Le ministre taïwanais de l’Économie, Kung Ming-hsin, a annoncé mardi 2 septembre que les entreprises de l’île prévoient d’investir 20 milliards de dollars supplémentaires aux États-Unis, hors engagements de TSMC. L’annonce, faite à l’ouverture du pavillon américain du salon Semicon à Taipei, intervient alors que Donald Trump répète que Taïwan a « volé » l’industrie américaine des puces. Taipei juge l’accusation injuste et paie quand même.
Le chiffre est tombé au Semicon de Taipei, le grand salon annuel des semi-conducteurs, devant un représentant du département américain du Commerce. Vingt milliards de dollars d’investissements supplémentaires, évalués depuis le sommet SelectUSA de mai, portés par des commandes de puces et d’IA « extrêmement dynamiques », selon le ministre Kung Ming-hsin cité par Reuters. Ce montant ne comprend pas les 100 milliards de dollars additionnels que TSMC, premier fondeur mondial, a promis pour ses usines d’Arizona, ce qui porte l’enveloppe totale du groupe à 265 milliards de dollars outre-Atlantique.
Bill Frauenhofer, directeur exécutif de l’investissement dans les semi-conducteurs au département du Commerce, a salué un « engagement commun et continu en faveur d’une chaîne d’approvisionnement sûre, résiliente et innovante ». Le vocabulaire est celui du CHIPS Act, la loi américaine de relocalisation de la production de puces. Le ton, lui, vient d’ailleurs.
« Ils ont volé notre industrie »
Depuis son entretien chez Joe Rogan en octobre 2024, Donald Trump n’a jamais varié : Taïwan « a volé notre industrie des puces ». Il l’a redit en février 2026, après que la Cour suprême, par six voix contre trois, a jugé qu’il avait outrepassé ses pouvoirs en imposant des droits de douane massifs sur la base d’une loi d’urgence de 1977, rapporte le South China Morning Post. Il l’a répété en mai sur Fox News, en reprochant à ses prédécesseurs de ne pas avoir taxé les puces taïwanaises à 200 %. Et il l’a encore martelé cette semaine, selon BFMTV.
À Taipei, la réponse est rodée. « Taïwan n’a pas volé de puces au monde. Elle les fournit au monde », a répliqué en mai Xavier Chang, secrétaire général du gouvernement, devant le Parlement, selon le Taipei Times. L’histoire lui donne des arguments : TSMC a été fondée en 1987 par Morris Chang, citoyen américain et ancien cadre de Texas Instruments pendant vingt-cinq ans, sur un modèle de sous-traitance dont Intel n’avait pas voulu. Le point de départ remonte à 1976, quand la firme américaine RCA a cédé pour 3,5 millions de dollars une technologie de gravure de 7 micromètres à l’institut taïwanais ITRI. Trente ans de travail plus tard, l’île produit la quasi-totalité des puces les plus avancées de la planète. Vol ou apprentissage, tout dépend de qui raconte.
Le prix de la protection
Pourquoi payer quand on se dit innocent ? Parce que Taïwan a besoin de Washington. L’île se fournit auprès des États-Unis pour renforcer son arsenal face à Pékin, rappelle BFMTV. Dans l’accord commercial conclu avec l’administration Trump, Taipei a obtenu de ramener ses droits de douane de 20 % à 15 % en échange d’une promesse d’investissements de 500 milliards de dollars, selon le South China Morning Post. Robert Tsao, fondateur du fondeur UMC, avait averti au printemps que les accusations de vol servaient précisément à justifier la pression pour délocaliser les usines vers les États-Unis. L’annonce de mardi lui donne raison.
Un ancien président taïwanais avait, selon le Deccan Herald, un mot pour cela : une « taxe de protection ». À Taipei, la formule n’est pas reprise officiellement. Elle circule.
Ce que l’Europe regarde de loin
Pour les industriels européens, cette course américaine à la relocalisation a un coût indirect : chaque usine promise à l’Arizona est une usine qui ne s’installera ni à Dresde ni à Crolles. La croissance taïwanaise, tirée par la demande en puces pour l’intelligence artificielle, les smartphones et les voitures électriques, se réoriente vers un seul client capable de la protéger militairement. La chaîne d’approvisionnement « résiliente » vantée par le département du Commerce est d’abord une chaîne qui passe par les États-Unis.
Taïwan et les puces, c’est l’histoire d’une île qui a bâti en trente ans ce que personne ne voulait construire, et qui paie aujourd’hui pour qu’on la laisse le garder. Donald Trump appelle cela un vol. Le ministre Kung Ming-hsin appelle cela un investissement.