Le metteur en scène Alexis Michalik accuse la nouvelle municipalité RN de Castres d’avoir pris une « décision éminemment politique » en retirant sa pièce de théâtre Passeport de la programmation culturelle de la ville. Cette déprogrammation, quelques semaines après l’élection du maire Florian Azéma, relance le débat sur l’indépendance artistique et la place de la culture dans les choix politiques locaux. Au-delà du cas de cette œuvre consacrée à l’exil, l’affaire soulève des interrogations plus larges sur la liberté de création en France.
La controverse est née dans le Tarn mais elle s’est rapidement invitée dans le débat national. Alexis Michalik, figure majeure du théâtre contemporain français, a dénoncé début juin 2026 la déprogrammation de sa pièce Passeport par la nouvelle municipalité de Castres, dirigée depuis les élections municipales de mars par le Rassemblement national.
Dans une publication rendue publique le 9 juin 2026, l’auteur et metteur en scène a révélé avoir appris que la représentation de son spectacle, prévue en février 2027 au théâtre municipal de Castres, ne figurerait finalement plus dans la saison culturelle de la ville. Selon lui, le projet avait pourtant été validé, intégré à la programmation et présenté au public avant le changement de majorité municipale.
Cette décision a immédiatement suscité de nombreuses réactions dans le monde culturel et politique. Alexis Michalik a dénoncé ce qu’il considère comme une intervention idéologique dans le domaine artistique, qualifiant la mesure de « décision éminemment politique ». Dans plusieurs prises de parole, il a également évoqué une méthode d’une « brutalité inédite » et s’est inquiété des conséquences potentielles pour d’autres artistes et programmateurs.
Pour comprendre l’origine de cette polémique, il faut revenir sur le contenu même de Passeport. Créée en 2024, la pièce raconte le parcours d’Issa, un jeune Érythréen laissé pour mort dans la « Jungle » de Calais avant d’entreprendre un long chemin marqué par l’exil, les questions d’identité et les difficultés d’intégration. Le spectacle aborde également les thèmes de la transmission, de la solidarité et de l’accueil des réfugiés. Depuis sa création, l’œuvre est jouée dans de nombreuses villes françaises et a rencontré un important succès critique et public.
Face aux accusations de censure, le maire RN de Castres, Florian Azéma, assume pleinement son choix tout en rejetant ce terme. L’élu affirme qu’aucun contrat définitif n’avait été signé au moment de son arrivée à la mairie et qu’il était donc libre de revoir les orientations culturelles héritées de l’ancienne majorité. Selon lui, il ne s’agit pas d’une annulation mais d’une non-reconduction d’une programmation qui n’était pas encore contractualisée.
Le maire reconnaît toutefois que le sujet de la pièce a pesé dans sa décision. Il estime que les thématiques abordées par Passeport ne correspondent pas au projet politique défendu durant sa campagne municipale. Florian Azéma a également déclaré vouloir réorienter certaines dépenses culturelles vers d’autres formes de spectacles, notamment des projets locaux, scolaires ou associatifs.
Cette justification n’a pas convaincu les défenseurs de la pièce. Plusieurs responsables politiques de gauche ont dénoncé une forme de censure culturelle. Des élus nationaux ont accusé la nouvelle municipalité de sélectionner les œuvres selon leur compatibilité idéologique avec les orientations du pouvoir local. À l’inverse, plusieurs responsables du Rassemblement national ont soutenu le maire de Castres, considérant qu’un exécutif municipal dispose d’une légitimité démocratique pour définir sa politique culturelle.
L’affaire intervient dans un contexte politique particulier. Les élections municipales de mars 2026 ont permis au Rassemblement national de conquérir plusieurs villes importantes, dont Castres. Florian Azéma est devenu maire après une campagne marquée par les questions de sécurité, de gestion budgétaire et d’identité locale. La déprogrammation de Passeport constitue ainsi l’un des premiers grands dossiers culturels de son mandat.
Au-delà du cas spécifique de Castres, Alexis Michalik affirme vouloir attirer l’attention sur un enjeu plus large. Dans son message, il rappelle que la liberté de création et l’indépendance des programmations culturelles constituent, selon lui, des piliers essentiels du débat démocratique. Le dramaturge estime que chacun doit être libre d’apprécier ou non une œuvre, mais aussi de pouvoir y accéder sans intervention politique préalable.
Sources :
- Le Monde – 10 juin 2026 : « À Castres, la municipalité RN annule la programmation de Passeport »
- Télérama – 10 juin 2026 : « Une méthode trumpienne : Alexis Michalik réagit à l’annulation de sa pièce »
- Le Parisien – 10 juin 2026 : « La municipalité RN de Castres fait annuler la pièce Passeport »
- HuffPost – 9 juin 2026 : « La mairie RN de Castres déprogramme sa pièce Passeport »
- La Dépêche du Midi – 10 juin 2026 : « La polémique enfle à Castres après l’annulation de Passeport »
