La façade principale de l'hôtel de ville de Paris

Tags « remigration » à Paris : Emmanuel Grégoire saisit la justice

Plusieurs tags faisant la promotion de la « remigration » ont été découverts sur des façades de commerces parisiens. Le maire socialiste de Paris, Emmanuel Grégoire, a annoncé samedi 31 octobre saisir la procureure de la République et porter plainte, la Ville y voyant une possible incitation à la haine raciale.

Un mot, peint sur des devantures de boutiques. Samedi 31 octobre, la Ville de Paris a mobilisé ses services pour effacer plusieurs inscriptions appelant à la « remigration », relevées sur des façades de commerces, rapporte le magazine Entrevue. Ni le nombre exact de tags, ni les quartiers concernés n’ont été précisés publiquement à ce stade.

Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a réagi sur le réseau X. Il a condamné ces inscriptions, rappelant que le terme renvoie selon lui au projet politique de l’extrême droite radicale. « Nous ne laisserons pas cette haine s’installer dans nos rues », a-t-il écrit.

L’article 40 en renfort

Au-delà de l’effacement, l’édile socialiste a annoncé deux démarches : un signalement à la procureure de la République et un dépôt de plainte, afin que les auteurs soient identifiés et poursuivis. Il s’appuie sur l’article 40 du Code de procédure pénale, qui impose à toute autorité publique ayant connaissance d’un délit d’en aviser le parquet. La Ville évoque une possible incitation à la haine raciale. La qualification pénale exacte reviendra à la justice. La provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l’origine est réprimée par la loi de 1881 sur la liberté de la presse, qui prévoit jusqu’à un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

À ce stade, aucune revendication n’a été rendue publique et rien ne permet d’identifier les auteurs ni leurs motivations. Les investigations devront dire s’il s’agit d’actes isolés ou d’une opération coordonnée.

Un mot qui a fait du chemin

Le terme « remigration » désigne, dans les milieux identitaires européens, le projet de renvoyer massivement des populations immigrées ou d’origine immigrée vers les pays d’origine, réels ou supposés. Popularisé notamment par le militant autrichien Martin Sellner, il est sorti de la marge en 2024, après les révélations du média allemand Correctiv sur une réunion d’extrême droite près de Potsdam où il avait été discuté.

En France, le mot a déjà eu sa place dans une campagne présidentielle : en 2022, Éric Zemmour, candidat de Reconquête, avait promis la création d’un « ministère de la remigration ». Le terme reste depuis associé aux franges les plus radicales de la droite nationaliste, et ses détracteurs y voient un projet incompatible avec le principe d’égalité devant la loi.

À Paris, le mot circule dans un contexte précis. Selon Entrevue, la préfecture a interdit un colloque prévu au Plessis-Robinson, dans les Hauts-de-Seine, ainsi qu’une manifestation annoncée dimanche dans la capitale sur ce thème, en invoquant des risques de troubles à l’ordre public. Le Parti socialiste, La France insoumise et le Parti communiste avaient demandé l’interdiction de la conférence organisée par la fondation Polémia. Les organisateurs dénoncent une atteinte à la liberté d’expression.

Une semaine lourde

Les tags apparaissent aussi quelques jours après l’attaque du 23 octobre à Trappes et La Verrière, dans les Yvelines, qui a fait un mort et sept blessés. Selon l’accusation, le suspect aurait reconnu avoir visé des personnes en raison de leur origine ou de leur religion supposée. Aucun lien matériel n’a été établi entre cette attaque et les inscriptions parisiennes.

Les services de la Ville ont effacé les murs en quelques heures. Effacer le mot du débat public prendra sans doute plus longtemps, et c’est désormais à la justice de dire qui a tenu la bombe de peinture.


Sources : Le Monde – Entrevue