Le renseignement intérieur allemand s’inquiète de la place croissante des technologies chinoises dans le pays, notamment dans le secteur automobile. Son président, Sinan Selen, alerte sur les risques de collecte de données, de dépendance technologique et même de désactivation à distance de certains équipements.
La progression des technologies chinoises sur le marché allemand est désormais scrutée de près par les services de renseignement. Lundi 5 octobre, le président de l’Office fédéral de protection de la Constitution (BfV), Sinan Selen, a publiquement alerté sur les risques susceptibles d’accompagner cette dépendance grandissante.
Lors d’une audition annuelle des responsables des services de renseignement devant une commission parlementaire, le dirigeant du BfV a notamment évoqué les équipements technologiques chinois et les véhicules connectés.
Selon lui, leur utilisation pourrait ouvrir la voie à plusieurs scénarios problématiques en matière de sécurité, depuis la fuite de données jusqu’à une éventuelle désactivation complète de certains systèmes.
Au-delà d’un constructeur ou d’une technologie en particulier, le renseignement allemand pose ainsi la question de la souveraineté technologique du pays. Pour Sinan Selen, une dépendance accrue envers des technologies étrangères représente également un enjeu pour la « résilience » de l’Allemagne.
Les voitures chinoises particulièrement surveillées
L’automobile cristallise une partie de ces préoccupations. Les constructeurs chinois ont fortement progressé dans le domaine des véhicules électriques et cherchent à développer leurs positions sur le marché européen.
Les voitures modernes embarquent désormais une quantité considérable d’équipements numériques : caméras, capteurs, systèmes de navigation, connexions aux réseaux mobiles et services à distance. Autant de technologies qui génèrent ou utilisent des données et dont la sécurité est devenue un enjeu à part entière.
Interrogé spécifiquement sur les voitures chinoises, Sinan Selen a indiqué que le BfV observait leur développement en Allemagne avec une « grande inquiétude ».
Le responsable du renseignement intérieur redoute notamment que les informations collectées puissent faire l’objet de fuites ou être utilisées à d’autres fins. L’inquiétude exprimée par le BfV porte également sur la possibilité que certaines données ne restent pas exclusivement entre les mains des entreprises qui les collectent.
Sinan Selen estime que leur éventuelle disponibilité auprès d’instances étatiques créerait un risque supplémentaire en matière de sécurité. Une problématique à laquelle l’Allemagne devrait, selon lui, accorder davantage d’attention.
L’Allemagne cherche à réduire les dépendances envers la Chine
Les avertissements du renseignement s’inscrivent dans un débat plus large engagé depuis plusieurs années en Allemagne autour des relations économiques avec Pékin.
En 2023, le gouvernement allemand avait adopté sa première stratégie nationale consacrée à la Chine. Berlin y affichait notamment sa volonté de réduire les risques associés à des dépendances économiques jugées excessives et de diversifier davantage ses chaînes d’approvisionnement.
Cette stratégie ne signifiait pas une rupture des relations commerciales avec Pékin, mais visait à limiter la vulnérabilité de l’économie allemande dans certains secteurs stratégiques.
Trois ans plus tard, les liens économiques restent particulièrement étroits. En 2026, la Chine demeure le premier partenaire commercial de l’Allemagne, une position notamment alimentée par le poids des importations chinoises.
Cette interdépendance place Berlin devant une équation délicate : préserver une relation commerciale majeure tout en réduisant les risques liés à la dépendance envers certaines technologies et chaînes d’approvisionnement.
Les préoccupations exprimées par le BfV montrent que ce débat dépasse désormais largement les questions de commerce ou de compétitivité industrielle. Avec la généralisation des objets connectés et des véhicules bardés de capteurs et de logiciels, la maîtrise des données et des infrastructures numériques devient également une question de sécurité nationale.
Sources :
TF1 Info avec AFP, “Grande inquiétude” : le renseignement allemand alerte sur les risques liés aux technologies chinoises », publié le 5 octobre 2026.