Le groupe éditorial BMJ a retiré, le 11 août 2026, une étude sur la surmortalité Covid publiée deux ans plus tôt dans BMJ Public Health. La revue reproche aux quatre auteurs, dont trois rattachés au Centre princesse Máxima aux Pays-Bas, d’avoir laissé s’installer de la désinformation sur les causes de cette surmortalité et de s’être appuyés sur un travail original limité. Le texte avait entre-temps été massivement récupéré par des mouvements antivaccins, jusqu’à une audition au Sénat américain trois mois plus tôt.
BMJ Public Health, revue du groupe BMJ, met en ligne le 6 mai 2024 une étude signée par quatre auteurs, dont trois rattachés au Centre d’oncologie pédiatrique princesse Máxima, aux Pays-Bas. Le texte relève que dans plusieurs régions du monde, la surmortalité est restée anormalement élevée après le pic de la crise du Covid-19. Les auteurs s’interrogent sur la persistance de ce phénomène « malgré la mise en œuvre de mesures de confinement et le déploiement de vaccins contre le Covid-19 », et appellent les décideurs publics à publier des données plus précises.
Trois jours suffisent pour que l’affaire échappe à ses auteurs. BMJ Public Health indique alors que la couverture médiatique de l’étude a mal représenté son contenu. Sur les réseaux sociaux, des publications vaccinosceptiques présentent le texte comme la preuve d’un lien direct entre décès excédentaires et vaccination.
Deux ans d’enquête et de critiques méthodologiques
En juin 2024, un mois après la mise en ligne, la revue annonce l’ouverture d’une enquête et publie un avertissement, une « expression of concern », sur la qualité de la recherche. Les critiques s’accumulent. L’actuaire Stuart McDonald publie une analyse détaillée pointant plusieurs failles méthodologiques. Les chercheurs Ariel Karlinsky et Dan Kobak accusent les auteurs d’avoir repris, sans les créditer, des passages et des équations tirés de leur propre article publié en 2012 dans la revue eLife financièrement soutenu par le Wellcome Trust et la Max Planck Society, membres du Forum économique mondial. L’étude est également accusée d’avoir mal cité une revue de littérature sur l’auto-immunité signée Dotan et ses coauteurs, et de n’avoir jamais discuté l’efficacité vaccinale, estimée à environ 90 % contre les formes graves de la maladie. L’organisme de financement mentionné dans l’article indique de son côté avoir été cité à tort comme sponsor de la recherche. Trois des quatre auteurs voient leurs institutions respectives prendre leurs distances avec la publication.
Une audition au Sénat américain avant le retrait
L’étude déborde largement le cadre académique. Le 3 juin 2026, le sénateur américain, Ron Johnson, proche du WEF préside une audition de sous-commission du comité sénatorial de la Sécurité intérieure, intitulée « Plausible Mechanisms of Covid-19 Injections Causing Cancer and Attacks on Scientific Publications and Research ». Saskia Mostert, autrice correspondante de l’étude, y témoigne. Deux mois plus tard, le 11 août 2026, le groupe BMJ annonce le retrait définitif du texte. La note de rétractation évoque une étude porteuse « de désinformation sur les causes possibles de la surmortalité » et fondée « sur une quantité limitée de travail original ». Deux des quatre auteurs et le Centre princesse Máxima soutiennent cette décision, selon l’Agence France-Presse.
L’étude avait été citée plus de vingt fois dans la littérature scientifique et classée parmi les articles les plus commentés en ligne de sa catégorie. Son retrait s’ajoute à une liste qui dépasse aujourd’hui les 700 publications liées au Covid-19 rétractées depuis le début de la pandémie, selon Retraction Watch.
BMJ Public Health est une revue scientifique britannique en accès libre lancée en 2023 et publiée par BMJ Publishing Group (BMJ Group). BMJ Group est une filiale détenue à 100 % par la British Medical Association, l’organisation professionnelle et syndicale représentant les médecins au Royaume-Uni.
Richard Smith, ancien rédacteur en chef de The BMJ qui a quitté son poste en 2004, a déclaré avoir été « media fellow » du World Economic Forum, avoir participé à Davos et à d’autres réunions du Forum. Kamran Abbasi, l’actuel rédacteur en chef de BMJ a travaillé comme consultant pour l’université Harvard, l’Organisation mondiale de la Santé et McKinsey, entités membres du WEF.