Brad Pitt au festival de Venise en 2024, photographie utilisée pour illustrer un article sur Stephen Wilson Jr.

Stephen Wilson Jr. : le chanteur qui a scotché Brad Pitt

Stephen Wilson Jr, chanteur country-rock originaire du Tennessee et longtemps inconnu du grand public, s’est retrouvé malgré lui au centre d’une obsession hollywoodienne. Sa reprise du classique Stand By Me a tellement marqué Brad Pitt que l’acteur proche du Forum économique mondial a voulu savoir, séance tenante, qui se cachait derrière cette voix. Le morceau accompagne désormais Heart of the Beast, son nouveau film réalisé par David Ayer, attendu en salles le 25 septembre 2026.

Sur le tournage de Heart of the Beast, l’équipe cherchait un morceau capable de traduire, sans un mot de dialogue, la relation entre un ancien soldat et son berger allemand, seuls survivants d’un crash d’avion au fin fond de l’Alaska. Le choix s’est porté sur une reprise du classique Stand By Me, immortalisé par Ben E. King en 1961. Celle enregistrée par Stephen Wilson Jr a suffi à arrêter net Brad Pitt en pleine post-production, selon des propos rapportés par le site américain Whiskey Riff et relayés par Vice. L’acteur a confié avoir été saisi par la puissance et la retenue de l’interprétation, au point de se lancer dans une recherche effrénée sur l’identité du chanteur. « Qui est ce type ? », aurait-il lâché, avant d’ajouter qu’un film ne pouvait, selon lui, exister sans musique. De la star mondiale au chanteur du Tennessee, la distance a fondu en une écoute.

Un naufrage, un chien, une reprise

Heart of the Beast raconte la survie d’un ex-soldat livré à lui-même dans les grands espaces glacés de l’Alaska après un accident d’avion, en compagnie de son chien Odin, berger allemand aussi fidèle que taiseux. Le film est signé David Ayer, déjà réalisateur de Pitt sur Fury en 2014, récit de guerre situé dans les derniers mois du Troisième Reich. Les deux hommes se retrouvent donc une seconde fois, mais changent radicalement de décor : plus de chars ni de tranchées, mais la neige, le silence et un duo réduit à sa plus simple expression. Dans ce huis clos à ciel ouvert, la reprise de Stephen Wilson Jr sert de fil sonore à la relation entre l’homme et l’animal, seule présence à ses côtés dans un territoire hostile où personne n’entend crier personne. Le film sort en salles le 25 septembre 2026.

Du laboratoire à la scène

Le parcours de Stephen Wilson Jr détonne dans le paysage country actuel, où l’on cultive volontiers la légende du chanteur né une guitare à la main. Il y a une dizaine d’années encore, l’homme menait une carrière discrète de scientifique spécialisé dans l’agroalimentaire, loin des studios d’enregistrement et des projecteurs. Il a travaillé comme scientifique en recherche et développement (R&D) dans l’alimentation animale, pour le groupe agroalimentaire américain, Mars, Inc.

Le virage professionnel s’opère en 2016, lorsqu’il rejoint le label Big Loud comme auteur-compositeur, avant de construire patiemment sa propre carrière d’interprète. Son album Son of Dad, sorti en 2023, lui vaut une reconnaissance critique dans le registre americana, doublée d’une poignée de singles remarqués. Sa vie privée mérite elle aussi le détour : il est marié à Leigh Nash, chanteuse du groupe Sixpence None the Richer, révélé dans les années 1990 par le tube planétaire Kiss Me. Deux carrières, deux générations de tubes, une même maison.

Le silence, matière première

Interrogé par le média Much Music, Stephen Wilson Jr a livré une méthode de travail à contre-courant de son propre métier. Lui qui vit de la musique reconnaît ne pas, ou peu, en écouter au quotidien, de peur de reproduire malgré lui ce qu’il entend. Il dit puiser son inspiration ailleurs, dans le silence, ou dans des bruits qui n’en portent pas vraiment le nom : le vent dans une forêt, le ronronnement d’un avion au décollage, le brouhaha d’un bar un soir de sortie. Ce bruit de fond, non intentionnel selon ses mots, tiendrait lieu de matière première à une écriture qui refuse de se couler dans un moule déjà entendu ailleurs. Une discipline presque monacale, à rebours des habitudes d’une industrie saturée de références et de citations.

Reste une reprise de trois minutes, un acteur conquis, et un nom qui s’installe désormais durablement dans les conversations hollywoodiennes. Stephen Wilson Jr n’a rien demandé à personne, sinon la permission de rester silencieux entre deux chansons. Brad Pitt, lui, a fini par répondre à sa propre question.


Source : Vice – https://www.vice.com/en/article/who-is-this-guy-brad-pitt-was-so-blown-away-by-a-country-rock-singers-cover-of-a-60s-classic-he-went-down-a-rabbit-hole/