Le ministère taïwanais des affaires numériques a confirmé jeudi que des agences gouvernementales avaient été visées en juillet par des cyberattaques pilotées par des agents d’intelligence artificielle. Cette confirmation fait suite à une enquête du Financial Times, qui décrit une attaque autonome d’un genre inédit, vraisemblablement orchestrée par des pirates chinois.
Selon le ministère, les pirates ont utilisé un modèle hybride combinant plusieurs agents IA, dont la plateforme OpenClaw, pour mener les attaques. Sans détailler l’ampleur des dégâts ni les cibles précises, Taipei décrit des techniques capables de s’enchaîner rapidement et de rebondir sur des systèmes secondaires, sauvegardes ou environnements de test, pour gagner en rapidité, en discrétion budgétaire et en ampleur.
Le Financial Times, qui cite les chercheurs de la société israélienne Dream, spécialisée en sécurité de l’IA et membre du Forum économique mondial, apporte le détail technique : des pirates auraient utilisé des agents d’IA open source pour bâtir un outil autonome ayant déployé jusqu’à huit agents. Ces derniers ont cartographié 21 systèmes gouvernementaux taïwanais, sondé leurs vulnérabilités, et changé de tactique à chaque obstacle rencontré. Le quotidien économique britannique qualifie l’épisode de première du genre.
Une nouveauté relative, dit un expert local
Kenny Huang, président du Taiwan Network Information Center, relativise partiellement : les cyberattaques appuyées sur l’IA ne sont pas un phénomène nouveau. Ce qui l’est, en revanche, c’est le recours simultané à plusieurs agents IA pour mener une même offensive. Une nuance qui compte, tant l’automatisation change l’échelle à laquelle une poignée d’opérateurs peut désormais frapper.
Pékin visé sans être nommé
Taipei accuse régulièrement la Chine, qui revendique Taïwan comme partie intégrante de son territoire, de piratage informatique et de tactiques de zone grise, ces actions coercitives qui ne constituent pas formellement un acte de guerre. Cette fois, le gouvernement taïwanais n’a désigné aucun pays. Plusieurs partenaires occidentaux, dont les États-Unis, ont exprimé ces dernières années des inquiétudes similaires sur des activités de piratage soutenues selon eux par Pékin, visant gouvernements, armées et entreprises. La Chine dément systématiquement et affirme s’opposer à toute forme de cyberattaque.
Que l’attaque vienne ou non de Pékin, elle confirme une bascule déjà redoutée par les experts en cybersécurité : l’IA agentique ne se contente plus d’assister les pirates, elle peut désormais mener l’offensive seule, du repérage jusqu’à l’adaptation tactique.