Deux ans après son arrestation en France, Pavel Durov contre-attaque. Le fondateur et PDG de Telegram dénonce l’enquête « politique » des autorités françaises qui le vise et décrit un mécanisme de pressions qu’il affirme observer dans plusieurs pays. Dans sa ligne de mire figure notamment Emmanuel Macron, accusé par l’entrepreneur de mener une « guerre contre la liberté d’expression ». Durov estime même que “cette enquête pourrait elle-même faire l’objet d’une enquête”.
Deux ans après son arrestation en France, Pavel Durov n’a rien oublié de ses trois jours passés en garde à vue. Le fondateur et PDG de Telegram revient longuement sur cet épisode dans un message publié le 24 août 2026, à l’occasion du deuxième anniversaire de son interpellation à l’aéroport du Bourget.
L’entrepreneur franco-russe y durcit sensiblement son discours. Il ne se contente plus de contester les fondements de la procédure judiciaire : il pose désormais ouvertement la question de ses motivations politiques et laisse entendre que les circonstances entourant l’enquête française pourraient, un jour, être elles-mêmes examinées.
Une arrestation qui remonte à août 2024
Pavel Durov avait été interpellé le 24 août 2024 à son arrivée à l’aéroport du Bourget, près de Paris. Son arrestation intervenait dans le cadre d’une information judiciaire ouverte le 8 juillet de la même année.
Dans un communiqué publié à l’époque, le parquet de Paris avait détaillé une série d’infractions faisant l’objet des investigations, concernant notamment la complicité présumée dans l’administration d’une plateforme permettant des transactions illicites en bande organisée, des faits liés à des contenus pédocriminels, au trafic de stupéfiants, à l’escroquerie ou encore au refus de communiquer aux autorités certains documents et renseignements nécessaires à des interceptions autorisées par la loi.
Après plusieurs jours de garde à vue, Pavel Durov avait été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, avec notamment l’obligation de verser un cautionnement de cinq millions d’euros et, initialement, l’interdiction de quitter le territoire français.
Deux ans plus tard, le patron de Telegram revient sur cette procédure qu’il présente comme « inédite ».
Selon lui, la France aurait franchi une ligne inhabituelle en cherchant à tenir personnellement le dirigeant d’une grande plateforme de communication pour responsable de crimes commis par certains de ses utilisateurs.
« Cette enquête se poursuit, même si elle a de moins en moins de sens au fil des années », affirme-t-il.
Telegram injustement ciblé, selon son fondateur
Pavel Durov soutient aujourd’hui disposer de nombreux éléments démontrant, selon lui, que Telegram n’était pas moins performant que les autres grandes plateformes en matière de modération des contenus, ni moins coopératif avec les autorités.
L’entrepreneur pose alors la question qui constitue le fil rouge de son message : pourquoi Telegram aurait-il été particulièrement ciblé ?
Pour y répondre, Durov élargit considérablement son propos. Il affirme avoir observé au cours des dernières années un même scénario dans plusieurs pays. Des gouvernements chercheraient d’abord, discrètement, à obtenir de Telegram certaines « faveurs politiques », notamment en matière de censure ou de surveillance.
Lorsque la plateforme refuse de répondre à ces demandes, poursuit-il, apparaîtraient ensuite des campagnes publiques présentant Telegram comme un espace où prospèrent différentes formes de criminalité, de l’exploitation sexuelle des enfants au terrorisme.
Le fondateur de Telegram assure néanmoins que la modération de son service ne serait « pas pire » que celle des autres grandes plateformes. Selon lui, la répétition de ces accusations finirait par installer dans l’opinion l’idée que Telegram devrait être poursuivi, interdit ou fortement restreint.
Durov évoque des demandes de « faveurs politiques »
Le dirigeant va plus loin encore. Il accuse certains responsables politiques de concentrer soudainement leur attention sur la criminalité et la protection des mineurs lorsque des plateformes refusent leurs demandes confidentielles.
À l’inverse, affirme-t-il, les entreprises acceptant ces arrangements bénéficieraient d’une plus grande indulgence. Durov va jusqu’à soutenir que certaines plateformes pourraient « s’en sortir avec presque n’importe quoi », y compris, selon ses propres termes, avec la diffusion de publicités faisant la promotion de contenus pédocriminels.
Cette rhétorique n’est pas entièrement nouvelle chez l’entrepreneur. Pavel Durov a construit une partie de l’identité de Telegram autour de la confidentialité des communications, de la résistance aux pressions étatiques et d’une conception particulièrement extensive de la liberté d’expression.
Ce positionnement lui vaut régulièrement des affrontements avec les gouvernements, mais alimente également les critiques concernant la modération des contenus illicites circulant sur la plateforme.
« L’enquête française contre moi est-elle politique ? »
C’est dans ce contexte que Pavel Durov revient directement sur son dossier français.
« L’enquête française contre moi est-elle politique ? », demande-t-il.
Sa réponse est à peine voilée. Selon lui, cette procédure « s’inscrit certainement dans le schéma » qu’il affirme observer dans d’autres États, « surtout dans les pays autoritaires ». L’affaire française soulèverait dès lors, à ses yeux, de sérieuses interrogations.
Le patron de Telegram franchit ainsi une nouvelle étape. Deux ans après son arrestation, il ne présente plus seulement la procédure comme juridiquement contestable : il suggère qu’elle puisse s’inscrire dans une stratégie politique plus vaste visant les plateformes refusant certaines exigences gouvernementales.
Emmanuel Macron directement visé
Dans la suite de son message, Pavel Durov abandonne toute ambiguïté sur sa cible politique.
Il évoque ce qu’il appelle la « guerre de Macron contre la liberté d’expression » et estime que celle-ci rencontrerait désormais une résistance croissante.
« À terme, cette enquête pourrait elle-même faire l’objet d’une enquête, surtout maintenant que la guerre de Macron contre la liberté d’expression rencontre une résistance », affirme-t-il en substance.
Le Conseil constitutionnel cité comme symbole
Pour illustrer la « résistance » qu’il estime voir émerger face à la politique d’Emmanuel Macron, Pavel Durov invoque la récente décision du Conseil constitutionnel concernant l’accès des mineurs aux réseaux sociaux.
Le 14 août 2026, le Conseil constitutionnel a effectivement censuré l’interdiction générale des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans prévue par le législateur. Les Sages ont notamment considéré que le dispositif portait une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression et de communication.
Cette censure a constitué un revers important pour l’exécutif. Emmanuel Macron avait fait de la limitation de l’accès des plus jeunes aux réseaux sociaux l’une de ses priorités, dans un contexte de préoccupations croissantes concernant les conséquences des plateformes numériques sur les mineurs.
Pavel Durov interprète cette décision comme le signe que la politique française à l’égard des réseaux sociaux se heurte désormais à des limites institutionnelles.
Sources :
Pavel Durov, message publié le 24 août 2026 sur Telegram : https://tg.me/durov/544
Tribunal judiciaire de Paris, communiqué relatif à la procédure visant Pavel Durov : https://www.tribunal-de-paris.justice.fr/sites/default/files/2024-08/2024-08-26%20-%20CP%20TELEGRAM%20.pdf
Le Monde, « Interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans : le Conseil constitutionnel inflige un camouflet à l’exécutif », 14 août 2026 : https://www.lemonde.fr/pixels/article/2026/08/14/interdiction-des-reseaux-sociaux-aux-moins-de-15-ans-le-conseil-constitutionnel-inflige-un-camouflet-a-l-executif_6746287_4408996.html
Le Monde, situation judiciaire de Pavel Durov et poursuites russes, 29 juillet 2026 : https://www.lemonde.fr/international/article/2026/07/29/la-russie-inculpe-le-fondateur-de-telegram-pavel-durov-pour-complicite-de-terrorisme_6736320_3210.html
Reuters, poursuites engagées en Russie contre Pavel Durov, 29 juillet 2026 : https://www.reuters.com/world/russias-fsb-charges-telegram-founder-durov-with-facilitating-terrorism-ifax-says-2026-07-29/