Svetlana Pozhidaeva : une victime d’Epstein sort du silence

Ancienne assistante de Jeffrey Epstein exploitée pendant plus d’une décennie, Svetlana Pozhidaeva a vu son identité révélée par une erreur d’anonymisation dans les dossiers judiciaires rendus publics en janvier 2026. Dans un entretien accordé au Wall Street Journal, cette ancienne mannequin russe raconte l’emprise financière et psychologique exercée par le prédateur sexuel américain ainsi que les menaces reçues depuis. Elle a engagé une procédure de compensation auprès de la succession d’Epstein.

Le 30 janvier 2026, le ministère américain de la Justice a rendu publique une nouvelle série de documents issus de l’enquête sur Jeffrey Epstein. Malgré un travail de caviardage destiné à protéger l’identité des victimes, le nom de Svetlana Pozhidaeva est apparu en clair dans plusieurs échanges de courriels, selon le Wall Street Journal. L’ancienne assistante d’Epstein affirme avoir passé plusieurs semaines à signaler ces erreurs de rédaction au ministère de la Justice. Dans la foulée, un blogueur a contacté sa famille en affirmant vouloir révéler sa nouvelle identité, avançant que son âge au moment des faits et sa nationalité russe la disqualifiaient du statut de victime. Face à cette pression, Svetlana Pozhidaeva a choisi de raconter elle-même son histoire au quotidien économique américain plutôt que de la voir dévoilée par des tiers.

Une décennie sous emprise

Selon le récit rapporté par le Wall Street Journal, Svetlana Pozhidaeva a été recrutée à l’âge de vingt ans par un chasseur de têtes du mannequinat, Daniel Siad, sous la promesse d’un casting pour la marque Victoria’s Secret. Jeffrey Epstein lui aurait ensuite obtenu un visa américain par l’intermédiaire de l’agence MC2 Model Management et l’aurait installée dans un appartement de Manhattan, aux côtés d’autres jeunes femmes. Entre 2008 et 2019, Epstein aurait exercé un contrôle étendu sur sa vie : surveillance de ses fréquentations, prises de photographies compromettantes, gestion de son logement, de son statut migratoire et de ses finances. Les sommes versées à elle et à sa famille auraient été présentées comme des prêts, minutieusement documentés. Lorsque les promesses d’engagements de mannequinat ne se concrétisaient pas, Epstein lui aurait reproché un manque de talent. Svetlana Pozhidaeva affirme avoir également été poussée à recruter d’autres jeunes femmes et à vérifier leur âge, avant d’être elle-même contrainte à des massages à caractère sexuel.

Une demande de compensation et une enquête restée inachevée

Svetlana Pozhidaeva a engagé une procédure de réclamation auprès du fonds de compensation des victimes constitué après la mort de Jeffrey Epstein, survenue en juillet 2019 dans une cellule du quartier pénitentiaire de Manhattan. Elle a obtenu une indemnisation dans ce cadre, selon le Wall Street Journal. Avant son décès, les procureurs fédéraux du district Sud de New York envisageaient d’élargir les poursuites à des victimes adultes, dont elle aurait fait partie, mais cette extension de l’enquête n’a jamais abouti.

Des accusations et un récit contesté

Depuis la publication des dossiers Epstein, Svetlana Pozhidaeva fait aussi l’objet d’accusations relayées sur les réseaux sociaux, qui la présentent comme une possible informatrice des services russes, en raison de la carrière de son père au sein de l’armée puis d’entreprises publiques russes jusqu’en 1996, et de son diplôme de l’Institut d’État des relations internationales de Moscou. Elle a proposé de se soumettre à un test polygraphique pour réfuter ces accusations. Le récit du Wall Street Journal, qui la présente comme l’une des victimes de l’exploitation sexuelle d’Epstein sous couvert de postes d’« assistante », a par ailleurs été mis en question par le média américain The Free Press. Ce dernier souligne son rôle prolongé et ses nombreux échanges de courriels avec Epstein, sans toutefois produire d’élément judiciaire venant contredire son statut de victime.

La publication progressive des dossiers Epstein continue de faire émerger des témoignages inédits, tout en posant la question de la protection des victimes dont l’identité, censée rester confidentielle, se retrouve exposée par des erreurs de procédure. Le cas de Svetlana Pozhidaeva illustre la difficulté à démêler statut de victime et proximité prolongée avec un système d’exploitation, plus de six ans après la mort de Jeffrey Epstein.

Source : Wall Street Journal – wsj.com