Thales a annoncé le 6 juillet 2026 la signature d’un accord engageant avec la famille Gorgé en vue du rachat d’Exail Technologies, spécialiste franco-belge de la robotique maritime et des systèmes de navigation. L’opération, valorisée à près de 3,9 milliards d’euros, doit permettre au groupe français de renforcer sa présence sur un marché des drones sous-marins en pleine expansion, devenu stratégique dans un contexte international marqué par le retour des tensions navales.
Le paysage industriel français de la défense poursuit sa recomposition. Le 6 juillet 2026, Thales a officialisé un accord avec la famille Gorgé, actionnaire de contrôle d’Exail Technologies, afin d’acquérir sa participation de 35,51 % dans le groupe spécialisé dans les drones marins, la robotique autonome, la navigation inertielle et les technologies de déminage. Cette première étape doit être suivie du lancement d’une offre publique d’achat obligatoire sur l’ensemble des actions de la société.
L’opération repose sur un prix de 134 euros par action, soit une prime de 44 % par rapport au cours de référence du 25 juin 2026, valorisant Exail à environ 3,9 milliards d’euros. La finalisation de l’acquisition de la participation détenue par la famille Gorgé est attendue au troisième trimestre 2027, sous réserve des autorisations réglementaires et du feu vert des autorités de la concurrence. Une fois cette étape franchie, Thales prévoit de déposer une OPA sur la totalité du capital d’Exail, dont la clôture pourrait intervenir au plus tard au début de l’année 2028.
Cette annonce intervient seulement trois jours après un spectaculaire rebondissement dans le dossier. Le 3 juillet 2026, Safran et Exail avaient annoncé mettre un terme à leurs discussions exclusives concernant un éventuel rapprochement. Les négociations, engagées quelques semaines auparavant, avaient finalement échoué, ouvrant la voie à une nouvelle offensive industrielle. Thales s’est rapidement imposé comme le candidat naturel au rachat, proposant une valorisation supérieure à celle précédemment évoquée par Safran.
Au-delà de l’aspect financier, cette acquisition répond à une logique stratégique. Depuis plusieurs années, les armées occidentales accélèrent leurs investissements dans les systèmes autonomes. Si les drones aériens ont profondément transformé les opérations militaires en Ukraine ou au Moyen-Orient, les drones sous-marins connaissent désormais un essor comparable. Leur rôle ne se limite plus à la guerre des mines : ils interviennent dans la surveillance des infrastructures critiques, la lutte anti-sous-marine, le renseignement, l’inspection des fonds marins ou encore la protection des câbles sous-marins et des réseaux énergétiques.
Le contexte géopolitique renforce cette dynamique. Les tensions en mer Rouge, dans le détroit d’Ormuz, en mer Baltique ou encore en mer de Chine méridionale ont remis au premier plan la sécurisation des infrastructures sous-marines. Les attaques ou sabotages visant des gazoducs, pipelines et câbles de télécommunications ont démontré la vulnérabilité de ces installations essentielles aux économies modernes. Les marines européennes investissent désormais massivement dans des solutions robotisées capables d’assurer des missions de surveillance permanente, tout en limitant les risques pour les équipages.
Créée en 2022 à la suite du rapprochement entre ECA Group et iXblue, Exail Technologies s’est rapidement imposée comme l’un des leaders européens de la robotique maritime. Le groupe conçoit des drones de surface, des drones sous-marins autonomes, des systèmes de navigation inertielle de très haute précision ainsi que des équipements destinés aux secteurs de la défense, de l’énergie offshore, de l’aéronautique et du spatial. L’entreprise emploie plus de 2 200 collaborateurs et a réalisé un chiffre d’affaires de près de 480 millions d’euros en 2025.
Pour Thales, cette acquisition constitue une étape importante dans sa stratégie de développement. Déjà très présent dans les radars, les sonars, les systèmes de combat naval et l’électronique de défense, le groupe complète ainsi son portefeuille avec des technologies devenues incontournables dans les opérations navales modernes. Lors de la présentation de l’opération, le directeur général Patrice Caine a d’ailleurs souligné que le marché visé dépassait largement celui de la guerre des mines pour englober l’ensemble des opérations robotisées sous-marines.
Les deux entreprises estiment que le marché mondial des opérations robotisées sous-marines pourrait connaître une croissance spectaculaire au cours de la décennie. Selon leurs estimations, le marché adressable passerait d’environ 85 milliards d’euros en 2025 à plus de 700 milliards d’euros à l’horizon 2030, porté par la modernisation des marines militaires, la sécurisation des infrastructures critiques et l’automatisation croissante des opérations navales.
Sur le plan industriel, Thales table sur des synergies importantes. Le groupe prévoit plus de 90 millions d’euros d’amélioration annuelle de son résultat opérationnel ajusté à partir de 2032 ainsi que près de 500 millions d’euros de revenus additionnels sur une période de dix ans grâce aux développements communs, à la mutualisation des capacités industrielles et à l’élargissement des réseaux commerciaux.
L’annonce a été globalement bien accueillie par les marchés financiers. Les analystes estiment que Thales représente l’acquéreur le plus cohérent sur le plan industriel. La complémentarité entre les technologies développées par les deux groupes apparaît particulièrement forte, notamment dans les domaines de la guerre navale, de la détection sous-marine et de la robotique autonome. Plusieurs observateurs soulignent également que cette opération s’inscrit dans une volonté plus large de consolider les capacités industrielles européennes face à la montée des investissements militaires mondiaux et à la concurrence américaine et asiatique.
Avec ce projet d’acquisition, Thales confirme son ambition de devenir l’un des principaux acteurs mondiaux de la guerre navale robotisée. Dans un environnement stratégique où la maîtrise des espaces sous-marins devient un enjeu majeur de souveraineté, l’intégration d’Exail pourrait offrir au groupe français un avantage technologique déterminant pour les prochaines décennies.
Sources :
- Reuters – Thales expands in fast-growing sea drone warfare market with Exail deal – 6 juillet 2026 – https://www.reuters.com/business/aerospace-defense/thales-strikes-deal-exail-controlling-stake-after-safran-exits-talks-2026-07-06/
- Reuters (via Boursorama) – Thales va acquérir Exail après un accord avec la famille Gorgé – 6 juillet 2026.
- AFP (via Boursorama) – Thales annonce un accord avec Exail, expert des drones marins, en vue d’un rachat – 6 juillet 2026.
- Financial Times – Defence groups strike $8bn of maritime tech deals – 6 juillet 2026.