent également que l’histoire des Black Dragons comporte une dimension violente, indissociable du climat de tensions raciales dans lequel le mouvement s’est développé.
Pour certains de ses membres, la confrontation physique était alors perçue comme une manière de répondre aux agressions de l’extrême droite radicale.
« La jeunesse actuelle ne connaît pas son histoire »
L’un des passages les plus significatifs de l’interview concerne toutefois moins les affrontements que la transmission de cette mémoire.
Interrogé sur le regard qu’il porte sur son engagement passé, l’homme présenté comme Bolema Bossio Wangi affirme ne pas attendre de reconnaissance particulière : « Nous n’avons pas besoin de reconnaissance, parce que le travail a été fait ». « Le seul regret que j’ai, c’est que la jeunesse actuelle ne connaît pas son histoire. »
Il estime que les libertés dont bénéficient aujourd’hui les jeunes sont aussi liées aux mobilisations de ceux qui les ont précédés.
Cette réflexion donne une autre portée à son récit. Pour l’homme interrogé, l’histoire des Black Dragons ne devrait pas être réduite aux affrontements de rue. Elle appartient également à la mémoire des mobilisations antiracistes, de l’organisation des quartiers populaires et des résistances aux violences d’extrême droite. Il décrit ainsi un héritage collectif dont il regrette qu’il soit insuffisamment transmis.
Plusieurs décennies après les événements qu’il évoque, ces paroles prennent une dimension particulière à la lumière de la mort de Pengo Bossio Wangi.
Le soutien familial, un élément déterminant de son parcours
L’interview comporte également des confidences plus personnelles. Après avoir évoqué son adolescence et son engagement au sein des Black Dragons, l’homme revient sur les trajectoires difficiles de certains jeunes de sa génération.
Il mentionne notamment ceux qui ont connu la prison, la drogue ou la mort, et insiste sur le rôle joué par sa famille dans son propre parcours. Il rend également hommage à son oncle, dont les conseils auraient été déterminants.
« Si je n’ai pas mal tourné, contrairement à certains qui ont connu la prison, la mort ou la drogue, c’est aussi grâce à ma famille, qui m’a énormément soutenu. »
Ces confidences dessinent le portrait d’un homme qui, malgré les violences qu’il affirme avoir traversées, accorde une place centrale aux liens familiaux.
Elles donnent également davantage de profondeur à son attachement à la transmission, qu’il s’agisse de l’histoire collective des luttes antiracistes ou de l’expérience personnelle transmise au sein d’une famille.
Pengo Bossio Wangi, un espoir du MMA tué dans l’attentat raciste de Trappes
C’est dans ce contexte que le destin de Pengo Bossio Wangi apparaît aujourd’hui particulièrement tragique. Âgé de 26 ans, le jeune homme pratiquait le MMA, les arts martiaux mixtes, et nourrissait l’ambition de devenir combattant professionnel. Ses proches et ses partenaires d’entraînement le décrivent comme un sportif humble, travailleur et déterminé, profondément investi dans sa discipline.
Vendredi 23 octobre 2026, sa trajectoire a été brutalement interrompue à Trappes, dans les Yvelines. Selon les éléments rapportés dans les articles sources, le jeune combattant a été tué lors d’une série d’attaques à caractère raciste.
L’auteur présumé, identifié comme Kévin T., aurait également blessé cinq personnes, parmi lesquelles une enfant de 12 ans. Les violences se seraient poursuivies jusqu’à La Verrière, commune voisine.
Le Parquet national antiterroriste (PNAT) s’est saisi de l’affaire, examinée sous l’angle du terrorisme et du racisme.
Les qualifications évoquées comprennent notamment l’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, dans un contexte de motivations discriminatoires liées à l’origine ou à l’appartenance réelle ou supposée des victimes à un groupe.
L’enquête doit permettre de préciser le déroulement des faits, les motivations de l’auteur présumé et les responsabilités pénales.
La mort de Pengo Bossio Wangi a suscité une vive émotion, donnant lieu à des rassemblements et à plusieurs hommages.
C’est précisément lors de l’un de ces moments de recueillement qu’Almamy Kanouté a publiquement évoqué l’engagement présumé du père de la victime au sein des Black Dragons.
Sources :
TV5MONDE / AFP – Pengo Bossio Wangi, la vie volée d’un espoir du MMA (25 octobre 2026). Cet article confirme notamment les déclarations d’Almamy Kanouté concernant le père de la victime et son appartenance aux Black Dragons.
Le Parisien – Les mots très forts de la sœur de Pengo Bossio Wangi (25 octobre 2026).
TF1 Info – Les proches de Pengo Bossio Wangi lui rendent hommage (24 octobre 2026).
Le Parisien – Pengo, espoir du MMA, mort sous les balles du tireur de Trappes (23 octobre 2026).
RTL – Qui était Pengo Bossio Wangi, tué dans l’attentat de Trappes ? (25 octobre 2026).