Survival LLM promet une intelligence artificielle qui répond encore quand internet tombe. Gratuit et open source, ce logiciel fait tourner un modèle de langage directement sur l’ordinateur et l’adosse à une bibliothèque de 1,5 million d’articles stockés en local, des fiches Wikipédia aux guides de premiers secours. Les Numériques et Tom’s Guide l’ont testé. L’outil séduit, à condition d’en connaître les limites.
Le principe est simple. Une fois installé, Survival LLM n’a plus besoin du réseau. Le modèle d’IA s’exécute sur la machine via Ollama, un outil libre de gestion de modèles locaux, et va puiser ses réponses dans une collection de textes téléchargée à l’avance.
La version complète embarque environ 1,5 million d’articles, dont quelque 930 000 entrées parmi les plus consultées de Wikipédia. S’y ajoutent des références médicales et d’urgence comme MedlinePlus, les CDC, la FEMA, l’OMS ou les manuels de l’armée américaine, et des guides pratiques venus de wikiHow ou d’iFixit. Une version allégée, autour de 500 000 articles, conserve l’essentiel des ressources médicales et de sécurité.
Des sources affichées, pas des certitudes
Le point fort tient dans la traçabilité. Chaque réponse s’accompagne des articles utilisés et des passages cités, que l’utilisateur peut consulter. Le testeur de Tom’s Guide l’a interrogé sur la conservation des aliments pendant une coupure de courant, la réparation d’appareils ou le soin des brûlures légères, et a apprécié de pouvoir vérifier d’où venait l’information.
Le développeur revendique de bons résultats sur 22 questions d’urgence : 21 bonnes réponses pour le plus gros modèle, 14 pour celui conseillé sur une machine de 16 à 31 Go de mémoire vive. Des chiffres non vérifiés de façon indépendante, et obtenus sur une version antérieure de la bibliothèque. Afficher une source ne garantit pas qu’elle soit bien interprétée.
Un appétit de mémoire
La survie a un coût matériel. Le logiciel fonctionne sous Windows 10 et 11 en 64 bits et sur les Mac à puce Apple Silicon. Le modèle pèse de 6 à 80 Go selon la configuration, auxquels s’ajoutent 1,3 à 9 Go de bibliothèque. L’installation peut prendre de vingt minutes à deux heures et demie, et exige évidemment une connexion. Sur une machine de 8 Go de RAM, aucun modèle de conversation n’est recommandé : l’outil se limite alors à la recherche documentaire.
Autre précaution : le logiciel n’est pas distribué par les boutiques officielles d’applications. C’est à l’utilisateur d’évaluer le risque d’un téléchargement tiers.
L’IA locale, une question de souveraineté
Au-delà du scénario catastrophe, Survival LLM illustre une tendance de fond : faire tourner l’IA générative chez soi, sans dépendre d’un serveur américain ni d’un abonnement. Confidentialité des données, résilience face aux pannes, souveraineté numérique : les arguments dépassent le cercle des survivalistes. L’outil permet d’ailleurs d’ajouter ses propres documents, PDF, fichiers Word ou pages web enregistrées.
L’outil propose aussi quelques fonctions pensées pour un usage domestique. Une mémoire modifiable permet d’enregistrer des informations sur le foyer, comme les traitements d’un proche ou l’emplacement du compteur, avec la possibilité de les corriger ou de les effacer. L’utilisateur peut personnaliser les instructions données au modèle et limiter la longueur des réponses. Lorsqu’une connexion redevient disponible, l’application et sa bibliothèque se mettent à jour. Les documents numérisés sans texte, comme les pages photographiées, ne peuvent en revanche pas encore être exploités. Chaque source embarquée affiche sa propre licence dans l’application.
Reste un détail que les tests rappellent avec bon sens : en cas de panne prolongée, une IA sans batterie ne répond plus à personne. Le premier réflexe de survie reste le chargeur.
Sources : Les Numériques ; Tom’s Guide ; ScriptByAI